‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 267 sur 268 · FRANCE. — LE CHATEAU Î)K COUCY · texte numérisé non relu

FRANCE. — LE CHATEAU Î)K COUCY

(Ruines tla château <lc Coucy.

Il n'est pas un seul des sires de Coucy qui ne soit connu par quelque action éclatante, bonne ou mauvaise, vraie ou fabuleuse; sept d'entre eux ont porté le nom d'Enguerrand, et quelque commun que fût autrefois ce nom, il n'est presque plus possible de le prononcer encore de nos jours, sans que celui de Coucy ne se présente à la pensée. Ce furent tous de rudes et vaillants paladins que ces Enguerrand ; leur puissance, qui s'étendait sur des domaines immenses, les rendait redoutables à tout voisin, amis ou ennemis, et Louis le Gros, dans sa lutte contre la féodalité, ne put jamais les soumettre.

Les murailles et les tourelles du château de Coucy, en Picardie, datent de io5?.; la grosse tour du milieu, haute de 1 76 pieds, est un des beaux débris du moyen âge. Au-dessus de la porte principale, on voit encore un chevalier armé de toutes pièces, visière baissée, qui s'élance vaillamment contre un lion furieux; pies de l'entrée se trouve un bloc de pierre soutenu par trois lions : « Icelui monument, dit un chroniqueur, fut bâti et dessiné en mémoire du grand et incomparable courage d'Enguerrand le troisième, lequel, averti par ses gens qu'un lion féroce et indomptable parcourait la campagne, mangeant et dévorant blés, froment, femmes et petits enfants, alla droit à lui et le pourfendit courageusement d'un bon coup de sa longue rapière. » Aussi,chaque année, tous les bourgs voisins délivrés des Tome III, — Septembre 1836.

ravages « de cette bête de grande force et hardiesse, » tous ces bourgs, disons-nous, députaient un manant en habit de fête, qui, faisant claquer son fouet à trois reprises à l'entrée du pont-levis, venait offrir au seigneur certaine corbeille remplie de pain d'épices et d'autres gourmandises friandes. Oh ! combien les paysans de ces contrées ont-ils encore présent le souvenir des Coucy ! Parcourez les campagnes aux environs du château, vous entendrez les légendes merveilleuses qui se débitent; le descendant du pauvre serf vous contera, dans sa langue naïve et pittoresque, les faits et gestes des sires châtelains, leurs combats singuliers, leur grande vaillantise, leurs guerres contre le Turc à Damiette ou à Jérusalem ; ce n'est qu'avec respect qu'il prononcera le nom des Coucy, barons impitoyables, qui pourtant pressurèrent sans pitié le manant faible et sans défense.

Qui ne connaît l'aventure de la dame de Fayel, si souvent reproduite au théâtre et dans le roman ? Noble châtelaine persécutée par son mari, la dame de Fayel s'était bellement éprise d'une passion chevaleresque pour le jeune Raoul de Coucy; celui-ci part en Palestine; il y meurt, cruellement dagué par un Barbaresque; avant d'expirer, il recommande à un page de porter son cœur à son amie, laquelle s'amaigrit de chagrin et trépassa de ce monde en l'autre. Telle est la vérité historique. Mais un troubadour avait imaginé une fable,

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qui, devenue populaire, a été depuis largement exploitée ; on chanta une belle complainte qui annonçait que « le seigneur de Fayel avait découvert les machinations de sa dame, et que, méchant et farouche, il avait fait cuire le cœur du sire de Coucy et l'avait donné à manger à sa femme, laquelle s'était laissée amincir, et finalement était morte de faim, ayant depuis lors refusé toute nourriture.»

Ceci est plus dramatique, sans doute, et prêtait davantage à l'effet; mais ce n'est pas là de l'histoire; c'est une simple invention de poëte qui trouvait par là le moyen de rendre odieux un seigneur aux populations crédules, précisément parce qu'elles étaient malheureuses.

Le dernier des Coucy périt vaillamment à Nicopolis, journée funeste à la chevalerie chrétienne, décimée qu'elle fut par les Turcs sous Bajazet. Comme ton- lés grands fiefs, le château de Coucy retourna aux mftins des rois de France, et devint une résidence royale. A la suite des troubles de la Fronde, Mazarin fit démanteler les remparts. Depuis Mazarin, les ruines se sont considérablement accrues ;,le tremblement de terre qui se fit sentir en France en i6'o,>>, fendit du haut en bas la grande tour dont les murs sont pourtant d'une épaisseur de 21 pieds ; les autres tourelles subsistent encore dans leur entier, mais les Voûtes qui formaient trois étages se sont écroulées pour la plupart. De sorte que ce château célèbre, qui était, îl n'y a pas deux siècles, une des merveilles de la France et peut-être une des plus fortes places du royaume, n'est plus de nos jours qu'un triste monument de la magnificence de ses anéiths seigneurs.

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