BATEAU-POISSON DE M. VILLEROY
Depuis longtemps on s'occupe d'expériences et d'essais de navigation sous-marine. Ce serait en effet une chose utile que cette possibilité de se mouvoir entre deux eaux, sans fatigue, sans crainte d'être étouffé ou noyé, et d'avancer ainsi sans que personne au monde pût avoir aucun indice de votre marche, pas plus que de celle d'un requin ou d'un esturgeon nageant à l'aise au milieu de l'élément liquide, sans crainte d'être compromis par son bruit ou ses mouvemens.
Si les essais de M. Villeroy se continuent, et s'ils sont couronnés d'un entier succès, nous ne voyons plus pour les flottes ordinaires le moyen de se préserver «l'une destruction soudaine. L'ennemi pénétrera sans danger jusque dans les ports, il choisira à son aise l'instant où, s'élevanl à la surface, il pourra attacher aux flancs de sa proie la flamme qui devra la dévorer. Pour lui, disparaissant aussitôt au fond des flots, Iranquille au milieu de l'incendie, à l'abri de tout danger, il pourra demeurer spectateur de son œuvre de destruction, et si la rapidité de cette œuvre ne répond pas à l'impatience de ses désirs, sortir de nouveau de l'abîme, en tirer avec lui les éléments d'une destruction nouvelle, puis disparaître une seconde fois.
Le bateau poisson de M. Villeroy est une machine *kj f«r ayant le» formes et les mouvements d'un gros
cétacé; sa longueur est d'environ 17 pieds, y compris la queue, sur 3 pied-, de dia.nètre; quatre nageoires placée-, de chaque côté et déposées de manière à être mues de l'intérieur, sont ses moyens de locomotion; elles sont manœuvrées par le-, qua re hommes formant I équipage!, Cinq verres placés de chaque côté de l'épine dorsale, à des distances convenables, Lussent pénétrer assez de lumière pour lire facilement à d'assez grandes profondeurs.
Sur le flanc de la machine il existe un appareil qui permet de passer les mains au dehors, pour opérer des travaux, ou pour chercher des objets perdus au fond des eaux, pendant des heures entières, sans aucune infiltration intérieure.
Les immersions et les émer-ions s'exécutent avec une extrême rapidité, au moyen d'un mécanisme intérieur.
On peut rester sans danger au fond des eaux pendant deux heures, sans reparaître, et sans aucune espèce de communication avec la surface. Des procédés très-simples sont employés pendant ce temps pour purifier l'air vicié.
Cette machine peut être appliquée, dit l'auteur : i° aux sciences, pour faire des expériences et des observations au fond des eaux;
'2° Au commerce, pour la pèche des perles, du corail et autres productions marines;
3Q Au sauvetage, pour chercher des objets au fond de l'eau, et pour conduire des bouées ou des amarres à des navires naufragés ou en danger;
4° A la guerre, pour traverser des escadres, pour entrer dans des ports et en ressortir sans être vu, pour communiquer sur les côles et y débarquer des objets, tic
La plus grande difficulté qu'avait à vaincre M. Villeroy n'était peut-être pas de donner à sa machine le mouvement; c'était surtout d'obtenir une construction solide qui permît à l'ensemble de résister à de grandes pressions. Telle qu'elle est, la machine de M. Villeroy peut naviguer à une profondeur de 21 pieds, ce qui est déjà énorme.
On ne peut, sans la calculer, se faire une idée de la pression énorme que supportent les corps immergés. Les corps animaux, il est vrai, les poissons surtout, sont organisés de manière à n'en être pas incommodés. On peut en juger en calculant la pression que supporte la baleine, lorsque, blessée parle harpon, elle fuit dans les profondeurs de l'abîme à une dis'.ance perpendiculaire qui n'est pas moins de 1000 à 1,000 mètres (1).
On peut juger à présent du danger qu'a couru M. Villeroy un jour qu'il faisait des expériences en présence
(I) On sait qu'un litre d'eau pure, à 4 degrés de chaleur, pèse 1 kilogramme ou 2 livres nouvelles. Or, 1 litre d'eau pure remplit un dez à jouer qui aurait le dixième de 1 mètre (1 mètre vaut 3 pieds nouveaux) de hauteur en toussons. Chaque face carrée de ce dez est ce qu'on appelle un dêctmètre carré. Elevez 10 de ces litres d'eau en colonne audessus les uns des autres, et, ahstraciion faite des vases, le tout pèsera dix fois autant qu'un seul, c'est-à-dire 10 kilogrammes. A une profondeur double, triple, quadruple, quintuple, la pression sera deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois plus grande, et, par con-équent, de 9.0, 30, 40, 50 kilogrammes. — Un bateau sous-marin qui aurait une surface de 3 ioiscs carrées, ce qui équivaut à trois fois 400 décimètres carrés ou 1200 décimètres carrés, et serait placé à une profondeur de 5 mètres environ, supporterait une pression de 1200 fois 50 kilogrammes, c'est-à-dire de C0,0(JO kilogrammes ou 120,000 livres. ,
de M. le préfet de police. Celait à la gare de Saint- Ouen : voulant prouver qu'il avait su vaincre la difiicullé la plus grande de la navigation sous-marine, celle de rester longtemps sous l't au sans renouveler l'air de l'appareil, M. Yilleioy, accompagné de ses trois hommes d'équipage, avait depuis lonyiemps disparu. Messieurs de la polices'im patientant, ou peut-être craignant quelque accident, voulurent le lai je revenir à la surlace; on se mu alors à sa rccheiche, et on employa à celle opéralion l'aune avec laquelle les bali liers tuent les noyés qu'a épargnes l'asph)Me, le formidable croc. Celui donc à grands coups de crocs qu'on lit la recherche du bateau plongeur. Ou le trouva enfin ; mais le croc donna par hasard dans I une des huit lunettes formant les yeux du bateau, et brisa le verre en mille éclats. Qu'on juge de l'etonnemtht et de l'effroi de M. Villeroy, eu voyant jaillir, avec une force deCo livres et une vitesse de plus de 10 mètres par seconde, une gerbe d'eau de près d'un demi • mètre de diamètre. Il n'y avail pas de temps à perdre, et si la présence d'esprit tût manqué à 1 ingénieur, c'en était fait de lui et de ses compagnons. Heureusement i'un des hommes avait sur la tête un bonnet ; il le saisit et l'appliqua avec force contre le trou, et parvint a l'y maintenir en appuyait son autre main à la paroi opposée. Ce fut dans celte situation qu'il donna l ordre Ue remonter à la surface, où il trouva messieurs de la police ne se doutant de rien, et qui parurent un peu déconcertés de leur expéi ienee.
Dans l'une des séances du Conseil d'Etat, on s'occupait de la rédaction du Code civil, titre du Mariage ; on en était arrive a la question de savoir comment une fe n 11 ne qui aurait abandonne le domicile conjugal pourrait éire contrainte d'y rentrer. Le grave tt savant lYierlin était le premier à donner son avis.
« D'abord, dit-ii, on la sommera.
— Comment, reprit l'empereur; mais nous ne plaisan'ons pas ici ; discutons sérieusement.
— Je ne plaisante en ai cuiie manière.
— Vous ne plaisantez pas! Et quand on l'aura assommée, on sera bien avancé. »
A ee mot, la gravite du sujet, le respect qu'inspirait la présence de l'empereur, rien ne put arrêter l'hilarité du Cous il. L'eiiijiereur, qui ne tarda pas à s'apercevoir que seul il était coupable involontaire d'un calembourg, prit parti la gaieté générale; elle fut telle, qu'il y eut nécessité de renvoyer la discussion au lendemain.
A l'époque de la teneur, tout était bon pour faire une prison»; on pourrait presque dire, et dr-s prisotini rs. A Bayoîinc, on av. ni choisi pour prison une chapelle dans laquelle tlaietil entasses cent ou cent cinquante prisonniers. Un seul meuble de la chapelle était reste : c'était la chaire; et le geôlier, vrai type du sans-culotte de province, y montait haque mat n pour adresser à se> prisonniers une patriotique allocution. Ce "tôlier elait au iond \.\n assez bi a\ e homme; il i rai tait les prisonniers avtc humanité, pourvu qu'à la lin de ses harangues ils criassent avec lui : rive la République, une el indivisible 1
Un jour le geôlier parut à la tribune à une heure à laquelle on ne le voyait pas habituellement. La plus profonde tristesse se peignait sur sa figure; les prisonniers, tremblants, attendaient quelques-unes de ces annonces de mort auxquelles ils n'étaient que trop accoutumés.
«Citoyens, s'écria - t-il en termes plus énergiques que ceux que nous rapportons, tout est perdu, la république et Robespierre qui est guillotiné; Saiut-Just est guillotiné, Couton est guillotiné. Tout estperdu, on ne sait plus à quel saint se vouer. »
Et en descendant il oublia son cri de T ivela République, une et indivisible ! bien peu de voix l'eussent répété après lui.