‹ Magasin universelChapitre 99 sur 320 · AUTRICHE. — VIENNE · texte numérisé non relu

AUTRICHE. — VIENNE

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Vienne (Mch) , capitale de la monarchie autrichienne , > près celle de Paris ; mais sa population et l'étendue de ses est située sur la rive droite du Danube et sur une petite constructions sont de beaucoup moins importantes. Elle rivière du même nom , qui la traverse et se jette dans ce compte , en effet , moins de 500,000 habitans , en compte- . fleuve. Des fortifications régulières séparent la ville des nant dans cette évaluation la population de ses faubourgs, i faubourgs, au nombre de trente quatre; quelques uns sont I La situation de Vienne est délicieuse; placée au milieu arrosés par les petites rivières de Wien et d'Alserbach; \ d'une plaine que varient des collines pittoresques , et près deux autres sont traversés par un bras du Danube , sur ' d'un des grands fleuves de l'Europe , entourée de promelequel on a construit trois ponts. Sa circonférence est à peu ' nades charmantes et de terres fertiles , elle offrirait un sé- TOME II. --Janvier i835. j6<

jour enchanté, si un climat variable et un ciel souvent brumeux ne donnaient à ses monumeiis comme à ses campagnes un aspect monotone : l'avantage d'être baignée par la Danube est racheté par quelques inconvéniens ; la fonte des neiges grossissant les petites rivières que reçoit ce fleuve, le fait déborder de telle sorte qu'une partie des faubourgs est souvent inondée à une grande hauteur.

Tout est entassé , dans la ville ; les rues , qui se croisent irrégulièrement , ne sont ni alignées ni bien nivelées ; qu oique pavées et bordées de trottoirs en granit , elles ne sont ni propres ni commodes, les trottoirs étant de niveau avec la chaussée. Une rue passe, en forme de pont, audessus d'une autre, par suite de l'inégalité du terrain. La seule belle rue est le Herrenslrasse. Les places publiques , étroites et irrégulières , sont encombrées de monumens généralement de mauvais goût. La statue équestre en bronze de dimension colossale de Joseph II , placée sur la Place Joseph , fait au contraire honneur au talent de Zauner, qui l'a exécutée.

La population qui habite la cité semble y être à l'étroit dans ses habitations hautes et resserrées. Il n'y a dans son enceinte d'autre promenade que le Graben (voyez la gravure jointe à cet article), où se trouvent les principaux magasins de modes et de nouveautés , et où se rassemblent tous les soirs les désœuvrés et les étrangers.

Dès que la saison le permet, les Viennois quittent la cité ; les habitans aisés se retirent en été dans les faubourgs qui sont éloignés de 600 toises. L'esplanade intermédiaire est bordée de beaux bôtels et de couvens transformés en casernes ; des allées d'arbres la coupent en diverses directions; mais n'étant point pavées , elles sont comme les rues des faubourgs , très incommodes en été à cause de la poussière , en hiver à cause de la boue. Du reste , les faubourgs , beaucoup mieux percés que la ville, ont plusieurs vues larges et régulières. On y remarque quelques palais d'été , appartenant à de grandes familles, et beaucoup de maisons qui, sans être d'une architecture riche, ne sont pas dépourvues d'une certaine élégance, et sont entourées de nombreux et vastes jardins. Ce serait un séjour des plus agréables si les rues étaient pavées. Dans le faubourg appelé Landstrasse, est situé le Belvéder, bâti par le prince Eugène , et appartenant aujourd'hui à l'empereur : c'est le plus beau bâtiment de la capitale; il renferme la galerie impériale des tableaux.

On a remarqué que la consommation des denrées est , à proportion , plus considérable à Vienne que dans les autres grandes villes , à cause du penchant décidé de ses habitans pour la bonne chère. Il est peu de pays où l'on mange autant. L'aisance générale donne aux Viennois la facilité de satisfaire leur passion gastronomique; un autre goût non moins vif chez eux, est celui de la danse et de la promenade. Ils vont se livrer à ces plaisirs dans les jardins de ï'Augarten et au Prater, vaste prairie couverte d'un bois de chênes et de hêtres , que partage une belle allée d'une lieue de long. Pendant qu'on s'abandonne à la joie; sous l'ombrage des arbres, qui sont entremêlés de maisons , de cafés et de guinguettes , des milliers de voitures de toute espèce et de chevaux parcourent en tout sens la grande allée qui aboutit à un pavillon qui est le but des courses; on trouve là le Danube, et sur ses bords un cours planté d'arbres. C'est dans cette promenade que l'on voit le carrosse de l'empereur d'Autriche suivre modestement les autres voilures à la file , sans que le prince se permette jamais de les faire arrêter pour s'ouvrir un libre passage. Dans la plupart des capitales de l'Europe, les simples laquais du souverain , comme ceux qui 1rs approchent, ont un air d'importance aussi gauche que ridicule; à Vienne ils sont simples et modestes ; et, chose bien plus rare dans des gens qui approchent les grauds, ils sont honnêtes.

Un médecin anglais, Adam ISYalc. disait dans la relation

de son Voyage en Allemagne s Depuis 4768, la population

de Vienne a éprouvé une augmentation sensible, grâce à l'affluence des émigrés venus de l'Italie, des Pays-Bas, de la Hollande, de la Pologne, de la Suisse et des Etats germaniques. Mais en même temps, le nombre des morts a constamment augmenté dans une proportion beaucoup plus considérable, sans qu'on puisse- assigner aucune cause à cette mortalité , à moins qu'elle ne provienne de ce que l'enceinte de la cité est trop petite pour la nombreuse population qu'elle contient. Ainsi, en 080, ce nombre était de neuf à dix mille annuellement; mais depuis 1790, il amonté successivement jusqu'à quatorze, quinze et même seize mille, nombre qui, comparativement, excède de beaucoup l'accroissement de la population. Aujourd'hui, le terme moyen de la mortalité est d'un individu sur quinze , tandis qu'à Londres il n'est que de un sur trente; et à Vienne, les exemples de longévité sont rares en proportion : ainsi donc à Vienne, la vie humaine court deux fois plus de dangers qu'à Londres. Je ne sais si cela provient de la gloutonnerie qu'on reproche aux habitans , et qui est même passée en proverbe ; il faut sans doute attribuer aussi celte fâcheuse influence au climat, qui est ici très variable : souvent, en moins de deux heures, une chaleur étouffante succède au froid le plus rigoureux. L'air de Vienne , s'il n'est purifié tous les jours par un vent frais qui s'élève vers les dix heures, devient, dit-on, pestilentiel (I). L'eau de source y est insalubre, et donne souvent de violentes coliques aux étrangers; et l'eau du Danube est si épaisse et si bourbeuse, qu'il est impossible de la boire si on ne la filtre pas avec le plus grand soin.

Les arsenaux de Vienne contiennent une très riche et très curieuse collection de machines de guerre anciennes et modernes. On voit dans le grand arsenal quatre énormes pièces de canons turques, monumens des victoires du prince Eugène; l'une d'elles, portant la date de 1516, fut prise à Belgrade en -1717; elle pèse cent soixanle-dix-neuf quintaux, et peut lancer un boulet de cent vingt-quatre livres; une autre, fondue en 1500 s pèse cent dix-sept quintaux , l et peut recevoir un boulet de soixante. On voit auprès deux machines en bois, dont l'une lance un boulet de pierre de quatre -ents livres et plus, et l'autre un boulet de deux cent cinquante. Il y a aussi un mortier de fer d'un calibre énorme , entouré de cercles de fer qui ont chacun deux pouces d'épaisseur, et un autre mortier de bronze , plus grand, sur lequel ces mots sont gravés ; Sigismond , archiduc d'Autriche, 4404. Les murs extérieurs de l'édifice sont entourés d'une chaîne prodigieuse qui a douze cents pieds de longueur, et dont chaque chaînon pèse vingt-quatre livres. Ce n'est qu'un fragment d'une chaîne que les Turcs avaient jetée sur le Danube , près de Bade en Hongrie , pour empêcher les chaloupes canonnières des Autrichiens d'en approcher. Parmi les restes d'armures antiques, est le bonnet de velours rouge de Godefroi de Bouillon , et le gilet de peau de buffle de Gustave-Adolphe, roi de Suède, percé au côté droit par la balle qui termina l'existence de ce prince à la bataille de Lautzen, en Saxe, eu 100:2.

Dans l'arsenal des bourgeois de Vienne, on montre la tète de Cara Mustapha , grand-visir et commandant de l'armée turque, au dernier siège de Vienne par les Turcs en 1085. La destinée de cet homme a quelque chose d'extraordinaire. Il était le favori de la sultane validé qui l'avait fait nommer aux premières dignités de l'état. La fortune lui ayant été contraire au siège de Vienne, il fut étrangle à Belgrade, par ordre du sultan, cl enterré en secret; mais les troupes autrichiennes ayant pris cotte ville, déterrèrent son corps cl envoyèrent sa tête , dans un sac de sel , aux bourgeois de Vienne. Dans mie relation du siège de cette ville, imprimée à Londres eu 1684 , ou rapports, d'après un témoin oculaire, que, pendant le siège de Vienne. Cara MusUipha se faisait transporter , Unis les trois jouis,

(i) Un >iou\ proverbe dit : Jul mitaM, r.n: 'vj-

doliona.

dans une espèce de cage de fer hermétiquement fermée, pour visiter les fortifications et les ouvrages avancés. Croirait-on que ce visir, qui montrait autant de pusillanimité, avait conçu des projets gigantesques? Il ne voulait rien moins que subjuguer l'occident de l'Europe , après avoir réduit la capitale de l'Autriche. Il avait envahi son territoire à la tête de plus de trois cent mille hommes, commandés par cinq princes souverains et trente-un paclias. Son train d'artillerie était composé de trois cents pièces de canon. On sait que Vienne fut délivrée des Turcs par le courage des Polonais commandés par leur roi Jean So-

hieski.

'La suile à un prochain numéro).

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