‹ Magasin universelChapitre 117 sur 320 · NAPLES · texte numérisé non relu

NAPLES

Napbs , située sur le bord d'un golfe magniiique qu'on nomme le Cratère , est bàlie en amphithéâtre sur le penchant de plusieurs collines qui , concentrant dans cet étroit espace lotis les rayons du soleil, rendent son climat le plus chaud de l'Italie. On peut dire réellement que l'hiver est inconnu à INaples; mais il y a, comme dans tous les pays chauds, la saison des pluies. Elle dure environ deux mois décembre et janvier. Mais lorsqu'il y a un intervalle de beau temps , on se croirait en un moment transporté au milieu de la belle saison , et dans les promenades publiques on offre pour 4 grains, à peu près 5 sols , des bouquets de myrlhe, de jasmin el d'oranges, qu'à pareille époque on paierait à Paris plus de 20 francs , si toutefois on parvenait à se les procurer.

Le sol de Naples demande peu de peine pour accorder beaucoup. Partout se présente l'image de la végétation la plus abondante el de la fertilité; mais la prodigalité même de la nature est en grande partie cause de la paresse et de la misère des habitans , qui se contentent de très peu , et semblent ne vouloir travailler que pour satisfaire les besoins les plus pressans de la vie. Aussi, les fruits qui pourraient être les meilleurs du monde , sont-ils bien inférieurs à ceux que l'on sert sur nos tables, el si parfois un jardinier étranger veut tenter quelque innovation , force lui est d'y renoncer aussitôt, s'il ne veut périr sous les couteaux, tant les Napolitains craignent de se voir forcés de sortir de leur indolence el de leur routine habituelle. Mais celte même position en amphithéâtre, qui embellit tant le climat et l'aspect général de Naples, est loin d'en embellir l'intérieur. Les rues, sauf un petit nombre, sont impraticables aux voilures, montant très rapidement, el souvent même ayant des degrés. Les grandes rues sont pavées au milieu, de larges dalles de lave noirâtre, et sur les bas côtés de petits éclats de pierre qui abîment les pieds. Ainsi, à Naples on fait juste le contraire de Paris, où les trottoirs dalles sont destines aux piétons, et le pave inégal aux voitures. Cette contradiction apparente e-t facile à expliquer : les gens riches et influons ont tous leur équipage, et pourvu qu'il roule sans secousse sur des dalles bien unies, ils s'inquiétenl peu des fatigues du pauvre diable qui trotte à pied.

Leçon ours de inonde et de voitures est bien plus grand à Naples qu'à Paris, et cola se conçoit aisément, lorsqu'on réfléchit que Naples a la moitié de la population de notre capitale, et n'a tout au plus que le quart de sa superficie.

C'est surtout dans la principale rue, celle de Tolède, que le mouvement, le bruit, la pantomime turbulente des passans, (tonneraient même un Français qu'on pourrait y transporter subitement du quartier le plus populeux de Paris, sans le faire passer par les rues désertes des autres villes de l'Italie, la rue de Tolè le est longue d'environ un tiers de lieue. Lille est belle, garnie de boutiques cleanu-.

MAGASIN UNIUERSEL,

mais elle est «régulière dans sa largeur, et on ne peut guère mieux la comparer qu'à notre rue St-Honoré. Partant de Ja place du Palais du Roi , elle vient se terminer à celle du St. -Esprit. Un des principaux monumens qui la décorent est le nouveau palais de St. -Jacques, dans lequel le dernier roi de Naples, François Ier, a réuni tous les ministères. Le palais est traversé par un passage bordé de boutiques qui, aboutissant à la Place du Château-Neuf, se termine par un large vestibule, orné d'une statue fort ressemblante du roi François Ier, en costume d'empereur romain.

Outre la quantité de monde qui y afflue, trois autres causes contribuent à rendre la rue de Tolède la plus bruyante et la plus embarrassée du monde. En première ligue on doit mettre les cris élourdissans des pêcheurs qui poursuivent les passans pour leur faire acheter le produit de leur pêche , qu'ils portent dans des petits panie s de jonc. Viennent ensuite les cochers de caratelles , espèces de mauvaises calèches qui, au risque de vous écraser, vous barrent sans cesse le chemin pour vous forcer à les prendre; enfin les changeurs de monnaie , dont les échoppes obstruent partout le passage. La monnaie d'argent est si rare à Naples, qu'e.le est devenue l'objet d'un grand commerce. A chaque pas, ou trouve des gens assis à de petits comptoirs dans la rue, ayant devant eux plusieurs sacs de monnaies de cuivre , qui en revanche sont multipliées au point qu'il y en a plus de quinze espèces différentes. Les changeurs de monnaie donnent jusqu'à 105 grains pour un ducat qui n'en vaut que 400. Aussi les pauvres gens sont-ils enchantés quand on les paie en argent, car ils y trouvent toujours quelque bénéfice.

Les autres grandes rues de Naples sont celles de Monte Oliveto, de St.-Jean a Carbonara, de l'Infrascata, et celle de Chiaja, où sont presque toutes les boutiques des fabricans de bijoux, tabatières, serre-papiers, et autres objets en lave du Vésuve. Cette rue conduit à ce délicieux jardin de Chiaja , appelé aussi la Villa Reale , qui s'étend sur le bord de la mer, et qui est le rendez-vous de la belle société napolitaine. C'est laque les élégantes viennent déployer le luxe de nos toilettes parisiennes; car le costume national n'existe plus, et on ne retrouve quelque trace d'originalité que dans celui des pêcheurs. Si la Villa Reale oftVe tout, ce qui peut rendre une promenade confortable, la scène change bien lorsqu'on s'aventure dans l'intérieur de la ville. Les petites rues, c'est-à-dire toutes les rues de Naples, excepté sept ou huit, sont d'une saleté qu'on ne peut concevoir. Jamais on ne les nettoie, et on jette par les fenêtres toutes les immondices, se fiant aux p'uies du soir pour les entraîner ; et comme il n'est pas rare qu'à Naples on ait une sécheresse absolue de trois mois, on peut juger de ce que deviennent les rues d'une ville où les maisons n'ont d'autres latrines qu'un vase déposé dans l'appartement derrière un rideau, et que l'on vide le soir par la fenêtre. Bienheureux encore si ces ordures ne se trouvaient (pie dans les rues; mais les cours, les escaliers en sont infectés, et dans les maisons les plus riches on est obligé de monter sur la pointe du pied , ce qui ne laisse pas d'être fatigant, dans une ville où le luxe consiste à demeurer à l'étage le plus élevé de la maison, afin d'avoir la jouissance du toit en terrasse, qui est d'une grande ressource dans les nuits d'été.

La malpropreté napolitaine est bien digne de passer en proverbe.

Je demande pardon à mes lecteurs du tableau dégoûtant que je ici déroule ; mais c'est la représentation fidèle et nullement exagérée de celui qu'on a sous les yeix pendant tout le temps que l'on séjourne à Naples. A chaque pas , on voit hommes, femmes et enfans occupés à chercher ces insectes qu'on voudra bien me dispenser de nommer, et que le plus souvent ils jettent à terre sans les écraser.

Les pauvres sont couverts, je devrais dire parsemés , de lambeaux (pie les chiffonniers de Paris daigneraient à peine ramasser. Ils vivent d'oignons crus, de pain noir, d'une sorte de gâleauSde.maïs , appelé polenta, et de quelques

ragoûts rebutans faits d'issues de poissons. Quant aux macaronis, qu'on n'oublie jamais quand on parle de Naples, il s'en fait réellement une immense consommation; mais c'est dans l'intérieur des maisons , et il est rare de voir, comme on le dit , le peuple les manger clans les rues, excepté toutefois dans les marchés.

Il est une classe d'hommes qui par état fait exception à la saleté et à la paresse napolitaine; c'est celle des pêcheurs qui, du reste, est fort nombreuse. Leur costume, composé d'un caleçon de toile , d'une capote de bure et d'un bonnet de laine, est généralement assez propre, et forcément il doit en être de même de leur personne, puisqu'ils passent les trois quarts de leur vie dans la mer. On ne saurait trop louer l'activité et le courage de ces pauvres gens; mais on a peine à concevoir comment le produit de leur travail peut suffire à leurs besoins et à ceux de leur famille , lorsqu'on voit vingt-cinq ou trente hommes, occupés au même filet, travailler près d'une heure pour ramener quelques poissons qu'ils vendent au plus 8 ou 10 grains (30 à 40 centimes). C'est que tout à Naples est pour rien, excepté toutefois ce qui est objet de luxe , et qui , venant de France , est d'un prix fort élevé.

Tout ce qui est à l'usage du peuple est à si bon marché que, pour peu que la paresse ne le dominât pas trop, il pourrait jouir d'une sorte d'aisance; mais il est un gouffre sans font! qui absorbe le peu qu'il gagne lorsqu'il se décide au travail. Je veux parler des bureaux de lo erie, qui sont multipliés à Naples d'une manière effrayante , et où le peuple se précipite avec une sorte de fureur. Ce n'est plus là , comme à Paris, ces bureaux hermétiquement firmes par des rideaux, où l'on entre par une allée bien sombre, en regardant autour de soi si l'on n'est pas aperçu. A Naples, les bureaux sont ouverts, n'ont pas même de devanture, et sont sans cesse encombrés de gens de toutes classes et de toutes conditions. Souvent on y voit l'homme du monde, le prêtre même, se faire jour au travers d'une nuée de lazzaroni pour venir déposer son enjeu.

Puisque le mot de lazzaroni m'est échappé, je saisirai celle occasion de relever une erreur dans laquelle, sur la foi des écrivains, sont encore presque toutes les personnes qui n'ont pas visité Naples. Les lazzaroni, dont on évaluait le nombre à 40,000 avant l'invasion des Français, et qui avaient su se rendre redoulabl. s même au gouvernement, les lazzaroni ont cessé d'être une caste à part , ou plutôt ils n'existent plus. A peine en voit-on quelques-uns qui font l'oflice de commissionnaires, et qui sont fort honnêtes envers ceux qui les emploient.

La politesse outrée qui va toujours en croissant à mesure qu'on avance en Haie, est à Naples au dernier période. Tout étranger est traité d'excellence; mais aussi il faut payer tant d'honneur, et les Napolitains justifient pleinement leur réputation : ce sont les plus intrépides demandeurs du monde, et l'amour de l'argent est pour beaucoup dans les flatteries qu'ils prodiguent. A Naples, une des principales marques de distinction est la longueur des traits qui altèlent les chevaux aux équipages ; aussi pour peu qu'un étranger, voyageant en poste, paie largement les postillons, il peut compter que les chevaux de devant seront à vingt pieds au moins de ceux qui tiennent à sa voiture.

Le peuple napolitain , si rampant auprès de ceux qu'il regarde comme ses supérieurs , n'est plus le même avec ses égaux, et souvent les disputes finissent d'une manière tragique. Les homicides se renouvellent fréquemment, d'autant plus qu'ils sont rarement punis de mort. Presque loujours les assassins en sont quilles pour les galères, pour peu qu'ils parviennent à prouver qu'ils ont commis le crime dans un moment de colère et sans préméditation.

Lorsque la peine de mort est prononcée , la même sentence règle le genre du supplice; car la guillotine et la potence sont employées également à l'arbitraire des juges, qui peuvent aussi ordonner que la tête des suppliciés reste

exposée dans une cage de fer, suspendue aux murs de la Vieaiïa, prison criminelle.

Ce mélange de bassesse et de férocilé du peuple napolitain doit êlre attribué eu grande parlie à son manque d'éducalion. Sur cent individus, deux au plus savent lire , et malheureusement lout annonce que cet état d'ignorance durera encore long-temps.

Les prêtres, moines et religieux, sont à Naples en quantité si prodigieuse, qu'on évalue leur nombre à cent dix mille presque un quart de la population. On compte dans cette ville 45 églises paroissiales, 5 basiliques, 70 succursales 140 couve; s, ICO oratoires de confréries, \\ liôpitaux ' S séminaires , et 54 maisons ou conservatoires destinés à' recevoir les pauvres et les enfans qu'on instruit dans l'art de la musique. Le grand conservatoire est dirigé par le célèbre chanteur Cresccntini, que Napoléon savait si bien apprécier.

Nous bornerons là cet aperçu général de Naples, nous réservant de donner quelques articles spéciaux sur plusieurs usages et cérémonies qui demandent à êlre traités avec plus de détails.

El'UEMLTvtDES.

9 janvier 1 812. — L'armée française, commandée pat le général Stichet, s'empare de Valence.

ro janvier j 7 > 4 . — La religion ci, rétienne est proscrite dans tonte l'étendue de l'empire chinois; les discussions des Dominicains et dés Jésuites et !a condamnation prononcée publiquement par les missionnaire'; catholiques contre les pratiques religieuses des Chinois, amenèrent ce déplorable résultat,

1 1 janvier i063. — Un arrêt du conseil d'état, en France, déclare les protestans convertis au catholicisme, quittes de toutes dettes envers leurs coreligionaires. 1801, mort du compositeur Cimaro^n , l'auteur de la musique de l'opéra intitulé : il HJatrimonio seercto.

12 janvier 1809. — Les Espagnols et les Portugais, secondés par l'Angleterre, enlèvent Càyennè e! la Guiane à la France. Une partie de ce territoire a été restituée à la France à la suite des traités de 18 14. — 1 81 5 , suppression des francs - maçons par le pape et par l'inquisition d'Espagne.

i3 janvier i535. — François Ier abolit l'imprimerie. 14 janvier 1800. — Quinze mois après la rupture du traité d'Amiens, Napoléon écrit au roi d'Angleterre pour le détourner

de la coalition que son ministère voulait former contre la France; ces propositions de paix ne furent pas admises , et dix mois après la France gagna l'importante victoire d'Austerlitz.

i5 janvier 1812. — Napoléon lance le décret qui organise la fabrication du sucre de betlerave eu France, sous la direction du gouvernement lui-même.

16 janvier i58g. — Déclaration des docteurs de Sorbonne, qui délie les Français du serment de fidélité qu'ils devaient à Henri III.

1- janvier i3--j- — Rome redevient le séjour des papes qui depuis 60 ans résidaient à Avignon.

17 janvier 1723. — (Sixième jour d'après le calendrier russe) , Pieri e-!e Grand , voulant assister malgré le grand froid à la cérémonie de la bénédiction de l'eau, gagna un rhume violent qui, onze jours après , le conduisit au tombeau.

19 janvier 141S. — Les Anglais s'emparent de Rouen.

24 janvier 1770. — Réduction opérée en France sur les rentes par le conseil d'état , sur la proposition de l'abbé Terray, contrôleur-général des finances, et dans le but de combler le déficit de la caisse de l'état. Ce déficit ne s'élevait qu'à 35 millions.

23 janvier i8i3. — Concordat de Fontainebleau.

2G janvier 1790. — L'Assemblée nationale interdit à ses membres d'accepter des places de l'état. Ce décret détruit la promesse faite par le 1 oi à Mirabeau de l'élever au ministère.

3o janvier 1809. — Les Anglais s'emparent de l'ile de la Martinique, rendue depuis 18 14 à la France.

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