EMBAUMEMENT ET CONSERVATION DES CORPS (I
Momies péruviennes. — Le P. Acstao,et Garcilasso de la Vega , assurent avoir vu les momies de quelques incaset de quelques marnas qui étaient parfaitement conservées; quoiqu'elles ne fussent pas très pesantes, elles étaient dures comme du bois. On ne sait rien de positif sur la manière dont procédaient à cet égardles Péruviens. Garcilasso, qui prétend que l'air est si sec et si froid à Cusco , que la chair des animaux morts s'y dessèche complètement sans se putréfier, trouve dans ce phénomène une explication suffisanlede la transformation des cadavres péruviens en momies.
Ce fait nous conduit à parler de quelques espèces de momies qui ne sont point le produit de l'art , mais qui doivent leur origine, ainsi que nous l'avons déjà dit, aux circonstances particulières dans lesquelles se sont trouvés placés les corps au moment où ils ont cessé d'appartenir à la vie.
La chaleur de l'atmosphère ou des corps ambians, portée à un degré assez élevé , est une première cause qui peut, en desséchant les cadavres , les transformer en véritables momies, ce terme étant pris dans toute l'étendue de l'acception que nous lui avons assignée. On en a la preuve dans les hommes , les animaux , les caravanes tout entières qui, enterrés dans les sables brûlans de l'Arabie, s'y sont desséchés si complètement , qu'ils semblent avoir été embaumés. Chardin raconte la même chose, de certains cadavresdu pays deCarassen, en Perse, qui, plongés dans le sable, y ont acquis une extrême dureté, et s'y conservent, dit-il , depuis deux mille ans. On dit que les rois nègres sont quelquefois gardés pendant un an sans sépulture , mais qu'on commence par les soumettre à l'action d'un feu lent qui les dessèche. Nous avons vu que lorsque le boabab commence à se carier , les nègres achèvent de le creuser ; ils y pratiquent des espèces de petites chambres dans lesquelles ils suspendent le cadavre de ceux auxquels ils ne veulent pas accorder les honneurs de la sépulture ; ces corps s'y dessèchent promplement , et y deviennent de véritables momies (voyez p. 60).
L'excès du froid n'est pas moins favorable que l'extrême chaleur à la conservation indéfinie des substances animales; mais il n'en produit point, à proprement parler, la momification. Les corps ainsi conservés -n'éprouvent en effet aucune espèce d'altération ; ce sont toujours de véritables cadavres qui subissent la fermentation putride dès que la température vient à changer; ce phénomène n'en est pas moins digne de fixer un moment notre attention. Ainsi l'on sait que , dans ces climats glacés où règne un hiver perpétuel, les cadavres , abandonnés à l'air, ou tout au plus enfouis dans la neige, se conservent long-temps sans aucune altération notable. Lorsque les habitans des contrées stériles de la Sibérie orientale, du Kamtschaka et du nordouest de l'Amérique, prennent du poisson après que le froid a commencé, ils l'enterrent dans la neige, et le conservent ainsi frais pendant plusieurs mois. On cite deux exemples d'animaux conservés au milieu des glaces depuis
(x) Voyage, page 43,
la dernière catastrophe terrestre ; la peau et les muscles de l'un de ces animaux étaient si bien conservés que les chairs en furent aussitôt dévorées par les chiens. (4)
La plupart des momies naturelles qui existent dans les climats tempérés sont dues à une transformation lente des cadavres en une matière grasse particulière. L'enfouissement des corps à une grande profondeur, et leur entassement dans des fosses communes et humides , sont les principales circonstances qui donnent naissance à ce phénomène , dont les résultats ont été soigneusement étudiés par Fourcroy lors des exhumations du cimetière et de l'église deslnnocens; le contact d'une eau sans cesse renouvelée accélère encore ce genre de momification , qui nonseulement paraît être mis à profit dans les arts, à l'égard des animaux , mais qui semblerait même être appliqué , en Espagne, aux corps de ceux qui doivent prendre place un jour dans les marbres du Panthéon.
La nature particulière des terrains qui n'est pas sans influence sur la transformation des corps en gras des cadavres, paraît aussi, même dans notre climat, jouir de quelque efficacité pour en opérer la dessiccation presque complète; dès longtemps, en effet, ce dernier phénomène a été observé dans les caveaux de l'église des Cordeliers de Toulouse. On cite deux églises de celte ville où les cadavres se conservent en se desséchant ; les chairs sont changées en un tissu sec , spongieux et friable.
L'expérience suivante démontre combien est puissante l'action , même médiate , de certaines substances sur les corps organisés, et jette quelque jour sur l'espèce de momification qui nous occupe. Deux tritons de même poids furent placés dans des capsules de verre, au milieu de deux bocaux remplis d'air humide , et convenablement fermés : au fond de l'un de ces bocaux , se trouvait une certaine quantité de muriale de chaux bien sec; dès le second jour de l'expérience , le triton qui avait été placé dans ce dernier bocal, fut trouvé dans un état complet de dessiccation, tandis qu'au quatrième jour, l'autre était encore très vivant et n'avait diminué sensiblement ni de poids, ni de volume.
Est-ce à une influence de ce genre que doit être rapporté l'exemple d'une momie d'enfant trouvée à Riom en Auvergne, il y a une vingtaine d'années? Celte momie, du sexe masculin, déposée dans le cabinet d'anatomie comparée du muséum d'histoire naturelle, est noire, assez pesante , et passablement conservée ; les bras et les cuisses sont entourés de bandelettes.
Un dernier phénomène qui a long-temps paru inexplicable , et qui effectivement ne semble se rattacher à aucune des causes précédentes, c'est la découverte, au milieu de cadavres en dissolution presque complète , de corps parfaitement conservés, et que rien pourtant n'indiquait avoir été embaumés.- M. Velper, de Berlin, en reconnaissant que les cadavres de personnes qui ont été empoisonnées par l'arsenic, se momifient au lieu de se putréfier , a fait voir l'influence que peuvent avoir sur la conservation ultérieure des corps certaines substances prises même à fort petites doses , pendant l'état de vie. Ainsi trouvent peut être leur explication le phénomène dont nous parlons, et celui qui a été observé lors des exhumations de Dunkerque, savoir : que sur les onze cadavres qui, dans le nombre de soixante, se sont trouvés entiers , trois étaient entièrement desséchés et semblables aux momies.
Des fausses momies. — On pourrait donner le nom de fausses momies a celles que fabriquent au Caire et à Saggarah même les Arabes et les Juifs : elles sont fausses en effet, sous ce point de vue, que, formées de toutes pièces, c'est-à-dire des débris provenant de véritables momies grossièrement rassemblées et emmaillotées, elles ne sont plus d'aucune valeur aux yeux des curieux; mais les momies réellement fausses sont celles qu'on a trouvées dans les
1 (0 "v"*>y« tome I page 56.
iâ4
catacombes deThèbes parmi les vraies momies, et qui semblables en apparence à ces dernières, n'offraient pour soutien aux bandelettes dont elles étaient très artislement entourées, qu'une sorte de carcasse en tige de palmier. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'on en a trouvé d'analogues parmi les momies d'animaux , circonstance qui semble repousser l'idée que les fausses momies humaines avaient été imaginées par l'intérêt personnel dans des cas où il importait de supposer la mort de quelqu'un.