WILLIAM PITT, COMTE DE CHATHAM
Le premier exemple illustre d'un homme parvenu au pouvoir, au milieu de l'aristocratie anglaise, est William Pitt , dont nous avons déjà esquissé la vie dans nos éphémérides (t).
Eii mettant sous les yeux de nos lecteurs les traits de cet homme célèbre, nous croyons devoir donner quelques
nouveaux détails sur son caractère, en nous dépouillant de toutes les préventions que pourrait nous inspirer le mal (pie ce ministre a fait à la France.
A l'époque où William Pitt parut pour la première fois à la chambre des communes, Robert Walpole, cet homme qu'on a surnommé le père de la corruption , tenait encore dans sa main le sort de l'Angleterre. L'austérité deWilliam Pitt ne pouvait sympathiser avec les manœuvres d'un gouvernement aussi immoral.
La première occasion on son talent se révéla tout entier, ce fut une réplique soudaine à Walpole , dans la discussion d'un MU qui avait pour but d'accroître encore les rigueurs de la presse maritime. Walpole avait reproché à Pitt son
( Lord Chatham )
jeune âge et sa déclamation théâtrale, Pitt répondit à Walpole, avec une grande force d'amertume railleuse et de gravité véhémente : « Je ne me charge pas , dit-il , de décider si la jeunesse peut être objectée à quelqu'un comme un tort; mais la vieillesse, j'en suis sûr, peut devenir justement méprisable, si elle n'a apporté avec elle aucune amélioration dans les mœurs , et si le vice paraît encore où les passions ont disparu. » Celle vigoureuse sortie , suivie d'un rappel à l'ordre , était une déclaration de guerre. La guerre se termina par la chu le de Walpole. Bien que dépourvu de tout titre , même de celui d'officier, dont l'avait destitué ce ministre, Pitt refusa de prendre part à l'administration qui lui succéda.
! Lorsque plus tard les destinées de l'Angleterre furent remises dans ses mains, Pitt (il preuve d'un grand déyouement aux intérêts de son pays. Son administration fut, sous plus d'un rapport, funeste à la Fiance, alors gouvernée par des mains si faibles , et dont il poursuivit avec ardeur l'abaissement : c'était la le but de sa politique. Incorruptible défenseur des droits du peuple anglais , ami des principes pour L'Angleterre, il fut loin de se montrer scrupuleux dans ses relations avec les nations étrangères.
Dans sa jeunesse, on avait dit qu'il avait la vertu d'un Romain et les nobles manières d'un courtisan français; niais celle vertu «le, Humain, c'était l'intérêt de l'Angleterre avant
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tout. Aussi ce ministère attendu, annoncé avec éclat, ce ministère, qui fit la gloire et l'orgueil de sa vie, qu'on ne s'imagine pas qu'il ait eu pour résultat un certain nombre de lois favorables à la liberté , et l'accomplissement de quelques théories bienfaisantes; il fut tout politique, tout dirigé vers l'intérêt de l'Angleterre au dehors. William Pilt ne considéra pas l'Angleterre comme un état dont les relations intérieures ont besoin d'être perfectionnées au profit de la justice et de la liberté , mais comme une puissance établie, qu'il fallait agrandir et faire dominer sur (ouïes les autres puissances. Son ministère fut surtout nu ministère de conquêtes et d'envahisseinens au dehors.
Celle administration, qui éleva uès haut l'iuflucnce bri tannique , dura quatre années, rendant ces quatre anné< - . l'Angleterre domina dans presque tous les cabinets de l'Europe, fut absolue sur les mers, posséda paisiblement
ses colonies d'Amérique el les accrut . nous enleva le Ca
nada . la Louisiane! el ruina nos eomploirs de l'Inde.
Dans le gouvernement de l'Angleterre , celle générosité de sentimens naturelle à William Pitt, si elle ne passa pas dans les lois, se marqua du moins par quelques actes honorables.
La signature du l'acte de famille, entre la France el l'Espagne . amena la chute de n\ ■ Pitt. Redoutant l'alliance Intime que venaient de contracter ces deux puissances . il proposa d'attaquer l'Espagne avant qu'elle se #Û1 mise en
garde. Mais cette proposition ne toi pas adoptée par le
parlement anglais, et William Pitt rentra dans la noble carrière de l'opposition anglaise; plus d'une fois des négociations s'engagèrent pour le rattacher au gouvernement ; jamais Pitt ne démentit son inllexible fermeté; il disait au souverain lui-même : « Je suis prêt à aller à Saint- James , « si je puis y porter avec moi la constitution. » Enfin en 1760 , toutes les répugnances de cour tombèrent devant la gloire du grand député des communes.
Nous avons raconté dans nos Ephémérides la mort tragique du comte de Chalham au milieu du parlement. Le sentiment, peut-être exagéré de fierté native qui avait toujours dirigé sa politique , avait conservé chez lui toute sa puissance , malgré l'anéantissement presque complet de ses forces physiques.
Ce fut alors qu'il s'écria : « Ternirons-nous la gloire de « notre nation, par un lâche abandon de ses droits et de
«ses plus précieux domaines? Ce grand royaume
« tombera-t-il devant la maison de Bourbon ? Sûrement , « milords, cette nation n'est plus ce qu'elle était; un peu- « pie qui était, il y a dix-sept ans , la terreur du monde , « descendre si bas que de dire à son ancien ennemi : Pour « tout ce que nous avons , seulement donnez-nous la paix ! « — Cela est impossible, milords; la pire des situations « est encore préférable au déshonneur.— Faisons du moins k un effort; et, s'il faut tomber, tombons comme des « hommes. »
« Un ministre élevé au pouvoir par l'éloquence et la vertu , un grand orateur au milieu des évènemens le plus faits pour l'inspirer, tel est , a dit un des premiers écrivains de notre époque , M. Villemain , le spectacle que présente la vie de l'illustre comte de Chatham. C'est lui qui réalise le mieux cette idée d'enthousiasme politique, d'élévation, de magnificence de langage , que l'exactitude un peu minutieuse des formes modernes semble s'interdire et reléguer dans l'antiquité; de plus, c'est une ame remplie de ces senlimens généreux , liés à notre nature , qui ne passent pas comme les intérêts politiques , et qui , à deux mille ans de distance, font battre tout cœur d'homme, comme le premier jour où ils furent exprimes. »