‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 264 sur 268 · SOLEURE · texte numérisé non relu

SOLEURE

(Deuxième article. Voy. page 377.)

A l'approche de l'armée de l'empereur, commandée par le comte Henri deFurstenberg, dii un chroniqueur suisse, l'avoyer Conrad de Soleure avait rassemblé autour de la grande bannière de la république i,5oo Soleurois environ; Zurich, craignant pour ses frontières, n'en avait envoyé que 400, sous le commandement du brave colonel Goldiiu. Ces 1,900 hommes, réunis aux 3,4oo Bernois qu'amenaient, au secours de leurs frères, Gaspard Stein et Rodolphe d'Erlach, formaient toutes les forces des confédérés; mais, parmi les officiers on comptait plusieurs Suisses dont la valeur et lYxpérience était nt éprouvées: c'étaient Beneuict Hngi, de Soleure; Lis Roclitt, bannen t du canton; Jacques Siafer, qui portait la bannière de Zurich; Conrad Vogt, banneret de Berne; Gaspard Wiler, son porte- endigue, et Adam Willadiug, le seul de ces braves guerriers qui, expirant sur le champ de bataille, ne rentra point vainqueur dans les murs de sa patrie.

L'armée du comte de Ftitsieuberg s'élevait à plus de i8,o<>o combattants, parmi lesquels on distinguait 4,ooo vieux soldats, que l'empereur avait amenés de Gueldre, et 3, 000 cavaliers flamands et bourguignons.

Le comte Henri, certain de la victoire, avait permis à ses soldats de se livrer aux plaisirs, et comme de temps en temps quelques boulets allaient frapper les \ ieilles tours de D «rnach, le lieutenant de Maximiben rêvait déjà la conquête de tout le pays.

De leur côte, les Suisses n'avaient pas perdu un moment; ils s'étaient rassembles à la hâte et marchaient à l'ennemi sur plusieurs colonnes, afin de tomber à la lois >ur les trois camps qui investissaient Dornach.

Dans ces temps- là les soldais suisses ne se distinguaient que par une croix d'étoffe blanche, pla< ée sur la poitrine, et les Impériaux portaient la croix rouge de Bourgogne. L'avoyer Conrad, se déliant du petit nombre de confédérés, leur fit prendre la croix rouge par devant, et placer une croix blanche sur le dos, afin que, trompant les ennemis, ils pussent se reconnaître entre eux. Il arriva ainsi, sans être aperçu, à la tête des i,5oo Soleurois, qui formaient l'avant- garde, jusqu'au pied du château de Dornach. Les Autrichiens les prirent d'abord pour un renfort que leur envoyait l'empereur, mais ils furent presque aussitôt désabusés, car les Suisses les mirent en fuite à grands coups dépiques et d'epées à deux mains. La colonne du milieu, embarrassée dans des chemins creux et des haies épaisses, fut moins heureuse, et le troisième corps, qui avait côtoyé la gauche, forcé de se replier avec perte sur le centre, le mit un moment en desordre : ce fut au bord de la Birse que le combat s'engagea avec le plus d'opiniâtreté. A la première nouvelle de cette attaque inopinée, le comte de Furstenberg monte à cheval, rallie ses troup» s d'élite, marche droit vers les Suisses, tourne son artillerie contre eux, et ordonne aux soldats de Flandre et à la cavalei ie Gueldre de les prendre en flanc. Le nombre des Impériaux, la mort que vomit dan» les rangs des soldats des cantons leur lormidab e aitillerie, semble l'emporter sur l'héroïsme helvétique; la petite garnison de Dornach tente inutilement de seconder les confédérés par une seconde sortie. Les Suisses

vont périr sous les coups de leurs ennemis, quand le comte Henri, qni veut, à force de valeur réparer son imprévoyance, tombe mort, au milieu de ses plus vaillants officiers, non loin du puni de la Birse. Ces vieux guerriers se serrent autour du corps de leur général, jurent de le venger; mais la nouvelle de sa mort, les difficultés d'un sol difficile et l'approche de la nuit, favorisent les troupes du canton, et causent chez l'ennemi un desordre qui lui devient funeste.

Cependant la victoire était encore incei laine, quand tout à coup on commence à distinguer sur le coteau voisin deux bannières qui s'avancent avec rapidité. L'un et l'autre camp Hotte entre la crainte et l'espérance. La victoire ou la défaite va dépendre de l'assistance de ces nouvelles troupes, suivant qu'elles sont amies oui ennemies; mais soudain un cri de joie s'élève des bataillons helvétiques : ils ont reconnu leurs frères de Lucerne et deZug, qui, ayant appris à Wiiiterihur que Dornach était menacée par les Impériaux, arrivent en hâte d'Arlesheim pour secourir leurs amis les Soleurois. Les Lucernoi>, commandes par le brave Feer, qui avait fait son apprentissage dans les champs de Morat, se précipitent tète baissée sur la cavalerie impériale et la poussent jusqu'au pont de la Birse, déjà obstrué de cadavres et qui refuse un passage aux fuyards. Là Henri Rhan, de Zurich, ayant terrassé le banneret de Strasbourg, lui arracha avec la vie son drapeau tout

couvert de sang; Laurent Brandenberg, de Zug. s'em pare aussi avec une rare valeur de la grande bannière d'Einsisheim. La défaite des Autrichiens eût été complète, si la nuit eût permis de les poursuivre; 4, 00 des plus braves soldats de l'Empire restèrent sur le champ de bataille, entre autres Conrad d Urenheim, Arbogast de Kageneck, Malhias, le dernier de l'antique maison de Caslelwart, et le vieux comte dePitsch.

La perte des cantons ne s'éleva pas à plus de 2 ou 3oo hommes; mais la patrie perdit deux de ses guerriers les plus illustres, le banneret de Lucerne, Rodolph Haas, qui, après s'être couvert de gloire quelque temps auparavant au combat d'Ermatinsen, fut mortellement blessé au moment où commençait la déroute de? Autrichiens, et Paul Lewensprung, puulre lucernois qui, disait-on. savait aussi bien manier les armes que le pinceau. Entre les officiers qui s'illustrèrent dans cette sanglante journée, Collin, banneret de Zug, contribua surtout à la déroute des ennemis. Les Suisses entrèrent dans le camp des vaincus et s'emparèrent d'un butin riche et glorieux : 20 canons, dont plusieurs aux armes d'Autriche, les grandes bannières de Fribourg en Brisgau, d'Einsisheim, de Strasbourg, et sept autres drapeaux allèrent décorer les arsenaux des vainqueurs. Suivant l'antique usage de la nation, les soldats des cantons remercièrent immédiatement Dieu de ce succès inespéré, et restèrent trois jours sur ie champ de bataille, sachant mieux vaincre que profiter de la victoire. Quelques années plus tard une chapelle élevée à Dornach, rassembla sous ses voûtes les ossements des victimes de l'ambition autrichienne, et conserva le souvenir des tristes si eues dont ces lieux furent si souvent les témoins.

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