SYRIE.— DAMAS
(2' article. Voy. page 34t.)
La ville de Damas, capitale du pachalik de ce nom, est située dans une vaste plaine ouverte au mi li et à l'est, du côté du désert, et serrée à l'ouest et au nord par des montagnes qui bornent d'assez près la vue. En récompense, il vient de ces montagnes une quantité de ruisseaux qui font du territoire île Damas le lieu le mieux arrosé et le plus délicieux de la Syrie. Les Arabes n'en parlent qu'avec enthousiasme, et ils ne cessent de vanter la verdure et la fraîcheur des vergers, l'abondance et la variété des fruits, la quantité des courants d'eaux vives et la limpidité des jets d'eau et des sources. C'est aussi le seul lieu où il y ait des maisons de plaisance isolées et en rase campagne : les naturels doivent mettre d'autant plus de prix à ces avantages qu'ils sont plus rares dans les contrées environnantes. Du reste, le sol maigre, graveleux et rougeâtre, est peu propre aux grains; mais cette qualité tourne au profit des fruits, dont les sucs sont plus savoureux. Nulle ville ne compte autant de canaux et de fontaines. Chaque maison a la sienne. Toutes ces eaux sont fournies par trois ruisseaux, ou par trois branches d'une même rivière, qui, après avoir fertilisé des jardins pendant trois lieues de cours, va se rendre au sud-est dans un bas- fond du désert où elle forme un marais.
Avec une telle situation l'on ne saurait disputer à Damas d'être une des plus agréables villes de la Turquie; mais il lui reste quelque chose à désirer pour la salubrité, On se plaint avec raison que les eaux blanchâtres de la Bqrrddè soient froides et dures; on observe que les Damasquins sont sujets aux obstructions; que le blanc de leur peau est pluiôt un blanc de convalescence que de santé; enfin, que l'abus des fruits, et surtout des abricots, y produit tous les étés et ies automnes des fièvres intermittentes et des dyssenteries.
On suppose que Damas contient quarante mi'le habitants. La majeure partie est composée d'Arabes et de Turcs ; Ou estime que le nombre des < hrétiens passe quinze nulle, dont les deux tiers sont schismaiiques. Les Turcs ne parlent point du peuple de Damas sans observer qu'il est le plus méchant de l'empire; l'Arabe, en jouanl sur les mots, en a fait ce proverbe: CL a < i, choûnd (Danmsquin , méchant); on a dit au contraire du peuple d'Alep : Halaln, tchelebi {Aie •pin, pet'.t- maître). Par une distinction fondée sur le culte, ils ajoutent que les chrétiens y sont plus vils et plus fourbes qu'ailleurs; sans doute parce que les musulmans y sont plus fanatiques et plus insolents; ils ont le même caractère que les habitants du Kaire; comme eux, ils détestent les Francs. On ne pouvait aller à Damas vêtu à l'européenne; nos négociants ne pouvaient y former d'établissements: l'on n'y trouvait que deux missionnaires capucins, et un médecin non avoué.
C< tte intolérance des Damasquins est surfout entretenue par leur liaison avec la Mekke. Leur ville, disent-ils, est une ville sainte comme étant la porte de la Kiâbé ; en effet, c'est à Damas que se rassemblent tous les pèlerins du nord de l'Asie, comme au Kaire ceux de l'Afrique. Chaque année, le nombre s'en élève depuis trente jusqu'à cinquante mille, plusieurs s'y rendent quatre à cinq mois d'avance; la plupart n'ar»
rivent qu'à la fia du ramadan. Alors Damas ressemble à une foire immense; l'on ne voit qu'étrangers de toutes les parties de la Turquie et même de la Perse : tout est plein de chameaux, de chevaux, de mulets et de marchandises Après quelques jours de préparatifs, toute celle foule se met confusément en marche; et faisant route par la frontière du déseri, elle arrive en quarante jours à la Mekke pour la fête du Bairdm. Comme cette caravane traverse le pays de plusieurs tribus arabes indépendantes, il a fallu faire des traités avec les Bédouins, leur accorder des droits de passade et les prendre pour guides. Souvent il y a des disputes entre les cheiks à ce sujet; le pacha en profile pour améliorer son marché. Ordinairement, la préférence est dévolue à la tribu de Sardié, qui campe au sud de Damas le long du Hauran ; le pacha envoie au cheik une masse d'armes, une tente et une pelisse, pour lui signifier qu'il le prend pour chef de conduite. De ce moment, ce cheik est chargé de fournir des chameaux à un prix convenu; il les tire de sa tribu et de celles de ses allies, moyennant un louage également convenu; on ne lui repond d'aucun dommage, et tonte perle par accident est pour son compte. Année commune, il périt dix mille chameaux ; ce qui fait un objet de consommation très-avantageux aux Arabes.
Il ne faut pas croire que le motif de tant de frais et de fatigues soit uniquement la dévotion. L'intérêt pécuniaire y a une part encore plus considérable. La caravane est le nioven d'exploiter une branche de commerce très-lucrative. Presque tous les pèlerins en font un objet de spéculation. En partant de chez eux, ils se chargent de marchandises qu'ils vendent en rouie; l'or qui en provient, joint à celui dont ils se sont munis chez eux, est transporté à la Mekke, et là il s'échange contre les mousselines et les indiennes du Malabar et du Bengale, les châles de Cachemire, l'aloès de T nkin, les diamants de Go/co/tde, les perles de Bahrein, quelque pe i de poivre et beaucoup de café à' Yémcn. Quelquefois les Arabes du désert trompent l'espoir du marchand en pillant les traîne'urs, eu enlevant des portions de caravane. Mais ordinairement les pèlerins reviennent à bon port, et alors leurs profits sont considérables. Dans tous les cas ils .se paient par la vénération attachée au titre de hadji (pèlerin), et par le plaisir de vanter à leurs compatriotes les merveilles de la Kiàbé et du mont Arafat, de parler avec emphase de la prodigieuse foule des pèlerins et de la quantité des victimes, le jour du Bairâm; des fatigues qu'ils ont essuyées, des figures extraordinaires des Bédouins, et du désert sans eau, et du tombeau du propbèle à Médine, qui n'est ni suspendu par un aimant, ni l'objet principal du pèlerinage. Ces récits, faits au loin, produisent leur effet ordinaire, c'est-à dire qu'ils excitent l'admiration et l'enthousiasme des auditeurs, quoique, de l'aveu des pèlerins sincères, il n'y ait rien de plus misérable que ce voyage; aussi cette admiration passagère n'a pas empêché d'établir un proverbe peu honorable pour ces pieux voyageurs : Défïe-toi de ton voisin, dit l'Arabe, s'il a fiit un Iiadj ; mais s' il en a fait deux, hâte toi de déloger. Et en ellèt, l'expérience a prouvé que la plupart des dévots de la Mekke ont une itw>lence et une mauvaise foi particulière, comme s'ils voulaient se venger d'avoir été dupes, en se faisant fripons.
Au moyen de cette caravane, Damas est le centre
d'une circulation très-étendue. Par Alep, elle commis nique à Y Arménie, à Y Analolie, au Diarbefir, et même à la Perse. Elle envoie au Kaire des caravanes qui, suivant une rou'e fréquentée des le temps des patriarches, marchent par Djeor-Yogoub, Tabarié, Màblous et Gaze. Elle reçoit des marchandises de Constanlinopie et d'Europe, par Saïdeet Bayroulh.Ce qui seconsomme dans son enceinte, est acquitté avec les étoffes de soie et de coton qui s'y fabriquent en quantité et avec assez d'art; avec les fruits secs de son territoire et les pâtes sucrées de rose, d'abricots, de pêche, etc., dont la Turquie consomme pour près d'un million ; le reste, traité par échanges, verse un argent considé»rable, soit par les droits de douane, soit par le salaire que les marchands s'attribuent pour leur entremise. L'existence de ce commerce dans ces cantons est de la plus haute antiquité. Il y a suivi diverses routes, suivant les circonstances des gouvernements et des lieux; partout il a constamment produit sur ses pas une opulence dont les traces ont survécu à sa propre destruc»' lion. Le pacnalik dont nous traitons offre un monument en ce genre trop remarquable pour être passé sous silence. Je veux parler de Pahnjre, si connue dans le troisième âge de Rome par le rôle brillant qu'elle joua dans les démêlés des Parlhes et des Ro* mains, par la fortune d'Odinot et de Zénobie, par leur chute et par sa propre ruine sous Aurélien. Depuis cette époque, son nom avait laissé un beau souvenir dans l'histoire; mais ce n'était qu'un souvenir; et faute de connaître en détail les titres de sa grandeur, l'on n'en avait que des idées confuses; à peine les soupçonnaiton en Europe, lorsque, sur la fin du siècle dernier, des négociants anglais d'Alep, las d'entendre les Bédouins parler des ruines immenses qui se trouvaient dans le désert, résolurent d'éclaircir les récits prodigieux qu'on leur en faisait. Une première tentative, en 1678, ne fut pas heureuse; les Arabes les dépouillèrent complètement, et ils furent obligés de revenir sans avoir rempli leur objet. Ils reprirent courage en 1691, et parvinrent enfin à voir les monuments indiqués. Leur relation, publiée dans les Transactions philosophiques, trouva beaucoup d'incrédules et de réclamateurs : on ne pouvait ni concevoir, ni se persuader comment, dans un lieu si écarté de la terre habitable, il avait pu subsister une ville aussi magnifique (pie leurs dessins l'attestaient. Mais depuis que le chevalier Dakins (Dawokins), Anglais, a publié, en 1753, les plans détaillés qu'il en avait lui-même pris sur les lieux en 1761, il n'y a plus eu lieu de douter, et il a fallu reconnaître que l'antiquité n'a rien laissé, ni dans la Grèce, ni dans l'Italie, qui soit comparable à la magnificence des ruines de Palmyre.
SOURCE DHUILE D'AMÉRIQUE.
Il y a environ dix ans, près de Burkesville(Kentuky), perforant un puits artésien pouroblenir de l'eau salée, et parvenu déjà, à travers tin lit de roches solides, à une profondeur de plus de 200 pieds, nous perçâmes une source d'huile pure, qui dès ce moment lança un jet continuel qui s'élevait de 12 pieds au-dessus de la surface du sol. Quoique l'intensité du jet diminuât un peu quelques minute* après In première éruption, que l'on
suppose avoir donné alors 75 gallons à la minute, elle continua pendant plusieurs jours sans interruption.
Le puits se trouvant près de l'embouchure et sur les bords d'un petit creek qui décharge ses eaux dans la rivière de Cumberland, l'huile ainsi projetée vint s'y répandre, et flotta jusqu'à une grande distance sur la surface des eaux. Plusieurs habitants, au bas de la côte, curieux de savoir si celte huile (ou plus correctement ce bitume) possédait des propriétés inflammables, y appliquèrent une torche. Avec la rapidité de l'éclair, celte matière s'enflamma, et les habitants jouirent du spectacle unique d'une rivière embrasée, dont les flammes atteignaient les escarpements les plus élevés et embrasaient le sommet des arbres, à la grande frayeur et au préjudice réel des habitants.
Cette huile ou bit urne est très-inflammable; elle produit une clarté aussi pure et aussi brillante que celle du gaz. Ses antres propriétés étaient alors inconnues; mais une certaine quantité ayant élé mise en baril, on s'aperçut bientôt que presque tout avait passé en coulage. Cette substance est tellement volatile, qu'il est impossible de la renfermer dans des futailles de bois, et elle contient une si grande quantité de gaz, que souvent elle fait éclater les vaisseaux qui la contiennent lorsqu'ils sont hermétiquement bouchés. Sa couleur est verte; mais exposée à l'air, elle prend une teinte brune; elle a une odeur acre et indéfinissable, et le goût de l'essence du goudron.
Pendant un court espace de temps, après la découverte de celte source, une petite quantité d'huile venait lorsque l'on pompait l'eau salée, ce qui a conduit à l'idée que l'on pourrait toujours l'extraire par le jeu de la pompe. Cependant toute nouvelle tentative pour en obtenir, excepté par un jet spontané, a été entièrement infructueuse. Pendant les six dernières années, il y a eu deux émissions par jet spontané. La dernière commença le 4 juillet i835 et dura environ six semaines, pendant lesquelles on recueillit environ 20 barriques d'huile. Lorsque la source émet ce jet spontané, l'huile et l'eau salée, avec laquelle elle est constamment combinée, sont lancées dans le corps de pompe, sans doute par la force du gaz qui tend à se dégager, à une hauteur de plus de 200 pieds, et de là viennent couler par l'orifice supérieur dans une auge couverte, où l'eau, se dégageant de l'huile, se précipite au fond, et cette dernière surnage à la surface. Un bruit sourd ressemblant au grondement lointain du tonnerre, accompagne l'émission du jet d'huile, tandis que le gaz, qui est bien visible à l'ouverture du haut de la pompe, fait demander à tous les étrangers qui passent si le puits est en feu.
Bientôt après la découverte de cette source, on supposa que l'huile possédait quelques vertus médicinales. Cette idée conduisit un grand nombre de personnes à en faire l'épreuve dans une grande variété de cas. Ceux qui l'ont essayée comme médicament en recommandent l'usage pour le rhumatisme, la phlhisie pulmonaire, la dyspepsie, la colique d'intestins, les coupures, blessures, et en général toutes les maladies de la peau. On dit qu'elle soulage le malade cinq minutes après qu'on l'a appliquée sur les brûlures, et qu'elle peut servir de spécifique pour les coliques, les écorchures et toute espèce de maladies des chevaux. On lui a donné le nom de Huilr américaine; dans ces dernières années,
elle a joui d'une très-grande réputation dans les Etats de Kentuky et d'Ohio.
( Abeille de la Nouvelle- Orléans. )