‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 162 sur 166 · A MESSINE · texte numérisé non relu

A MESSINE

La cathédrale de Messine décore de sou portail gothique la place del Duouio, l'une des principales de Palerme, et peut-être la plus curieuse, quoiqu'elle soit d'une forme irrégulière ; mais les monuments qu'elle renferme, ou qui la circonscrivent, en varient l'aspect, et indiquent par leur style différent, le goût des siècles qui les ont vu construire. On reconnaît dans l'élévation de la façade de l'église, la disposition habituelle des monuments sarrasins. Elle se compose en elTet d'un massif divisé en zones par des bandeaux incrustés de mosaïques et de dessins de couleurs variées. Ces divisions régulières et horizontales de la muraille rappellent les bandeaux de brique, qui, dans la plupart des constructions romaines, séparent la maçonnerie réticulaire ou en réseaux. Trois portes, d'un très ancien gothique, semblent, par leur caractère particulier, avoir été rajoutées sur la première ordonnance plus simple de l'architecture. La principale porte e*t surchargée d'ornements et d'ogives compliquées, et accompagnées de clochetons très travaillés, placés les uns au-dessus des autres, et renfermant des figures de saints et d'apôtres. Ce mélange de styles et la découverte de quelques médailles du règne de Justinien, trouvées récemment dans les fondations, avaient porté à penser que peut-être cet édifice remontait au règne de cet empereur ; mais on sait positivement qu'il a été bâti par le comte Roger, et consacré en l'an 1107. La partie supérieure du portail a été détruite presque entièrement par l'affreux tremblement de terre de 1753 ; on l'a réparée à peu près dans le même style. La grosse tour qui flanquait le portail, et qui supportait le clocher, a été tronquée

par la chute de la campanille et de la flèche qui la surmontait ; elle est restée dans cet état. Auprès de la cathédrale, s'élève le palais de Justice, construit sous le règne du roi Ferdinand, à qui la Sicile doit tant de reconnaissance, et qu'elle pleure aujourd'hui comme un père dont elle n'oubliera jamais ni l'auguste bonté, ni les paternels bienfaits. C'est dans le même édifice que se trouve la banque publique ; mais la plus belle décoration de la place del Duomo est la fontaine qui en occupe à peu près le milieu. L'abondance de ses eaux et la blancheur du marbre sur lequel elles forment leurs nappes limpides, en relèvent encore la composition et le travail qui ne manquent, l'un et l'autre, ni de goût, ni d'élégance. Le bassin principal auquel on monte par plusieurs degrés, est appuyé de piédestaux sur lesquels sont couchées des figures de fleuves, tels que le Nil, le Tibre, l'Ibère, et autres. Au milieu du bassin , pyramident , avec grâce, deux grandes vasques supportées, celle d'en bas, par des monstres marins, et la plus élevée par quatre nymphes debout et entrelacées. Presque vis-à-vis du portail de la cathédrale, et sur un soubassement et un piédestal, de marbre blanc , s'élève la statue équestre, en bronze, de don Juan d'Autriche, fils naturel de Charles-Quint. Les bas-reliefs qui ornent la base , sont relatifs à la célèbre victoire de Lépante. Tout ce monument est d'ailleurs du dessin le plus imparfait , et de la plus mauvaise exécution. Par-dessus et au-delà des bâtiments qui forment le fond de la place, on voit les constructions élevées de l'ancien château de Mattagriffone , que les Sarrasins, les Normands et les Siciliens, se disputèrent tant de fois, et qui sert aujourd'hui d'asile à des religieux , dont les tremblements de terr<> avaient ruiné le couvent.

DK LA SALLE.

( Voyaye en Sicile. )

Page 1