ARMES DÉFENSIVES ET OFFENSIVES DES ANIMAUX ET DES VÉGÉTAUX
(Etoile, de mer, espèce d'oursin. — Section des animaux protégés p.ir une croûte calcaire.)
Armes défensives données aux plantes elles-mêmes. — Rapport du naturel carnassier des animaux avec le développement de leurs ongles et de leurs dents. — Particularités
relatives aux dents de l'éléphant, au narwal, à l'ornithorynque.— Analogie des cornes et des piquants des hérissons. — Cuirasses des tatous; écailles offensives des pangolins.
— Oiseaux dont les ailerons sont ornés d'ongles. — Ergots des gallinacées.— Crochets empoisonnés des reptiles. — Serpents constricteurs. — Glaives de l'espadon et de la scie. — Epines et arêtes mobiles de certains poissons.— Chocs électriques de la torpille. — Mandibules des insectes; aiguillons.— Pinces des crustacés. — bec des seiches.— Réservoir de liquide opaque chez certains céphalopodes. — Urine repoussante des moufettes.— Coquilles extérieures et intérieures.— Fable des singes chassant aux huîtres. — Suçoir, crochets et poils des vers.— Humeur corrosive des méduses. —Cellules pierreuses des polypes.
Si quelques créatures ont été abandonnées dans la nature sans moyens d'attaque ou de défense, il en est au contraire qui furent munies d'armes redoutables. Les animaux et les plantes présentent un grand nombre d'exemples d'espèces favorisées, et qui, n'ayant rien à craindre des races qui menaceraient leur existence, ont au contraire la faculté de les attaquer ou de se garantir de leurs atteintes.
On trouvera peut-être étrange, au premier coup d'ail, que nous accordions aux végétaux même des moyens de destruction qu'ils emploient avec un certain discernement; rien néanmoins n'est plus vrai. La dionée (Dionea muscipula), entre autres, sait fort bien saisir les mouches qui se reposent imprudemment sur ses feuilles. { Voyez page 24, 3e année.) Nos lecteurs ont vu que cette plante est munie à son extrémité de deux palettes, bordées de cils déchirants ou de crochets. Malheur à l'insecte qui se vient promener sur la plante traîtresse dont les palettes sont ouvertes et comme en embuscade! elles se ferment aussitôt pour écraser la victime. Les épines plus ou moins dures, simples ou rameuses, les aiguillons qui sont les épines non adhérentes au bois, les poils susceptibles de se détacher de la surface des feuilles, et de produire dans la peau des animaux une sensation brûlante, complètent l'appareil défensif, ou les armes des végétaux.
C'est dans le règne animal surtout que les appareils offensifs et défensifs sont multipliés. Au rang des premiers, nous citerons, pour les mammifères, les ongles et les dents; dans les bêtes carnassières, ces deux moyens sont toujours en rapport, c'est-à-dire cpi'avec le goût du carnage, les dents et les ongles deviennent de plus en plus redoutables. Des ongles rétractiles, ou des griffes, sont inséparables d'un système dentaire puissant. De tels ongles deviennent inutiles au ruminant, par exemple, qui n'en a que faire pour déchirer une proie. Excepté dans l'éléphant et dans le dugong, auxquels les incisives servent d'armes, ce sont en général les canines ou crochets qui forment la principale force des mâchoires. La corne même du narwal, vulgairement appelé licorne de mer, est une dent canine dont le développement excessif a lieu dans un sens vertical.
La présence des dents de carnassier n'est pas nécessairement liée à celle des griffes, puisque les animaux édeniéSjtelsque lefourmilier,ont des onglesfort grand*; mais alors ces ongles ne sont pas disposés pour saisir et tuer d'autres animaux, mais destinés à fouir la terre ou bien à soulever l'écorce; de tous les ongles, les plus dangereux sont les ergots de X ornithorynque, creusés dans leur longueur par une gouttière destinée à servir de conduit à une liqueur empoisonnée. Cet étrange caractère rapproche de la vipère un animal que sa tête plaçait près de l'oiseau; les vipères ont pour armes deux dents particulière*, ou plutôt deux crochets situés VBrsIe milieu du palais, contre lequel l'animal les
tient ordinairement couchées, mais qui, mobiles dans l'os maxillaire, peuvent se redresser pour porter dans les blessures qu'elles font une humeur vénéneuse capable de causer la mort.
Les cornes sont encore des armes offensives, surtout pour le taureau et le rhiuocéros. Une substance analogue à la corne forme, de la réunion de leurs poils, les armes des hérissons et des porcs-épics ; celles-ci consistent dans des piquants plus gu moins forts. L'animal qui les porte peut les redresser à volonté, mais non les lancer comme des traits, ainsi que le vulgaire le suppose. La peau durcie des tatous, chargée de quelques sels calcaires, forme autour de leur corps des cuirasses impénétrables; mais ces cuirasses ne sont que protectrices; elles deviennent offensives dans les pangolins et les phatagins (Voy. page 2,8g, 2e année), qui sont couverts d'écaillés tranchantes, capables de blesser quand l'animal les redresse.
Le bec et les serres sont les principales armes de l'oiseau. Quelques-uns, tels que les kamichi, certains pluviers et le casoar ( Voyez page 11 1, 1" année), y ajoutent de véritable ongles développés à l'extrémité de l'aileron; les gallinacées sont en outre munis d'ergots qui, chez le coq, sont encore plus redoutables que le bec.
Chez les reptiles, les dents sont souvent très-fortes. Le crocodile est, sous ce rapport, presque aussi bien partagé que le tigre. Nous avons vu que les crochets empoisonnés de certains serpents étaient leur plus terrible moyen d'attaque ; le corps entier des espèces non venimeuses devient lui-même un moyen de destruction;c'est par leurs replis que les boas et les grandes couleuvres enlacent leurs victimes, les pressent, les étouffent et leur brisent les os.
Les poissons ont aussi des dents plus ou moins à craindre, mais la plupart ont d'autres armes. L'espadon et la scie portent des glaives aigus ou dentés à l'extrémitédelatête, dont les intermaxillaires s'allongent pour former ces parties souvent si funestes aux grands cétacés. Beaucoup d'autres espèces sont armées d'épines sur tout le corps, ou de boucles qui ne sont que des dents égarées à la surface de la peau; d'autres ont des rayons acérés aux nageoires; l'animal lescouche ou les redresse à volonté, comme le porc-épic; ces rayons paraissent être venimeux; du moins les piqûres de ce poisson causent une douleur insupportable. Dans les silures et dans certaines balistes, le premier rayon des nageoires pectorales et de la dorsale se rabat ou se dresse par un mécanisme encore plus singulier; armés de dents en scie, ces rayons se meuvent comme des lames de couteau fixées au manche par un ressort. Une famille de raie porte un aiguillon non moins à crainde sur une longue queue, qui ne frappe jamais impunément la proie.
On peut considérer l'appareil éleeti ique des torpilles et des gymnotes comme des armes offens ves Dans beaucoup d'espèces, les plaques ou boucliers qui couvrent le corps ou une partie du corps, sont des armes défensives. Les coffres sont cuirassés par l'endurcissement de la peau. Qin Iques grands lézards ont, parmi les reptiles, les mêmes moyens passifs, mais certains, de défense : ce sont les tortues.
Les armes des insectes sont fort variées; elles consistent généralement dans leurs mandibules, prolongées en cornes rameu-es chez le cerf- volant, très-coupantes dans beaucoup de genres destructeurs. Le ihorax ou corselet se prolonge encorne dans quelques-uns; mais
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de tels prolongements sont, comme le double bec des calaos, el le casque du casoar chez les oiseaux, beaucoup plus une exubérance et un inconvénient que des moyens d'altaqueoudedefense.Lesaiguillonsservent bien mieux le courage des insectes qui s'en trouvent munis; ces aiguillons, ordinairement placés à l'extrémité de l'abdomen, peuvent être facilement étudiés chez les apiaires, ou insectes de la famille des abeilles.
Chez l'écrevissè et les autres crustacés, ce sont surtout les pinces qui servent d'armes offensives, tandis qu'une enveloppe solide protège leur corps contre toute attaque, mais non contre les dents de quelques poissons, ou contre le bec des seiches, qui triomphent de leur dureté. Ce bec est encore une corne puissante; placé au centre des bras de ranimai qui se sert de ceux-ci pour enlacer sa victime, il perce jusqu'aux coquilles; et comme si la nature eût encore voulu protéger les seiches et autres céphalopodes, dont le corps est mou, contre leurs nombreux ennemis, elle donne à plusieurs un sac intérieur rempli d'une substance noire et épaisse, qui, répandue à l'instant du danger, forme au loin un nuage obscur au milieu duquel le céphalopode sait se dérober aux poursuites les plus actives. Parmi les mammifères, les moufettes usent d'un moyen analogue; quand ils sont menacés, ils répandent une urine tellement fétide qu'elle éloigne les assaillants.
Les coquilles ne sont pas toutes des armes défensives et des boucliers protecteurs, puisque plusieurs sont contenues dans l'intérieur de l'animal ; mais elles mettent à l'abri du danger celles des créatures qui sont incapables de se défendre en rendant mal pour mal. Trop fragiles chez la plupart des mollusques terrestres pour les mettre totalement à l'abri de leurs ennemis, elles garantissent mieux les conclu liféres; la plupart de ces derniers n'ont presque rien à craindre des autres habitants des eaux, quand ils ne se laissent pas surprendre, et qu'entr'ouverts ils ne s'exposent pas à ce qu'un corps dur placé entre leurs valves ne permette plus de les clore. On raconte que c'est en jetant de petits cailloux entre les deux battants de l'huître que des singes friands de leur substance les empêchent de se fermer, et les mangent sans crainte de se voir pincer par elles : il est douteux que des singes se nourrissent d'huîtres, et encore plus douteux qu'ils aient l'intelligence d'employer tonire elles ces ruses, qu'avant Finvention de la poudre on employait dans les sièges pour empêcher l'effet des herses et des mâchicoulis.
Des suçoirs, des crochets et des poils arment les vers intestinaux et les échinodermes, dont quelques-uns sont aussi recouverts de cuirasses pierreuses [voy. la figure); ainsi l'oursin commun se distingue par des piquants qui agissent à la manière de ceux des poissons et des porcs-épics,mais dontla fragilité est d'autant plus grande qu'ils sont plus pointus. Les méduses ont pour aime une humeur âtre et brûlante dont elles s'enveloppent, et qui, produisant sur la peau de l'homme la même sensation que l'ortie, les a fait nommer vulgairement orties de mer.
Les « ellules pierreuses des petits polypes, habitants des productions madreporiques et des coraux, sont pour ceux-ci des asiles défensifs au fond desquels l'animal inquiété se relire, comme les tortues dans leur carapace et leur plastron. On ne doit-pas oublier ces reptiles, en citant les animaux les mieux défendus : non-seulement les tortues sont pour la plupart conformées de manière
à braver toutes les attaques, mais l'homme a emprunté d'elles l'usage des armes défensives, car il parait que les couvertures des grandes espèces de tortues furent les premiers bouJiers dont se servirent nos pères.