‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 53 sur 166 · LK VALAIS. — SION · texte numérisé non relu

LK VALAIS. — SION

Rien n'est plus extraordinaire que la forme du Valais, considérée dans son ensemble. C'est une longue et étroite vallée, enfermée des deux côtés entre des montagnes d'une prodigieuse hauteur, et telle est la laideur et la continuité de ce formidable boulevard, que l'œil ne discerne qu'avec peine, au premier aspect, plusieurs vallons qui aboutissent à la vallée principale. Du sommet du mont Furka, où commence cette séparation des Alpes en deux chaînes parallèles, jusqu'au pont Saint-Maurice, où leurs bases se rapprochent et ne laissent qu'une ouverture à peine suffisante aux eaux du Rhône, le Valais se prolonge l'espace de trente -six lieues sur une largeur presque partout égale d'une lieue ; et l'on conçoit que, vue du sommet des Alpes, cette vallée ne se présenterait que comme une sombre gorge abîmée entre des rocs épouvantables, et souvent ravagée par des torrents. Le Rhône, qui naît au mont Furka , et qui recueille , en traversant le Valais , toutes les eaux versées par les Alpes, semble redoubler de fureur à chaque torrent qu'il reçoit, à chaque digue qu'il emporte ; et tantôt précipitant ses flots à travers les roches accumulées, tantôt inondant des plaines sans défense, il ne sème sur son passage que des ruines.

L'aspect même des Alpes, qui forment des deux côtés du Valais une barrière impénétrable , la structure de cette imposante barrière, mérite surtout l'attention de l'observateur. Ces deux chaînes suivent une ligne si régulière, leurs sommités se soutiennent à une hauteur si constamment égale, et les crevasses de leurs larges flancs se correspondent avec tant de justesse, qu'il est impossible de méconnaître, à l'uniformité d'une pareille construction, le dessein de la nature et l'empreinte de sa main puissante. C'est ici qu'apparaissent dans toute leur grandeur originelle, dit M. Raoul Rochette, les premières assises du continent que nous habitons ; ici se montrent les forts liens qui en unissent les terres , les barrières qui en règlent les vents, les réservoirs qui en fécondent le sol ; ici je trouve, si je puis m'exprimer ainsi, la charpente de l'Europe, a Plus je contemple les Alpes du Valais , continue le même écrivain, plus je me persuade que c'est là la base principale sur laquelle la nature a voulu élever notre continent. La forme même de la profonde crevasse qui les sépare, semble une partie nécessaire du plan de cette étonnante architecture. Plus éloignées l'une de l'autre, ces deux chaînes n'auraient pu se prêter mutuellement l'appui dont leur vieillesse aurait besoin ; confondues en une seule masse, elles se seraient peu-à-peu affaiblies de tous les éléments que la vétusté en détache ; au lieu que la vallée intermédiaire reçoit et garde tous leurs débris ; à mesure que leurs sommets s'effacent sous la main du temps, leurs bases incessamment couvertes de ruines nouvelles, s'étendent et se fortifient ; ainsi la forme change, la hauteur décroit, sans que la masse s'altère ou diminue. »

Les annales récentes du Valais sont remplies des désastres occasionnés par des éboulements inopinés , par des chutes de montagnes entières. Le Saint-Ber-

nard, le Simplon, le Jorat, se sont vus, à diverses reprises, abandonnés des éléments qui entraient dans leur formation. Deux des pics des Diablerets se sont abîmés au fond de riants vallons, condamnés dès lors à une affreuse stérilité. En des temps plus éloignés de nous, cette partie des Alpes a éprouvé les mêmes accidents , et le plus vieux de nos historiens , Grégoire de Tours, a retracé l'une de ces catastrophes dont il fut le contemporain. Mais à ces époques que la tradition ne peut atteindre, ou dont le souvenir s'est effacé, que d'événements semblables ont dû bouleverser l'ordonnance primitive des Alpes ! La nudité sauvage du revers septentrional , la stérilité dont il est frappé , tout atteste dans cette région des Alpes, l'action incessante de la destruction des siècles.

Sion, l'antique séjour des Séduniens, siège d'un évêché long-temps célèbre dans la chrétienté , est maintenant la capitale de la république et canton du Valais. Cette ville offre une des situations les plus remarquables qui soient peut-être au monde, au pied de deux éminences isolées l'une de l'autre, d'un aspect sauvage, d'une forme bizarre, et surmontées de vieilles tours ou d'édifices en ruine , qui contrastent avec la richesse et la fraîcheur du paysage qui les entoure. La cité est neuve, et assez bien bâtie, triste avantage, puisqu'elle le doit à un incendie qui dévora, il y a plusieurs années, une partie de ses anciens édifices, et à une inondation du Rhône, qui [détruisit à peu près ce que le feu avait épargné. Sion se relevait à peine sur de nouveaux fondements , quand la guerre vint encore une fois la menacer de sa ruine ; le patriotisme de ses habitants succomba dans la cause la plus juste, et cette ville fut prise et pillée par une armée française, en 1799. Les traces de tous ces désastres impriment à Sion un caractère plus touchant que ne ferait sans doute une situation florissante.

Il ne reste plus du château de Tourbillon, ancienne résidence de l'évêque, que des murailles à moitié détruites. L'éminence qui en est voisine, porte une chapelle également maltraitée par le temps. On cherche vainement dans le plus ancien de ces châteaux , la collection des portraits des évêques de Sion ; ils ont péri, à un petit nombre près, dans l'incendie dont nous avons parlé. Sion ne renferme, dans son état actuel, aucun édifice qui mérite d'être cité ; le moyen-âge y a passé, comme ces torrents des Alpes qui ne laissent après eux que des ruines. Il n'y reste non plus aucun monument de la domination française , mais on y trouve encore quelques vestiges de la langue et de la puissance des Romains, et on lit sur la muraille de la cathédrale, des inscriptions presque entièrement effacées, qui témoignent la reconnaissance des Séduniens envers l'empereur Auguste, leur patron. Il serait curieux, mais bien inutile sans doute, de rechercher combien de patrons a eu un peuple pauvre, caché dans les Alpes, depuis cet Auguste, maître du monde, jusqu'à l'évêque qui se contente à présent de quinze mille francs de revenu.

Il n'existe point d'histoire suivie et complète du Valais ; cependant , peu de pays ont mieux mérité d'en avoir une; il est vrai qu'on ne voit à aucune époque des temps modernes le nom de Valaisan figurer dans les conquêtes et dans les traités. Si les Valaisans, braves uniquement contre leurs tyrans , et souvent vainqueurs dans une guerre juste et sainte, ne

uo

furent jamais nommés dans les acclamations et dans les larmes de l'Europe , c'est par là surtout qu'ils ont droit à notre estime, et on doit chérir davantage les honorables monuments de cette valeur innocente, que le bronze ou le marbre de tant d'insolents trophées. Au milieu des éternels conllits de la juridiction féodale, le Valais eut long-temps à se féliciter d'appartenir à un évéque ; car, dans ces âges appelés barbares, la religion protégeait mieux les droits des peuples, que ne le peuvent faire, dans les temps modernes, toutes les constitutions. La souveraineté temporelle de l'évoque de Sion, se fondait sur un diplôme de Charlemagne qu'on nommait la Caroline , acte faux, comme ceux de ces donations fameuses que l'église crut long-temps devoir à la libéralité du môme prince. Une autre prétention de cet évéque , laquelle n'était sans doute pas plus légitime, c'était d'avoir succédé au pouvoir des gouverneurs romains, et par une singulière confusion d'idées, il s'intitulait comte et préfet du Valais , en même temps qu évéque de Sion. Quoi qu'il en soit, les bienfaits de son gouvernement couvrirent l'insuffisance de ses droits ; des vertus très réelles empêchèrent de remarquer des prétentions très ridicules. Mais les évêques de Sion abusèrent de leur pouvoir; alors aussi on discuta leurs titres, qui se trouvèrent les plus faibles, et leur autorité se perdit du moment qu'elle fut contestée. Les habitants du Haut-Valais , hommes si pauvres qu'on ne pouvait rien leur prendre que leur liberté, mais d'un caractère indomptable comme leurs montagnes, furent les premiers à revendiquer l'indépendance de leur pays contre leur évéque fortifié du parti des nobles ; ils se formèrent en petites républiques nommées dizains; de là s'ensuivit une lutte opiniâtre dont les succès variés remplirent le cours du quatorzième siècle, et dont le résultat fut l'établissement de la fédération valaisane , sur le modèle et avec l'assistance de la fédération helvétique.

Il est fâcheux que les détails de la longue et sanglante lutte entre la noblesse et le peuple du Haut- Valais , ne nous aient pas été transmis par quelque plume contemporaine ; car les tableaux , partout ailleurs si uniformes de la guerre civile, offrent ici des particularités uniques. Nous voulons parler de ce singulier genre d'ostracisme qu'on appelait la mazza ou la masse. Lorsque quelques personnages importants excitaient la jalousie du peuple, on prenait une massue grossièrement façonnée en tête humaine. D'abord élevée et promenée dans l'ombre, chacun des adversaires de l'homme puissant y enfonçait furtivement un clou ; puis quand le nombre de ces clous s'était accru au point d'assurer à ses ennemis la pluralité des suffrages , alors la masse , hideux symbole des ressentiments populaires, était enlevée au milieu d'un bruit formidable, et dressée à la porte de celui dont elle menaçait l'existence ou le pouvoir. « A ce signe redouté de la disgrâce publique, écrit M. Raoul Rochette, les amis se taisaient, les parents se cachaient dans la foule. Le plus violent des démagogues se constituait ordinairement l'avocat de la masse; ses griefs, exposés avec cette éloquence sauvage du geste et de la voix, qui manque rarement son effet sur une multitude nombreuse , n'attendaient pas long-temps l'arrêt de mort ou du bannissement du coupable. Condamné sans examen, il fallait qu'il se soumît sans

délai , et alors son château était détruit ; s'il essayait de résister , son château pris d'assaut, n'en était pas moins détruit. De cette façon , les Valaisans se délivrèrent successivement des ennemis de leur indépendance, des Raron , des Châtillon , des Supersax ; et lorsqu'après plus d'un siècle de vengeance, et à la prière des cantons helvétiques, ils consentirent enfin à ensevelir cette redoutable masse, ils semblaient assister, dit un historien, à l'enterrement de leur liberté même »

Le village de Saint-Gingolph forme la limite entre le Valais et la Savoie ; un petit ruisseau qui tombe des monts voisins, partage ce village en deux moitiés presque égales, dont l'une est valaisane et l'autre savoyarde. La monarchie et la république ne se sont jamais trouvées si rapprochées, il ne faut qu'une enjambée pour passer de l'une à l'autre. Du reste , ces deux moitiés de village qui appartiennent à des institutions si différentes , ne forment qu'une même commune, paisiblement régie par les mêmes lois municipales, etdontles habitants, tous catholiques, se réunissent dans une même église, située en pays savoyard. Saint- Maurice n'a de remarquable que son pont sur le Rhône (1) , ouvrage présumé des Romains , dont la porte ouvre et ferme de ce côté l'entrée du Valais. Cette ville quoique petite est ancienne ; elle a joui de quelque célébrité à diverses époques du moyen-âge ; les légendes du martyre de la légion thébaine, les offrandes et les reliques qu'avait accumulées dans son abbaye la piété des princes, y attiraient autrefois des foules de pèlerins ; aujourd'hui ces pieuses richesses ont beaucoup perdu de leur valeur, même dans ce pays ; il ne passe plus guère à Saint-Maurice que des curieux et des marchands.

ÉTUDES BOTANIQUES

Suite de l'article sur l'inflorescence. {Voir p. 135.)

2°. Inflorescence composée. Toutes les dispositions qu'affectent les fleurs, peuvent se réduire à celles-ci. A, le chaton; — B, l'épi; — C, la grappe;

— D, la j>anicule ; — E, le thyrse ; — F, le corymbe ;

— G, la cime ; — II, le faisceau; — I, Y ombelle; — J, le verticille ; — K, le céphalanlhe; — L, la calathùh ; — M, le strobile ou cône ; — N, le sertule; — 0, le spadice; — P, la glomérule.

— A . Le chaton, fig. 1 . Il consiste en un assemblage de petites feuilles ou écailles florales , fixées autour d'un axe ordinairement plus ou moins allongé, grêle, ordinairement pendant, chacune d'elles recouvrant un ou plusieurs organes du même sexe, fixés sur sa base interne à une distance notable de l'axe commun, de manière que chaque écaille arrachée emporte avec elle les mêmes organes. Vous en voyez des exemples dans le noisetier, le saule, le peuplier.

Le chaton n'a jamais qu'un sexe : il est mâle quand il ne porte que des étamines ; femelle quand il ne porte que des pistils.

— B. L'épi, fig. 2, consiste en un assemblage

(1) Voyez les articles publiés sur la Suisse, dans le Magasin Universel, t. i, n, m, iv, v, et plus particulièrement la Tue du pont Saint-Maurice, t. m, p. 209.

allongé de fleurs sessiles ou courtement pédicellées, attachées autour d'un axe commun nommé rafle , simple ou non manifestement ramifié.

Comme le chaton, il peut être mâle ou femelle ; mais souvent aussi il est hermaphrodite et a les deux sexes, des étamines et des pistils.

— C. La grappe, fig. 3. C'est un assemblage ordinairement oblong, de fleurs ou de fruits, disposés en divers petits groupes ou fascicules qui sont formés par une ramification composée et courte de leur axe ou support commun. Il faut remarquer que Linnée donne quelquefois le nom de grappe à des épis pendants composés de fleurs lâches.

— D. La particule, fig. k. On désigne ainsi un assemblage de fleurs, composé de pédicelles ramifiés à la base, allongés, écartés ou très rameux. Par exemple l'avoine. On dit quelquefois un panicule.

— E. Le thyrse, fig. 5, ressemble un peu à la pani-

cule ; il est de forme ovale, selon Mirbel ; en épi rameux, cylindrique et contourné, selon les anciens botanistes ; en grappe à pédicelles rameux , avec ceux du milieu plus longs que ceux du bas et du sommet, selon de Candolle', et cette dernière définition a prévalu. Exemple, le lilas commun.

— F. Le corymbe, fig. 6. Disposition de fleurs telle que le pédoncule commun porte des pédoncules secondaires qui, partant de points différents, élèvent les fleurs à peu près à la même hauteur.

Les corymbes très irréguliers et très lâches dégénèrent en panicule.

— G. La cime, fig. 7 , est une espèce d'ombelle irrégulière, dont les pédoncules partent d'un centre commun, mais dont les autres ramifications sont irrégulièrement rameuses, et arrivent à la même hauteur ; par exemple, le sureau.

— H. Le faisceau, fig. 9. C'est un groupe de fleurs

Sixième planche des études botaniques.

droites , rapprochées , s'élevant parallèlement à la même hauteur. Cette disposition, dont l'œillet barbu offre un exemple, n'a pas de caractères bien déterminés.

— I. L'ombelle, fig. 8. Dans cette disposition des fleurs, tous les pédoncules, égaux entre eux, partent, en divergeant, d'un même point de la tige , se partagent en pédicelles qui partent également tous d'un même point, en sorte que l'ensemble des fleurs représente une surface bombée comme un parasol étendu.

Une ombelle est simple , quand les pédoncules ne se subdivisent pas ; composée quand chaque pédoncule se subdivise à son sommet en une petite ombelle ou ombellule. L'ombelle est involucrée, lorsqu'elle porte à sa base une feuille lui formant une sorte de collerette nommée involucre ; elle est involucellée quand les ombelles sont munies chacune d'une involucelle ou petit involucre.

— J. Le verticille, fig. 10. On appelle ainsi la disposition qu'affectent les fleurs quand elles sont attachées en anneau et d'étage en étage autour de leur support.

Le verticille est faux quand il est formé seulement par les fleurs qui se jettent sur les côtés et forment l'anneau, tandis que les pédoncules sont opposés ; vrai, quand les pédoncules sont insérés en anneau autour de la tige.

— K. Le céphalanthe, fig. 11, est un assemblage plus ou moins globuleux et terminal de fleurs serrées les unes contre les autres, sans pédoncules particuliers manifestes.

— L. La calât hide , fig. 12, est l'assemblage des fleurs composées, qui sont sessiles ou presque sessiles sur une clinanthe ou réceptacle commun, environné d'un involucre ou réceptacle commun , nommé pèriphoranthe par Richard.

— M. Le strobile ou cône , fig. 13 , est un assemblage arrondi ou ovoïdal d'écaillés coriaces ou li-

gueuses, imbriquées en tous sens d'une manière plus ou moins serrée, autour d'un axe commun allongé et couvert par elles ; chacune d'elles porte sur sa base interne les organes d'un seul sexe. Le strobile ne diffère guère du chaton que par la nature des écailles. Exemple, le pin.

— N. Le sertulc, fig. 14. Richard appelle ainsi l'assemblage de plusieurs pédicelles uniflores, naissant tous du même point, à peu près comme l'ombellule ; par exemple, les Heurs de la primevère oreilled'ours.

— 0. Le spadice, fig. 15. Assemblage de fleurs d'un seul sexe, nues, distinctes et sessiles, sur un pédoncule commun, ordinairement renfermées dans une spalhe ou feuille roulée en cornet ; par exemple , l'arum ou pied de veau.

— P. La glomérule, fig. 1G, consiste en un assemblage de fleurs nombreuses , sessiles ou presque sessiles, formant de petits groupes serrés et globuleux, disposés lejong de la tige; par exemple, la blite à tète.

Comme on le voit, il s'en faut de beaucoup que les inflorescences soient rigoureusement déterminées , malgré tous les efforts des botanistes. Cela vient de ce qu'ils tâchent de limiter , de resserrer la nature dans des cadres qu'elle n'a pas tracés ; aussi, il arrive souvent qu'elle glisse à travers leurs échafaudages scientifiques, comme l'anguille qui échappe aux mains du pécheur maladroit.

Page 1