‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 260 sur 268 · LES ÉCOSSAIS · texte numérisé non relu

LES ÉCOSSAIS

(Costumes écossais en 1745, époque de la dernière tentative du prétendant.)

Nous avons, il y a quelque temps déjà, donné à nos lecteurs, avec une charmante vue de l'un des comtés d'Ecosse, un aperçu de l'aspect de cette contrée. Il nous reste à jeter un coup d'œil sur les mœurs de ses habitants.

Tout ce que l'hospitalité a de plus gracieux, tout ce que le savoir a de plus varié , s'offre tour à tour, dit un voyageur français, dans les salons d'Ecosse, à l'étranger qui y est admis; nulle part on ne trouve plus d'empressement, de prévenances, d'envie de plaire, de désir de faire apprécier un pays pour lequel les habitants professent une sorte de culte.

Les Ecossais ont une prétention fondée à la science et à une certaine perfection dans les arts : chacun d'eux cherche à en approfondir une branche quelconque. Il en résulte une instruction plus générale qu'elle ne l'est partout ailleurs; il en résulte aussi le besoin d'en faire parade. C'est l'inconvénient, c'est peut-élie une des causes du Lien.

Les Ecossaises annoncent toutes un grand désir de plaire, et la plupart ont les moyens d'y parvenir. Grandes, blondes, très-blanch' s, elles sont en général plutôt belles que jolies. Cette finesse de physionomie que la nature ne leur a pas dépai tic aussi libéralement qu'aux femmes de quelques autres contrées, c'est à leur TOME IIl. Septembre (8 56.

esprit orné, c'est à la bienveillance de leur caractère qu'elles empruntent les moyens d'y suppléer. On ne passe pas quelques moments près d'elles sans s'apercevoir qu'elles y réussissent à merveille. Leur beauté a un genre d'éclat qui se fait surtout remarquer dans les bals; leur esprit, un genre d'agrément qui donne à leur conversation un intérêt très-vif; leurs habitudes d'éducation et d'intérieur de famille ont une analogie complète avec celles des dames anglaises.

Les Ecossais sont graves, mais affables; leur politesse se plie beaucoup plus que celle des Anglais aux formes adoptées sur le continent : ce qu'ils possèdent au plus haut degré, c'est une expression d'obligeance, une démonstration d'hospitalité, un extérieur de bonté que ne dénient jamais l'épreuve que l'on fait de leurs dispositions.

Les Ecossais sont de haute stature. Ils ont voulu rendre une sorte d'hommage à cette qualité physique, en créant à Edimbourg un club sous la dénomination de SixfceVs du!<, ou Club de six pieds. La première de toutes le> conditions d'admission est de se présenter une taille de 6 pieds anglais (5 pieds 6 ponces de France). Sans elle, le guerrier le plus renommé, \\ ;-; ivain le plus distingué, Wallace, s'il revenait avec la petite taille que lui donne l'histoire, sir Waltt i-

Scott, qui n'avait pas la taille voulue, seraient restés à la porte.

Entretenues par les tentatives répétées faites par les derniers Sluarts pour remonter sur le trône de leurs pères, et même par les mesures énergiques de répression qui en Ont été la suite, les affections des Ecossais pour la famille de leurs rois se sont longtemps conservées. Maintenant encore elles existent comme un Convenir tendre et religieux, qui jette peut-être quelque froideur sur leurs sentiments à l'égard des souverains que la victoire leur a donnés. Incorporés à la Grande-Bretagne, ils sont restés Ecossais; et tout en participant aux intérêts communs, ils en conservent cependant qui leur sont particuliers. Leur aristocratie continue à résider parmi eux, à y maintenir son influence, et leur religion, différente par quelques dogmes, mais bien plus encore par l'excessive rigidité de ses principes, établit une ligne prononcée de séparation. Il n'y a pas jusque la langue qui, la même pour les classes élevées de la société chez les deux peuples, se distingue cependant par une accentuation qui, aux premiers mots qu'il prononce, fait reconnaître un Ecossais.

Plusieurs régiments écossais ont conservé dans leur uniforme quelques parties très-marquées du costume national, comme pour protester contre la conquête, par le refus d'un amalgame de leurs costumes et de leurs mœurs avec celles du peuple conquérant.

Les Ecossais ont une musique nau'onale, et ils s'en montrent fiers. Celte prétemion est basée sur quelques balladesd'une mélodie simple, traînante, mélancolique, peu variée dans ses elfets, peu savante dans sa composition, mais qui cependant n'esi pas sans agrément. Leur système musical remonte évidemment à l'enfance «le l'art, ei il a conserve leN défauts qu'il devait avoir à son origine. Il donne une idée du chant sur leq tel il est p rmis de croira qu'O-sian <t ses bardes modulaient leurs poèmes. On peut même pen-er <pie plusieurs des ballades les plus célèbres ont été composées par eux; ces airs sont encore en possession de produire de I enthousiasme. Je tire de ceite circonstance une conclusion plus favorable à l'esprit de nationalité qu'au goût musical des Ecossais. On ne saurait en effet, se rendre compte autrement d^ l'engouement d'un peuple entier pour des compositions dont le principal ei presque l'unique mérite coustste dans la date tres-reculée de leur création.

Dans les régiments écossais, les tambours et la musique sont remplacés par la cornemuse, instrument national de prédilection Ses sons aigus et peu foris ne semblent propres ni à flatter l'oreille, ni à exciter la vai lance, ni même à transmettre à une grande distance et à une foule nombreuse les commandements pour lesquels, partout ailleurs, on emploie les trompettes et les tambours. Mais ils conduisent à la victoire les clans de Wallace, les armées de Robert Bruce : ils suffisent pour enflammer le coui agejcles Ecossais de nos jours.

Les Highlandais ont conservé le costume de leurs pères, en dépit des inconvénients qu'il présente relativement à l'âpreté du climat. Une espèce de béret qui ne couvre que la partie supérieure de la tète; une pièce d'étoffe carrée destinée à tenir lieu du manteau qui se drappe sur les épaules d'une manière plus pittoresque que commode; un vêtement inférieur.

de la forme d'un jupon, qui laisse à nu la moitié de la cuisse et de la jambe, et doit être d'une faible ressource contre le froid habituel de l'atmosphère; des bas ou des guêtres, qui ne s'élèvent pas au-dessus du milieu de la jambe, suffisent pour déposer de l'attachement de ce peuple à ses coutumes.

Le costume highlandais n'est modifié, pour les régiments écossais, que par l'adjonction bizarre d'un habit de la forme adoptée pour l'armée anglaise, et la substitution d'un schako couvert de plumes noires, au béret des montagnards; des basa losanges ronges et blanches retenus par une jarretière rouge au milieu de la jambe,des souliers serrés par une large boucle en cuivre doivent être d'un usage gênant, et forment une disparate choquante avec la sévérité de la tenue adoptée dans toutes les armées de l'Europe.

Ce que l'on peut conclure de cette obstinalion de tout un peuple dans des costumes qui ne sont en rapport ni avec les convenances de la vie, telles qu'elles existent actuellement, ni avec les usages des antres nations, ni avec l'état présent de sa propre civilisation c'est qu'il a la volonté de rester tel qu'une lonyue suite de siècles l'a façonné, c'est qu'il veut prote-ter contre les changements qui lui ont été imposés et ceux dont il se voit menacé, c'est qu'il ne croit pas payer trop cher sa nationalité en l'achetant au prix d'un état stationnaire, dans un ordre de choses devenu un véritable inconvénient par son contraste avec ce qui existe ailleurs, et avec les incontestables progrès de sa propre civilisation.

Page 1