DES FLEURS HÉTÉROGÈNES
Je nomme ainsi les fleurs qui, par leur nature, s'éloignent de celles que nous avons décrites ; telles sont : 1° les fleurs glumacées ; 2° les fleurs conjointes , 3° les fleurs spadicées.
1° fleurs glumacées , fig. 10. On a donné ce nom aux fleurs des graminées , qui diffèrent tellement des autres qu'on a été forcé de créer un vocabulaire spécial pour les décrire. La fleur glumacée se compose, A , d'une balle ; B , de la glume ; C , de la lodicule.
A. La balle est l'enveloppe extérieure servant de calice , placée sur une autre qui renferme les organes de la fécondation. Quelques botanistes l'appellent
glume, mais nous devons lui conserver ici le nom qu'elle porle dans les Flores, et principalement dans la Flore française, de De Candolle. Les pièces qui la composent se nomment valccs , ou spathellcs ; elles sont d'une substance sèche, membraneuse, dure, paléacée ou de la nature de la paille.
La balle peut être involucrée, entourée d'un involucre ; eupuliforme , semblable à une petite coupe; uniflore, biflorc, iri flore, mulli flore, à une, deux, trois ou plusieurs lleurs. On examine si elle est plus longue ou plus courte que la glume, et combien elle a de valves ; on la dit univalve, bivalve, etc. ; à une, deux valves, etc.
On regarde si les valves sont : alternes , lorsque l'une est attachée un peu au-dessus de l'autre, d'où on les distingue en valve supérieure et valve inférieure ; unilatérales , attachées du même côté , à la même hauteur ; opposées, attachées vis-à-vis l'une de l'autre, et celle placée du côté de l'axe de l'épi , se nomme interne, l'autre, externe; conjointes, opposées et soudées par leurs bords. Quant à leurs formes, on les caractérise comme la feuille ou le pétale ; mais souvent elles ont une arête ou barbe , ftg. 10,1); dans ce cas, elles sont arislées ; on les dit muliques, quand elles en manquent.
Les arêtes peuvent être placées sur le dos de la balle , à sa base ou au sommet. On regarde si elles sont plus ou moins longues que la fleur ou l'épi auxquels on les compare. Elles peuvent encore être genouillées, géniculées, formant un coude brusque dans une partie de leur longueur ; articulées, ayant des articulations ; torses ou tortillées, tordues; nues, sans poils ni crochets ; accrochantes, munies de très petits crochets, dont la pointe regarde le sommet de l'épi ; apicilaires ou terminales, fig. 10, D, attachées au sommet ; dorsales, attachées au dos ; basilaires, attachées à la base.
Les valves sont égales entre elles; inégales; herbacées, de substance analogue à celle de l'herbe ; membranacèes , membraneuses ; scarieuses, d'une nature membraneuse, sèche, sonore sous le tact, ordinairement transparente ; épaisses , coriaces, nervées, relevées de nervures saillantes.
B. de la glume, fig. 10, B. Elle sert d'enveloppe immédiate aux organes de la fécondation, et offre les mêmes caractères que la balle. On compte le nombre de ses valves ; on observe si elles sont adhérentes autour de la graine, si elles sont opposées ou parallèles à l'axe de l'épi, etc.
G. De la lodicule, fig. 10, C. On nomme ainsi une sorte de nectaire entourant le pistil , manquant dans plusieurs graminées , et composée de très petites écailles charnues nommées paléoles. On examine le nombre de paléoles, et on dit la lodicule unipalèolée, bipaléolée, tripaléolée, etc.
Nous connaissons maintenant les parties qui composent la fleur glumacée , il nous reste à étudier la Heur dans son ensemble. On la dit : complète, lorsqu'elle est composée d'une balle et d'une glume; incomplète, si elle n'a que la glume. Elle peut être inàle, femelle , ou stérile : on regarde si les lleurs de chacune de ces sortes sont entremêlées sur tout l'épi, sur tout l'épi Uet : s'il y en a une, deux, trois ou plus, de fertiles mêlées à des stériles, sur un épillet, ou s'il
n'en porte que de fertiles ; enfin, on voit si les (leurs sont sessiles ou pédoncidées.
11 faut aussi distinguer l'épi glumacé de l'épi des autres lleurs. Il se divise en épi général ou composé , et en épi partiel ou épillet. L'épi général peut être sphérique, cylindrique, pointu, arrondi, grêle, épais, triangulaire, etc. , etc. L'épi partiel ou épillet , peut être : pédoncule, sessile, en panicule, en épi serré, etc.
2° fleurs conjointes. On nomme ainsi les fleurs qui sont réunies plusieurs ensemble dans une enveloppe ou calice commun. Les fleurs conjointes sont nommées fleurs composées ou sijnanthérées , lorsque les étamines sont soudées par les anthères ; fleurs aggrégées, quand leurs anthères sont libres; ficoïdées, quand les fleurs, ainsi que dans la figue, sont entièrement enveloppées dans un réceptacle succulent et charnu.
(a) Fleurs composées. Ces fleurs se composent : 1° D'un involucre, fig. 11 , b , enveloppe extérieure , ayant assez généralement la forme d'une petite corbeille composée d'écaillés vertes et foliacées ; 2" du réceptacle commun, fig. 11, a, partie ordinairement plate ou un peu bombée, plus ou moins charnue, immédiatement entourée par l'involucre , et portant les fleurs, 3° les fleurons fig.ii, petites corolles monopétales, posées sur le réceptacle, tuberculeuses, en cornet, dont le limbe régulier ne se prolonge pas en languette ; k" les demi-fleurons , fig. 13 , petites corolles monopétales, posées de même sur le réceptacle, dont le limbe irrégulier, se prolonge d'un seul côté en languette. Étudions chacune de ces parties.
L'involucre peut être : monophylle , d'une seule pièce; polyphylle , de plusieurs pièces; globuleux, arrondi; urcéolé, en forme d'urne; ob turbiné , en toupie renversée ; campanule, en forme de cloche ; hémisphérique, en forme de calotte; cupulaire, en forme de godet; resserré , rétréci vers son orifice; ouvert. Il peut encore être simple, d'une seule pièce ou de plusieurs, mais disposées sur un seul rang; caliculé ou double , muni à l'extérieur d'un rang de bractées qui forment comme un second involucre ; imbriqué, quand les folioles qui le composent se recouvrent les unes les autres comme les tuiles d'un toit ; foliacé , quand les folioles sont minces , larges , de même nature que les autres feuilles ; scarieux , à folioles minces, sèches, souvent transparentes, sonores sous le tact ; squarreux , composé de folioles raides, rapprochées, dont la partie supérieure est recourbée en arrière ; épineux, à folioles terminées par une pointe ; lappacé , hameçonneux , lorsque les folioles se courbent à leur extrémité en forme de hameçon.
Le réceptacle commun. Il peut être nu, ponctué , glanduleux, charnu, très charnu, peu charnu, conique, convexe, concave, plane, étroit, large, hérissé de paillettes, de poils ou d'écaillés. On dit aussi que les paillettes sonttrèsapparentes, peu apparentes, longues, tronquées , toutes choses qui peuvent se décrire sans employer de termes techniques. On les dit encore alvéolaires ou formant de petites alvéoles.
Les fleurons, fig. 12, peuvent être égaux entre eux, ou plus longs les uns que les autres; ceux extérieurs, ou de la circonférence, plus ou moins longs ; ceux intérieurs, ou du milieu, plus ou moins longs ; s'ils sont
semblables les uns aux autres, à une, deux, trois ou quatre dents ; entiers, grêles, larges. Les Heurs qui n'ont sur leur réceptacle que des fleurons , se nomment flosculeuses ou fleuronnées.
Les demi- fleurons, fig. 13, s'étudient sous le rapport de leur nombre, de leur couleur, comparée à celle des fleurons. On regarde s'ils sont étalés, réfléchis. Quel est leur sexe : hermaphrodites , femelles , neutres ou stériles. On dit que la languette est courte, relativement au disque ; que son sommet est entier, échancré, bidenté, tridenté, roulé. Les fleurs qui n'ont que des demi-fleurons se disent scmi-flosculcuses ; on les dit radiées, quand elles ont des fleurons au centre et des demi-fleurons à la circonférence.
Les graines des fleurs composées fournissent d'excellents caractères , aussi les étudie-t-on avec soin. Elles peuvent être sessiles ou pédicellées ; striées ou rayées, transversalement, longitudinalement ; plissées, lisses , velues , glabres , tuberculeuses ; régulières irrégulières ; membraneuses sur leurs bords ; cannelées, en long, en travers, surmontées par une ou plusieurs dents , par une ou plusieurs arêtes fermes, molles ou fugaces ; par une membrane, par une aigrette. Celle-ci peut être : sessilc, jiédicellée ; nulle sur les graines de la circonférence; simple, avortée, plumeuse, molle, raide, courte, plus courte ou plus longue que la graine ; composée de poils, d'écailles, de membranes, ou de paillettes, dont on prend le nombre en considération.
(b) Les fleurs agréggées se décrivent dans les mêmes termes, quant à l'involucre et au réceptacle. On regarde si la corolle est prolongée ou non prolongée sur la graine en une ou deux oreillettes, obtuse ou aiguë ; ses autres caractères se tirent des formes de la corolle. La scabieuse est une fleur aggrégée; la marguerite, le pissenlit, sont des fleurs composées. Boitard.
SOUVENIRS DE SAINTE-HELENE
Le 18 juin 1816, quelqu'un ayant rappelé que ce jour-là était l'anniversaire de la bataille de Waterloo, ce souvenir a produit une impression visible sur l'empereur. « Journée incompréhensible ! a-t-il prononcé
avec douleur Concours de fatalités inouies !
Grouchy!.. Ney!.. d'Erlon!.. N'y a-t-il eu que du malheur!.. Ah! pauvre France !.. » Et il s'est couvert les yeux de sa main. « Et pourtant, disait-il, tout ce qui tenait à l'habileté avait été accompli !.. Tout n'a manqué que quand tout avait réussi!.. »
Dans un autre moment il disait sur le même sujet : « Singulière campagne, où, dans moins d'une semaine , j'ai vu trois fois s'échapper de mes mains le triomphe assuré de la France, et la fixation de ses destinées.
« Sans la désertion d'un traître , j'anéantissais les ennemis en ouvrant la campagne.
« Je les écrasais à Ligny, si ma gauche eût fait son devoir.
a Je les écrasais encore à Waterloo, si ma droite ne m'eût pas manqué.
« Singulière défaite, où, malgré la plus horrible catastrophe, la gloire du vaincu n'a point souffert, ni celle du vainqueur augmenté. La mémoire de l'un
survivra à sa destruction , la mémoire de l'autre s'ensevelira peut-être dans son triomphe!..
« Ce que peut la fatalité quand elle s'en mêle ! En trois jours j'ai vu trois fois le destin de la France, celui du monde, échapper à mes combinaisons.
« D'abord, sans la trahison d'un général, qui sort de nos rangs et court avertir l'ennemi , je dispersais et détruisais toutes ces bandes , sans qu'elles eussent pu se réunir en corps d'armée.
« Puis, sur ma gauche, sans les hésitations inaccoutumées de Ney, aux Quatre-Bras , j'anéantissais toute l'armée anglaise.
« Enfin, sur ma droite, les manœuvres inouies de Grouchy, au lieu de me garantir une victoire certaine, ont consommé ma perte et précipité la France dans le gouffre. »
Graines d'Amérique reconnues comme poison.
Ces jolies graines d'un si beau rouge, tachetées de noir, apportées des Indes avec tant de soin, et recherchées autrefois comme ornements pour les dames d'Europe, sont reconnues par les Indiens pour être un des poisons les plus violents. Us prétendent que ta moitié d'une de ces graines suffit pour empoisonner un homme. Cette assertion semble exagérée. Mais qu'elles contiennent une qualité pernicieuse, c'est ce dont je n'ai nul doute , ayant été moi-même témoin de l'effet produit par le poison contenu dans une de ces petites graines.
Une pauvre femme à qui on en avait donné pour s'en faire un collier, ne voulant pas faire la dépense de les faire percer, eut l'idée de les tremper dans l'eau chaude afin de les amollir, pour les percer ensuite avec une grosse aiguille. En faisant sa petite opération, elle se blessa au doigt, sa main enfla de suite et devint très douloureuse ; l'enflure gagna le bras, et elle fut long- temps sans pouvoir s'en servir. Le nom botanique de la plante qui produit cette graine est abrus precatoriuit.