L'ARC DE TRIOMPHE DE L'ÉTOILE
( 15 juillet 1836.)
L'arc de triomphe élevé à la barrière de l'Etoile va bientôt paraître aux yeux de la population parisienne, débarrassé de tous les voiles qui masquent encore les sculptures dont nos artistes l'ont orné. De nombreux régiments, appelés des garnisons voisines, viendront se mêler à la garde citoyenne de Paris et de la banlieue pour défiler sous la voûte triomphale, et la foule pressée sur la place circulaire, et jusque dans les profondes allées qui conduisent au monument, fera, aux anniversaires de la révolution de juillet, entendre ses bruyantes acclamations. Que de souvenirs dans cette solennité! Quel singulier contraste entre les faits delà république, de l'empire, de la restauration, et de ce que nous appellerons avec tout le monde du nom insignifiant à'etat de choses actuel !
Bonaparte, devenu, par les armes, arbitre des destinées de la France, voulut élever un monument durable à sa mémoire; il dit à ses soldats et au peuple qu'il le consacrait aux nobles faits d'armes des armées françaises; mais s'il eût pu montrer sa pensée à nu, le peuple et l'armée eussent vu clairement qu'il ne s'agissait ici ni de glorifier la république, ni de mettre en relief l'héroïsme militaire des compagnons de Bonaparte, mais bien plutôt de le déifier lui-même.
La célébration du mariage de la fille des empereurs d'Autriche avec le nouveau chef de l'éphémère dynastie sortie de la tourmente révolutionnaire, mit en évidence la pensée que nous venons de signaler. Quand Napoléon Bonaparte avait porté son œil d'aigle sur ce projet d'arc de triomphe de l'Etoile, il n'avait rêvé d'abord que décorations en rapport avec la gloire de nos armées: alors il était encore soldat. Mais une fois empereur, mais une fois allié aux vieilles dynasties européennes et imbu à son tour des idées monarchiques, il ne vit plus dans le nouveau monument qu'un hommage adressé par la capitale de l'empire français au nouveau César; sa femme, qu'il associait à sa gloire, devait partager ses honneurs, et le monument destiné à perpétuer les triomphes des soldats, revêtit une nouvelle forme plus appropriée à sa seconde destination. La figure de la Prudence dut s'allier à celle de la Force dans la décoration des archivoltes, et sur l'atlique on put lire ces mots: A Napoléon et à Marie- Louise la ville de Paris.
Hélas! j'ai vu dans mon enfance ces fêtes nuptiales et ce simulacre de monument. Cinq cents ouvriers avaient en quelques jours élevé sur les fondations de l'arc triomphal un squelette de charpente, habillé de toiles d'opéra. C'était un curieux spectacle que devoir défiler ces troupes, si Gères de tanl d'exploits et de tant de fatigues, à la suite de leur capitaine et de sa nouvelle épouse. Mais, le croira-t-on, l'enthousiasme du peuple et de l'armée n'était plus le même que sous le consulat, et vous auriez pu entendre les plus hardis de ces vieux grognards gémir sur cette alliance monstrueuse du fils de la révolution et de la princesse autrichienne !
Le pouvoir de Napoléon a duré un peu plus longtemps que les bas-reliefs à la détrempe et à l'huile qui avaient vu l'exaltation du couple impérial. Quatre ans après cette entrée triomphale, un navire portait à la prison de l'Ile d'Elbe Bonaparte et sa fortune. Les Bourbons, oubliés depuis o,3, rentraient en France escortés par les acclamations d'une foule avide de paix et de quiétude, et les ateliers de l'arc de l'Etoile devenaient déserts et silencieux.
Nos lecteurs savent les vicissitudes qu'a successive-
ment éprouvées la construction de cet édifice; la restauration a eu, un instant, l'intention formelle de l'achever en le consacrant aux souvenirs de l'expédition d'Espagne, et la révolution de i83o est venue lui donner sa dernière forme.
En disant sa dernière forme, nous allons beaucoup au delà de la vérité, car il manque encore à l'édifice un ornement essentiel : c'est son couronnement. Il avait été question d'aigles placés tout autour de l'attique, comme on a pu le voir dans le dessin que nous avons
Echelle de 50 pieds.
(Façade de l'arc de triomphe de l'Etoile," prise de la barrière.,
donné il y a deux ans [Voyez ir^ année, page 273). M. Huvot, l'un des architectes, avait proposé des statues représentant les principales villes de France ; mais il faut avouer qu'aucun de ces deux projets ne convenait à l'édifice. Ces figures idéales de villes eussent été insignifiantes ; et déjà les mauvais plaisants comparaient ces aigles, ainsi perchés, à une famille d'oiseaux voyageurs, réunis pour le départ, sur le faîte d'une de nos églises.
Plusieurs autres projets ont été présentés. L'un voulait un aigle gigantesque aux ailes étendues; on calculait déjà l'effet du vent sur ces ailes immenses; mais comment pouvait-on s'imaginer que les Bourbons de la branche cadette placeraient l'are àe l'Etoile, achevé
sous leur règne, sous le type exclusif de la domination napoléonienne! Que les batailles du grand capitaine soient gravées sur le nouveau monument, avec celles de Jemmapes, de Valmy et des premiers temps de la république, rien de mieux; mais, quoi qu'en ait dit certain président du conseil, le chef de la dynastie régnante ne veut pas être le simple continuateur de ce régime administratif et artistique de Napoléon. Les fêtes de juillet ne verront donc pas l'arc de triomphe dans tout son ensemble, et qui sait si nous assisterons jimais à cet achèvement! Pour nous, qui croyons comprendre tout ce que, malgré ses défauts, ce monument a de noble et de grandiose, nous n'hésitons pas à dire que ce qui reste à faire est, sous le rapport
de l'art, plus difficile que ee qui a élé fait jusqu'ici.
Terminons cet article déjà beaucoup trop long, par une indication sommaire des sculptures qui le décorent. Et d'abord, disons qu'au lieu des faisceaux d'armes que nous avons indiqués dans notre première gravure, on a adopté des groupes allégoriques.
Côté de Paris : groupes, représentant le Départ et le Triomphe; auteurs, MM. Cortot et Rude. Sur les tympans de l'arc, deux Renommées par M. Pradier. Basrelief représentant la bataille d'Aboukir et les funérailles de Marceau; auteurs, MM. Seurre aîné et Lemaire.
Côté du Roule : figures allégoriques au tympan du petit arc; M. Bra. — Bas-relief de M. Gechter, représentant la bataille d'Austerlitz.
Côté deNeuilly: groupes représentant la Résistance et la Paix, de M. Eiex. Deux autres Renommées de M. Pradier, sur les tvmpans. Bas-reliefs représentant la prise d'Alexandrie en Egypte et le coml.at du pont d Aréole; auteurs, M.YL Chaponière et Feuchère. ( Le Magasin unive sel a donné les dessins de ces bas-relief?, page ioo, ire année. )
Côte de Passy • M. Vallais auteur des figures des tympans. Bas-relief de M. Murothetti, représentant la ba aille de Jemmapes,
Sous les petites v«û!e% bas-reliefs allégoriques, de MM. Debay pèie, Espjrcieux, Bozio neveu et Valcher. Figures des tympans, de MM. Seurre jeune et Debars père.
L'architecte chargé de la continuation des travaux depuis 18 3o, M. Abel Blouet, vient de faire buriner en grosses lettres, sous la voûte du grand arc, à droite et à gauche, sur les quatre massifs, les noms de c)(5 victoires remportées par les armées françaises, depuis le commencement de la révolution jusqu'à la fin de l'empire.
Au nord sont les batailles des Pays-Bas :
Bassanp. San-Giuliano. Castel-Franco.
Saint-Georges. Dielikon, Raguse.
Manioue. Miilta-Thal. Gaëte.
Au couchant les batailles de la Péninsule :
Sebaslan,
Leboulou.
Btu gos.
Esquinosa.
Tudela.
Vêlez.
La Coroçme.
Saragosse.
Val es.
Meclelin.
Muria-Belchite,
Al Monacid.
O Cana.
Alba de Tormès.
Vicjiîe,
Lerida.
Ciudad-Rodrigo.
Almeida.
Tortose.
Gébora.
Bad:ijoz.
Tarragone.
Sa go nie.
Valence.
Lille.
Hondtschoote.
Watlignies.
Arlon.
Courtrai.
Turcoing.
Ardenhoven.
Landau.
Neuwied.
Rastatlt.
Et linge».
iNeresheim.
Weissembourg. Bamberg.
Maestricht. Amberg.
Friedberg,
Bibxrach.
A'tenkirchen.
Sçhtiengen,
Kehl.
Engen.
Moeskirch,
Hochstett.
Au levant sont les batailles d'Allemagne;
Wertingen.
Guntzbourg.
Elchingen.
Diernstein,
Hollabi unn.
Saalfeld.
Halle.
Prenzlow.
Iiiibeck.
Pultusk.
Eylan.
Olirolenka,
D.inizig.
Heilsberg.
Landshut.
Eckinuhl.
Ratisbonne.
Baab.
Mohilew.
Smolensko.
Valoutina.
Polotsk.
Krasnnë.
Wurschen.
Au sud sont les bat tilles d Italie et d'Egypte :
Lnano.
Millesimo.
Dego.
Mondov i.
Roveredo.
Tagliamento.
Sediman.
Mout-Thabor.
Ghedrcisse.
Bassignano.
Gènes.