‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 233 sur 268 · CÉRÉMONIES OBSERVÉES DANS L'ÉLECTION DES PAPES · texte numérisé non relu

CÉRÉMONIES OBSERVÉES DANS L'ÉLECTION DES PAPES

(Suile, voyez page 359.)

(Costumes de pape et d'évêque d'après des monuments du moyen âge.)

Le jour arrive enfin où l'élection se décide; une voix retentit dans les vastes corridors du bâtiment de Monte- Cavallo, et cette voix proclame le nouveau pape sous la forme suivante : « Nous avons un pape; le pape

est nommé. C'est le cardinal » Le nouveau pape

est immédiatement conduit, par les maîtres des cérémonies, dans une salle qui est à côté de la chapelle, et où se trouve une caisse qui renferme des habits de souverain pontife de trois tailles différentes, afin qu'il y en ait toujours un tout prêt pour le pontife élu. On lui met des bas de soie blancs et des mules de couleur rouge, une soutane et une culotte blanche, un roset et une mosette rouge; le trône, qui était dans un des côtés du sanctuaire attendant celui qui devait l'occuper, se place au milieu de l'autel. Le nouveau pape vient s'y asseoir; les cardinaux lui rendent alors hommage et adoration, ce qui consiste à baiser le pied droit et les mains du pontife. Bientôt le doyen des cardinaux-dia-

cres paraît à la fenêtre, et il fait connaître au peuple la nomination du saint Père.L'arlilIerie du château Saint- Ange, le son de toutes les cloches, ajoutent à îa joie que cette nouvelle produit sur la population romaine. Le lendemain de l'élection, tous les personnages marquants de Rome envoient une voiture au Monte- Cavallo, avec deux valets de pied en livrée et un camerier, pour se faire inscrire et demander des nouvelles de la santé du saint Père. Le dimanche suivant se fait la cérémonie du couronnement à la basilique de Saint-Pierre; elle se distingue par cette imposante solennité qui surpasse ce qu'il y a de plus brillant dans les autres cérémonies de ce genre, parce que le souverain pontife ne reçoit pas seulement un pouvoir temporel qui le met au rang des princes de la terre, mais il déploie encore, au jour de son inauguration, le pouvoir spirituel qu'il exerce sur l'innombrable peuple des chrétiens.

Dès l'aube du jour, le canon du château Saint-Ange annonce à la ville et aux fidèles des environs la fête qui se prépare. A huit heures du matin, tous les cardinaux présents à Rome se rendent dans la salle du Vatican, appelée la salle des Ornements. Le pape y arrive une demi-heure après; quatre cardinaux lui ôtent le rochet et la mosette, et le revêtent de ses habits pontificaux. Sa Sainteté passe ensuite dans la salle ducale ; elle monte sur son trône portatif; les cardinaux précèdent deux à deux, revêtus de leurs manteaux de cérémonie ; douze hommes, armés et vêtus à l'antique, soutiennent le trône sur lequel le saint Père est assis. Devant les cardinaux marchent les prélats assistants du trône pontifical, les prélats de la Rote et ceux de Saint-Pierre ; les protonotaires, les chapelains de sa sainteté, et tous les officiers de sa cour. Ce beau cortège se rend par l'escalier de Constantin sous le vaste portique de la basilique de Saint-Pierre, et offre alors un coup d'œil dont on ne peut guère donner une idée.

Un trône est dressé sous le portique, vis-à-vis la Porte-Sainte, qui reste murée dans l'intervalle d'un jubilé à l'autre. Le pape étant assis, le cardinal-archiprêtre de Saint-Pierre lui adresse un discours, et lui demande de vouloir bien admettre au baisemet.t des pieds les prélats chanoines de la métropole et les autres membres du cierge' de cette église. Après cette cérémonie, le cortège entre dans la basilique, le pontife étant porté sur son trône ; on le transporte dans la chapelle de Saint-Grégoire, où, ayant fait sa prière, il reçoit l'anneau pontifical des mains du cardinal-doyen. Tous les assistants, revêtus des ornements propres à leur dignité, s'avancent alors vers la chapelle papale qui est préparée derrière le grand autel: les chapelains de sa sainteté marchent les premiers; lesévèques assistants ont ordinairement à leur tête un prélat de l'église grecque unie avec les diacres et sous-diacres ; tous les cardinaux, même ceux qui n'ont que l'ordre de diacre, portent la mitre. Un des maîtres des cérémonies brûle, devant le saint Père, une étoupe, en lui disant : Pater sancle, sic transit g/oria rnundi. « Saint Père, c'est ainsi que la gloire du monde passe. » Et pendant trois fois cette cérémonie se renouvelle, lorsque le pape se rend de la chapelle Saint-Grégoire au grand autel appelé la Confession de Saint-Pierre. La messe étant finie, le saint Père remonte sur son trône portatif, et le cardinal-archiprètre de Saint-Pierre, accompagné de deux chanoines-sacristains, lui présente une bourse de larmes d'argent, où se trouvent vingtcinq pièces d'or. Cette bourse est donnée au pontife selon l'ancien usage : promissa bene cantata. Sur l'autel et du côté de l'Evangile soûl exposées trois mitres enrichies de pierreries, deux tiares du côté de l'Epître. Après une courte prière, le pontife se lève de son trône et prononce à haute voix, en donnant la bénédiction, cette énergique et ancienne prière : Urbi et Orbi. Deux cardinaux-diacres lisent ensuite un bref d indulgences accordées par le nouveau pape, et ils laissent tomber sur les assistants le papier où ce bref est écrit.

La vaste place de Saint-Pierre est couverte d'une multitude immense qui témoigne, par des acclamations la joie ordinaire que lui cause l'élection du pontife, et l'impression qu'elle éprouve à la vue d'un spectacle bien fait pour frapper l'imagination de ceux qui en sont témoins,

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