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L'AUTRUCHE

( Nègre voyageant sur une autruche. )

Comme le chameau est le quadrupède du désert , l'Autruche en est le bipède; ainsi que lui, elle peut, à l'aide de

ses longues jambes, traverser de vastes étendues arides et inhabitables. La force de cet oiseau est parfais assez grande pourtju'il puisse au besoin porter un homme sur son dos, ainsi que le rapporte le voyageur Moore. M. Adanson en a vu aussi que l'on avait apprivoisés en Afrique, dans un établissement anglais , el qui, chargés de deux nègres, couraient, en s'aidant de leurs ailes, aussi vile que les meilleurs chevaux. L'autruche distingue au loin, et de tous côtés, les dangers qui la pourraient menacer ; et si le vent seconde sa course rapide, rien ne pourrait l'atteindre dans sa solitude sans bornes. L'Arabe, pour lequel sa dépouille est un objet impoi tant de trafic, la poursuit monté sur son plus impétueux coursier , et désespère de la mettre à mort quand il n'a pas pour auxiliaire les vents opposés. La forme du pied de l'oiseau courreur, composé de deux gros doigts, rappelle encore celle du pied du chameau , comme si cette conformation était plus analogue que toute autre au sol que l'un et l'autre habitent.

On trouve l'Autruche dans toute l'Afrique, depuis les environs du cap de Bonne-Espérance jusque sur les côtes de Barbarie, et depuis l'Ahyssinie jusqu'aux plages de l'Atlantique. Quels obstacles pourraient arrêter la marche de ces coursiers presque ailés, dant chaque pas a au moins quatre ou cinq pieds de longueur? La hauteur totale de l'animal est de sept ou huit pieds , son poids ordinaire de quatrevingts à cent livres.

L'Autruche n'a guère que le simulacre des organes du vol : des plumes ondoyantes el flexililes, et d'une extrême finesse, au lieu de rémiges et de reclrices capables de soutenir dans les airs une masse aussi lourde, remplacent cet appareil précieux auquel les habitans de l'air doivent la faculté de le parcourir. Condamnée, comme les mammifères, à ne pas s'élever vers les cieux, elle présente encore avec ces animaux des rapports dans le mode de procréation : au temps des amours, son cri a quelque ressemblance avec le rugissement du lion ; durant le reste de l'année, il n'est plus qu'un son faible et plaintif. La grande force de l'autruche n'en a pas fait un être offensif ou méchant; nul oiseau n'a de plus doux penchans, encore qu'elle puisse fort bien se défendre à coups de bec et à coups de pieds, et qu'elle ne manque pas d'un certain courage. Elle montre du goût pour la solitude , mais se familiarise aisément lorsque, prise jeune, l'homme la réduit en captivité. Son instinct glouton la portant à avaler tout ce qu'elle rencontre, du fer et des cailloux même, on a prétendu qu'elle digérait les pierres et les métaux : le fait est qu'elle ne digère rien qui ne puisse être digéré p;ir la plupart des antres oiseaux, chez lesquels l'estomac a généralement une action trèspuissanle , mais elle n'est jamais incommodée par les corps durs, dont elle avale souvent une assez grande quantité ; elle rend, par les voies ordinaires, les matières à peu près clans l'état où elle les avait prises. Sa nourriture habituelle consiste en herbes de diverses espèces.

La ponte de l'autruche s'opère dans un trou qu'elle creuse au milieu de l'arène brûlante, ce qui fait que l'incubation n'est nécessaire pour les œufs que durant certaines nuits; le soleil remplace la mère durant la journée. Celle-ci dépose successivement quinze de ses œufs destinés à propager l'espèce, et à quelque di tance une quinzaine d'autres qui doivent nourrir les petits nouvellement éclos; ces derniers , par conséquent , ne sont jamais couvés ; ce sont eux dont les voyageurs peuvent faire \\\\ agréable repas quand le hasard 1rs leur l'ait rencontrer. Les œufs (l'autruche, plus arrondis que ceux de la poule, oui en gênerai cinq pouces •sur six de diamètre; leur couleur est celle de l'Ivoire, leur COque est dure, susceptible d'être travaillée, cl l'on en lait (les coupes dans quelques régions de l'Afrique. Les petits

naissent au boul de six semaines , el s'essaient à marcher

dès qtl'llfl sont dégages de leur prison.

Quelque desiructiou que h s Africains fassent de ces animaux , la race n'en paraît point diminuer ; cependant on ne peut qu'approuver les estais qui oui clé faits pour ele\ ci des

troupeaux d'autruches , dont les plumes enlevées se renouvellent ainsi plusieurs fois durant leur vie et à mesure qu'on les arrache. Ces essais cmt pleinement réussi. Les plumes sont un objel considérable d'importation pour les régions qui en produisent. L'épaisseur de la peau fournit aux naturels, qui savent dès bien l'apprêter, un cuir donl on revêt les armes offensives. La chair en est ferme, et assez bonne : des peuplades qui s'en nourrissent avaient reçu des anciens le nom de Strulhiophages, tandis que Moïse avait interdit celle chair aux Hébreux.

Les parties chaudes et tempérées des Indes Occidentales ont aussi leur autruche, plus petite , ou du moins un oiseau analogue qui présente avec celui de l'ancien monde les plus grands rapports; les naturalistes lui ont donné le nom de rhéa et de nandu, el plusieurs l'ont mal à propos confondue avec le tluuyou, qui est le sabiru , oiseau d'un genre fort différent.

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