LE POÈTE MENDIANT
Pasteurs, donnez quelques fruits de Pomone, Un peu d'eau pure et de généreux vin , Car le poète a des droits à l'aumône , Et son malheur n'implore pas en vain.
Approchez-vous : J'ai perdu la lumière, Je sens fléchir les forces de ma voix , Mon pied chancelle au bout de la carrière , Et mon bâton s'est brisé sous mon poids.
La dure épine a percé ma chaussure , Et boit mon sang qui bientôt va tarir : Au nom des dieux ! secourez ma blessure , Que j'aille, hélas! un peu plus loin mourir.
A mon printemps, de puissance infinie, Mon luth vainqueur partout donnait des lois . Jamais son chant , guidé par le génie , N'allait en vain frapper au seuil des rois.
Mes pieds lavés, je chantais les batailles , Et les malheurs qu'adopte la pitié :
Le prince, ému jusqu'au fond des entrailles , Me prodiguait les soins de l'amitié.
Quand les ingrats désertent ma vieillesse ; Même le chaume est sourd à mes ennuis , Et , sans secours , le monde entier délaisse Ma peine errante et les jours et les nuits.
Oh ! si j'avais un peu de frais laitage , Sous cet ormeau , je porterais mes pas ; Mais, je ne puis me traîner davantage , Et le destin marque ici mon trépas.
Adieu ma lyre !... ô trop funestes charmes , Adieu ! ! . . . vaincu de misère et d'affront , J'expire ! et nul ne doit venir en larmes , D'un peu de terre au moins couvrir mon front.
Il meurt , en proie à sa douleur amère ; Après un mois , passe un chantre à son tour : Il voit un corps rongé par un vautour, Et, sur un luth, lit le grand nom d'Homère.
Mollevaut de V Institut.
Homère. )
Paris, Imprimerie de Chassaignon, rue Git-le-Cœur. 7.— Tiré à la Presse mécanique par Aristide.