LES SAUTERELLES
La Syrie partage avec l'Egypte, la Perse et presque
MAGAS1M UMVERSEL.
tout le midi de l'Asie, un autre fléau non moins redoutable, les nue'es de criquets, vulgairement dits sauterelles, dont nous avons déjà parlé {Voyez ie vol., page 34o). La quantité de ces insectes est une chose incroyable pour quiconque ne l'a pas vu par luimême : la terre en est couverte sur un espace de plusieurs lieues. On entend de loin le bruit qu'elles font en broutant les lierbes et les arbres, comme d'une armée qui fourrage à la dérobée. Il vaudrait mieux avoir affaire à des Tartares qu'à ces petits animaux destructeurs. On dirait que le feu suit leurs traces. Partout où leurs légions se portent, la verdure disparaît de la campagne comme un rideau que l'on plie; les arbres et les plantes, dépouillés de feuilles, et réduits à leurs rameaux et à leurs liges, font succéder en un clin d'œil le spectacle hideux de l'hiver aux riches scènes du printemps. Lorsque ces nuées de sauterelles prennent leur vol pour surmonter quelque obstacle, ou traverser plus rapidement un sol désert, on peut dire, à la lettre, que le ciel en est obscurci. Heureusement que ce fléau n'est pas trop répété; car il n'en est point qui amène aussi sûrement la famine et les maladies qui la suivent. Les habitants de la Syrie ont fait la double remarque que les sauterelles n'avaient lieu qu'à la suite des hivers trop doux, et qu'elles venaient toujours du désert d'Arabie. A l'aide de cette remarque, l'on explique très-bien comment, le froid ayant ménagé les œufs de ces insectes, ils se multiplient si subitement, et comment, les herbes venant à s'épuiser dans
les immenses plaines du désert, il en sort tout à coup des légions si nombreuses. Quand elles paraissent sur la frontière d'un pays cultivé, les habitants s'efforcent de les détourner, en leur opposant des iorrents de fumée; mais souvent les herbes et la paille mouillée leur manquent : ils creusent aussi des fosîes où il s'en ensevelit beaucoup; mais les deux agents les plus efficaces contre ces insectes sont les vents de sud et de sud-est, et l'oiseau appelé Samarmar : cet oiseau, qui ressemble bien au loriot, les suit en troupes nombreuses comme celles des étourneaux ; et non-seulement il en mange à satiété, mais il en tue tout ce qu'il en peut tuer : aussi, les paysans le respectent-ils, et Tonne permet en aucun temps de le tirer. Quant aux vents de sud et de sud-est, ils chassent violemment les nuages de sauterelles sur la Méditerranée; et ils les y noient en si grande quantité, que lorsque leurs cadavres sont jetés sur le rivage, ils infectent l'air pendant plusieurs jours à une grande distance.