TABLEAUX DE G EN R E
-2e article (voir p. 259).
Parmi les peintres de genre, Decamps et Riard tiennent incontestablement la première place. Hommes d'esprit tous deux , tous deux d'une fécondité inépuisable , ils font tant et si bien que leurs œuvres les plus minimes ont toujours grand succès; mais la popularité dont ils jouissent est loin d'être égale. Riard, aux yeux du plus grand nombre, l'emporte sur Decamps; la raison en est simple : Decamps travaille pour lui seul et non pour le public. A ses yeux, traiter un sujet, c'est avoir occasion de jeter sur la toile les sensations diverses qui l'agitent, où il rend non ce qu'il a vu, mais ce qu'il a senti ; aussi, se traduisant à chaque pas, donne-t-il à son œuvre un cachet de nouveauté , et si parfois il ne se fait pas assez comprendre, il a du moins l'avantage d'arriver à l'effet par l'étrangeté. De là résulte pour son ensemble, une expression d'originalité, d'un piquant indicible. Sa forme ne se trouve nulle part, nulle part on n'a vu des lignes si énergiques , jamais la lumière n'a été aussi chaude, aussi brillante. Tout sur ses toiles est idéal ; on le sent, on le voit ; mais on y trouve un charme si singulier qu'on finit par y applaudir. Hâtons-nous de le dire, cependant ; pour arriver là le spectateur doit avoir déjà été en communion d'idées avec l'artiste , autrement il ne le verra que sous un faux jour, impossible alors à lui de l'apprécier dignement; et comme la pensée, chez Decamps, est profonde, quelle se traduit d'une manière énergique jusqu'au terrible , ou délicate jusqu'à l'idéal, il s'en suit que peu de personnes peuvent le comprendre. Tandis que Riard, gai, bouffon même parfois, arrive bien plus vite à la foule qui, sur ses toiles, se voit avec tout son côté plaisant ; lîiard doit donc être plus populaire. Mais Decamps, aux yeux des connaisseurs, l'emporte sur lui de beaucoup. Depuis l'éclatant succès de sa Bataille des (imbres , Decamps s'était tenu à l'écart , et cette année il a fourni au salon onze tableaux dont le plus faible étincelle de beautés majeures. Les analyser, ce serait non-seulement entrer dans des détails par trop longs, mais encore vouloir atteindre l'impossible, car nous l'avons dit , les qualités de Decamps se sentent, et sont telles qu'on ne peut les définir que difficilement. Ainsi, par exemple, comment rendre la fougue du Samson combattant les Philistins1? Armé de l'historique mâchoire d'âne , et entouré d'ennemis , il se démène en vrai furieux, frappant, tuant à tort et à travers, faisant en un mot une boucherie complète. Cette scène de carnage semble avoir été peinte avec amour , tant les détails sont vrais , tant sont fraîches les blessures. Cela joint au mouvement, à la chaleur du faire, produit sur l'âme un effet singulier; on quitte cette toile avec regret, et cependant elle représente un carnage. Rendue par tout autre, la scène des Crochets eût été dégoûtante ; mais Decamps voulant la faire passer, l'a embellie à sa manière, par des Ilots de lumière , se jouant sur une foule bariolée de la façon la plus charmante ; il l'a poétisée ainsi en quelque sorte ; et tandis que les derniers plans sont
pénibles à voir, toutest riant sur les premiers. C'est que Decamps est poète avant tout ; il l'a prouvé encore dans le Joseph vendu par ses frères, où, rendant cette scène avec une vérité dramatique, il a étalé aux yeux les beautés les plus secrètes de l'orient. Et ne croyez pas que son talent se borne à un seul genre. Energique dans le Samson, terrible dans les Crochets , sévère et gracieux dans le Joseph, il se modifie à volonté, et dans les Souvenirs d'une villa , prenant aux Flamands les tons les plus vrais et les plus limpides, aux Italiens leur chaleur, aux Espagnols leur sombre, il môle tout cela, et arrive à un ensemble où l'on trouve un échappé de jour rendu d'une façon diabolique, tout à côté d'une pelouse fraîche comme une vallée suisse. Comme les grands poètes, il a un faire en harmonie avec sa pensée. Sa manière de procéder est insaisissable; les tons gras, constamment nourris, se heurtent sur sa toile sans qu'il y ait confusion ; les lignes, d'un aspect étrange , se prolongent à l'infini, et une lumière tantôt douce, tantôt brûlante, passe là-dessus son vernis, en sorte que l'effet surgit à chaque pas. Que dire de la transparence de ses clairs, de ses teintes et surtout de leur solidité? Comment rendre ses personnages? Ayant trouvé le secret du jet de Callot , il atteint toujours le pittoresque, quant à la disposition , et parfois même il lui arrive d'être aussi énergique que Salvator. Mais , semblable à ce grand maître , il trouve que la forme ne pourra jamais rendre sa pensée ; alors, donnant un libre essor à sa brosse , il étend follement sa couleur, sans méthode aucune , et il en résulte un mélange bizarre, incompréhensible, agitant l'âme sans que l'œil puisse s'en rendre compte. Dans l'expression de sa pensée , Hiard est plus clair , caustique , plaisant , plaisant avant tout ; il aime surtout à retracer ces mille scènes dans lesquelles tous, ou à peu près, nous avons joué un rôle oublié le lendemain. Cette année , ses Suites d'un bal masque et la Poste-restante, attirent principalement la foule, et à l'aspect de ces deux toiles, un immense éclat de rire s'empare du spectateur. Sur la première, c'est bien la sortie du bal, si folle, si joyeuse, avec ses péripéties grotesques. Chacun peut s'y reconnaître , chacun peut y voir cette pauvre police, sifflée , huée , repoussée, et l'impassible commissaire jeté si pittoresquement. A la poste restante, les déceptions, les aventures se croisent en tous sens. Vraiment tout cela est beau de conception. Mais qu'on étudie le faire avec soin , et on verra qu'abstraction faite de l'idée, il est loin d'être irréprochable. Les tons se heurtent à l'envi , pleins de mollesse , sans aucune teinte, ils doivent choquer et choquent l'œil , en sorte que le relief arrive rarement au vrai. La couleur s'empâte, les clairs manquent presque, la finesse, le moelleux de la nature font défaut. Cependant, comme avant tout, l'artiste est homme d'esprit, il sait prendre sa revanche. Dans son Concert de famille, si peu apprécié, il y a des beautés du premier ordre. Comme toujours l'expression est parfaite , et : ici, la couleur abonde. Une petite fille huchéesurune j chaise, a bien l'air de martyriser le piano; un chauteur, aux cheveux blancs, chante avec une verve inj dicible, et les spectateurs ou rient ou bâillent. Et ; comme l'excès de charge aurait nui à l'effet , Riard s'est fait copiste. Ayant à son aide le sentiment et la ! couleur , il saura se montrer le rival des Flamands.
MAGÀSN UNIVERSEL
Même observation pour le Repas interrompu des curés, qui trouvent une souris dans la soupière.
Arrivons à une autre œuvre bien autrement importante : nous voulons parler de son Embarcationattaquée par des ours blancs. Si, jusqu'à cette heure, l'artiste s'est montré coquet, gracieux et plaisant, il a dévoilé ici son talent sous une face toute nouvelle , et empressons-nous de le dire , le succès a dépassé nos espérances. Trois personnages sont dans une chaloupe , au milieu des glaces, sans nul espoir de secours; ils se voient attaqués de part et d'autre, par des ours blancs, l'un d'eux est déjà hors de combat, l'autre, jeune et gracieux enfant, vient de porter un coup mortel , et le troisième , plus vigoureux , va aussi en asséner un terrible; mais tout cela est vain, car sur chaque plan, on voit poindre des museaux blancs, eflilés , des gueules entr'ouvertes, des dents bien acérées. Sans aucun doute , ces pauvres abandonnés doivent périr. On le voit, la situation est des plus dramatiques , et la science , et la verve du peintre ont réussi à l'assombrir. La frayeur chez ces hommes est si grande , le jeu des muscles la rend si bien, qu'elle fait mal plus on l'étudié ; il vous semble entendre trois cris immenses auxquels répondent une inlinité de hurlements. Les chairs fermes, sans aucune mollesse , les physionomies expressives , les contours énergiques se trouvent au-dessus de tout éloge, et l'artiste s'est surpassé dans la couleur locale. L'air est réellement glacial, les montagnes de glace sont encore véritables, et les ours font trembler. Tout, dans cette scène, est dans la nature, on le sent ; l'instinct du vrai est inné chez chacun.
A d'autres peintres de genre, maintenant; et d'abord à M. Guet, pour ses Femmes du canton de Berne, causant à la fontaine, toile charmante où l'artiste a étalé sa grâce, et disons-le aussi ses défauts. Les femmes , toutes fraîches , toutes jolies , pétillent d'expression; les accessoires sont traités fort délicatement ; le dessin est généralement pur , les tons ont parfois de la transparence, mais pourquoi cette mollesse d'ensemble, ce manque d'harmonie? Ne peut-on pas l'attribuer à la manière isolée dont l'artiste a soigné chaque figure, sans paraître s'occuper de la physionomie générale. La vie fait quelquefois aussi défaut; cela ne vient-il pas de la lourdeur des tons, de l'empâtement des chairs, qui visent à la froideur.
C'est la froideur qui tue tout tableau de genre, on le voit chez M. Rohen (ils. Certes, personne ne lui contestera le précieux du fini , la grâce et l'esprit de ses têtes; et il lui arrive souvent d'être aussi vrai que Biard ; mais il ne s'empare jamais du spectateur parce qu'on voit que sa toile vise partout à l'eiTet. Ce défaut a été évité par M. Leleux (Adolphe ), dans ses Braconniers Bas-Bretons ; ils sont deux, l'un, blessé aux jambes, est assis devant le spectateur ; l'autre, vu de dos, occupé à le panser. Peint largement, bien traité, sans aucun subterfuge, ce tableau brille par la vérité. On a devant soi un homme qui souffre, dont les traits le disent, et comme les tons, quoique durs, sont vrais, que le contour est bien senti, M. Leleux a obtenu un beau succès.
Nous aurions encore bien à dire d'autres œuvres charmantes dans ce style, dont l'exposition est remplie. L'espace nous manque pour le détail d'une critique telle comme la nôtre, qui cherche avant tout
le faire et l'esprit de l'artiste, et qui doit s'étendre pour juger sainement.
A. db Lamothb-Langor.
ÉTUDES BOTANIQUES
Suite de l'article sur la COBOLLE.
0a article. (Voirpui/c-220).
Si nous examinons les fleurs régulières, nous verrons la nature prendre une marche particulière pour protéger les organes de la fécondation. Les fleurs en cloche, par exemple, n'offrent pas aussi souvent leurs parures en grappes ou en panicules, et cependant la plupart fleurissent les unes après les autres ; tels sont, par exemple, les liserons. Aussi la nature a-t-elle employé un autre moyen que ceux que nous avons dits dans l'article précédent. Dans ceux dont la corolle n'offre pas une clochette profonde ou pendante, au fond de laquelle sont cachés les pistils et les étamines, les pétales ont reçu une espèce de sentiment qui les fait se fermer subitement à l'approche d'un orage.
Les campanules sont presque toujours arrangées en longues panicules très lâches, lorsque les (leurs sont nombreuses, et, dans ce cas , le pédoncule qui les porte est grêle , faible , placé de manière que la (leur pendante présente l'ouverture de son limbe à la terre. De cette façon, l'eau glissant sur les parois extérieures de ce petit dôme , ne peut atteindre ni endommager les anthères. La campanule agglomérée fait seule exception à cette règle générale. Ses fleurs, sessiles sont assemblées au sommet de la tige en un paquet serré, et l'ouverture de leur corolle est tournée vers le ciel ; aussi est-elle la seule dont toutes les fleurs éclosent et sont fécondées dans le même jour, et ce jour sera constamment un des plus beaux de la saison.
La plus grande partie des fleurs composées sont météoriques , c'est-à-dire que lorsque le ciel menace de la pluie ou d'un orage, les fleurons se resserrent les uns contre les autres, les demi-fleurons qui les entourent couchent leur languette sur les organes des fleurs du centre, et l'involucre se fermant 9ur tout cela, serre la fleur de manière à intercepter le plus petit passage à l'eau. Beaucoup de plantes, autres que les composées , agissent de la même manière ; d'autres encore , comme l'ornithogale en ombelle, n'ouvrent leur corolle que pendant la chaleur du soleil, et à des heures réglées. Quelques-unes n'ouvrent leurs corolles que pendant la nuit, mais toutes celles-là appartiennent à des pays chauds , et elles ont besoin de dérober leurs organes délicats à l'ardeur du soleil brûlant.
Les plantes qui ne jouissent d'aucune de ces facultés,, fleurissent toutes ensemble, à la même époque, quoique souvent placées à des expositions tout-à-fait différentes, dans un jour annoncé par une aurore sans nuage ; les fleurs sont peu nombreuses , et , dans la plus grande partie, la fécondation n'a lieu que sur la fin du printemps ou dans le courant de l'été, époque à laquelle les beaux jours sont stables. Jetez les yeux sur un champ de blé, par exemple , vous verrez que la floraison de ce nombre prodigieux de plantes arrive
dans un seul jour, et que ce jour sera assurément un des plus beaux de la saison.
nu PÉTALE, fig. 1. Comme nous l'avons dit, on distingue dans un pétale sa lance ou limbe, a, et son onglet, b. On se sert, pour décrire le limbe, des mêmes expressions que pour celui d'une feuille, et, quant à l'onglet, on ne prend guère en considération que sa largeur, sa longueur, sa coloration , et les appendices qu'il peut-avoir.
Les pétales pris dans leur ensemble, peuvent encore être : opposilifs, placés devant les divisions du calice ; interpositifs, alternant avec les divisions du calice; lit fléchis, courbés vers le centre de la fleur ; réfléchis, renversés en arrière ; involutés , courbés et roulés par le sommet vers le centre de la fleur; dressés, s'élevant parallèlement à l'axe de la fleur ; incurbanls latéralement , se recouvrant les uns les autres par les côtés; unilatéraux, se portant vers un côté de la fleur ; naviculaires , concaves et allongés en forme de nacelle; galéi formes, fig. 2, en forme de casque,
creux , voûtés et ouverts intérieurement ; cuculi formes fig. 3 en forme de cornet de papier ou de capuchon pointu; éperonnés, fig. k, prolongés inférieurement en pointe creuse , semblable à un ergot ; anomaux ou difformes, irréguliers et n'affectant aucune j forme déterminée ; conjoints, fig. 5, faiblement soudés par la base ou par le sommet.
Sous le rapport du nombre des pétales , on dit la fleur : apétale, n'ayant pas de pétales, monopétale, dipétale, tripétale, etc., polypétale, à un, deux, trois, quatre, etc., ou plusieurs pétales.
En raison de la durée des pétales, on dit que la curolle est marcescente ou persistante, quand elle «e dessèche sans tomber après la fécondation ; décidue. passagère, si elle tombe après la fécondation ; caduque, fugace, tombant au moment de l'épanouissement de la fleur.
du calice. Nous savons que l'on nomme ainsi l'enveloppe inférieure des organes de la fécondation, ou, si l'on aime mieux , du périanthe double. On dit le
<t JO
!>e planche des études botaniques,
calice : monophylle , fig. 6, quand il est d'une seule pièce ; polyphylle fig. 7, quand il est composé de plusieurs folioles. Quelques botanistes, dans ces derniers temps, ont substitué le mot sépale à celui de foliole, d'où il résulte que l'on dit également monosépale et monophylle Le calice peut donc être : disépale, trisépale, télrasépale, etc. , à deux, trois ou quatre folioles, etc.
On le dit régulier, fig. 6 et 7 , quand toutes ses parties sontabsolument semblables ; irréguliers, fig. 8, lorsque ses parties correspondantes diffèrent par la forme ou les dimensions. Du reste, pour le décrire, on se sert des mêmes termes que ceux employés pour la corolle , avec laquelle on le compare pour la longueur.
Il est essentiel de voir s'il est adhérent, faisant corps avec l'ovaire ; libre , inadhérent , ne tenant à l'ovaire en aucune manière ; semi- adhérent , lorsqu'il adhère à l'ovaire dans une partie de sa longueur. Sous le rapport de la durée, il est comme la corolle ,
caduc, décida, persistant ; mais quand, après la floraison, il persiste et prend de l'accroissement, comme dans l'alkékange , on le dit accrescent , fig. 9; il est induvial, s'il persiste en recouvrant le fruit, comme dans la poire, dont il forme la peau.