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B1AGASIN UNIVERSEL.
A l'endroit où , après avoir formé le lac qu'on a nommé la Mer de la Paille , le Tage se rétrécit pour se jeter dans l'Océan , s'élève la ville de Lisbonne , capitale du Portugal. Ses maisons , placées sur les bords du fleuve et sur plusieurs collines , s'élèvent en amphithéâtre , et suivent dans une étendue de plus d'une lieue le cours du Tage.
Le magnifique panorama de Constanlinople est peut-être le seul qu'on puisse comparer à celui de Lisbonne. Ces édifices, ainsi disposés par étages , au milieu desquels surgissent les hautes tours et les môles du port , ces nombreux vaisseaux qui stationnent dans la vaste nappe d'eau du fleuve , et , au delà de ce premier plan , les montagnes chargées de riches plantations qui dominent la ville, tout cela est plus beau que nous ne saurions le dire.
Malheureusement l'intérieur de la ville ne répond pas à ce premier coup d'œil. Il faut néanmoins distinguer la partie vieille , cel e qui a échappé au fameux tremblement de terre de -1755, où les rues étroites, tortueuses, sales, obscures, sont encaissées entre des maisons mesquines, hautes de cinq à six étapes , et la partie neuve, qui contraste avec la première par la largeur de la voie publique, lts dimensions mieux entendues des maisons, et où l'on trouve un certain nombre de rues bien alignées et garnies de trottoirs. Elles sont toutes éclairées pendant la nuit et surveillées par une garde active.
En général , les maisons sont en bois , à l'exception de quelques parties extérieures qui sont revêtues de pierres , et néanmoins Us incendies y ont fait peu de ravages , grâce aux nombreuses pompes à incendie que possèdent tous les quartiers.
Lisbonne renferme un monument que l'on peut mettre en parallèle avec tout ce que l'antiquité a produit de plus beau dans ce genre : c'est un aqueduc qui amène à la ville les eaux d'une colline éloignée de près de trois lieues, et alimente trente-quatre fontaines publiques. Cet aqueduc, construit il y a près d'un siècle, se divise en deux branches qui desservent , l'une la partie nord , l'autre la partie nordouest de la ville. La première est dans le style gothique, la seconde d'archilecture romaine.
Lisbonne compte quelques beaux hôtels dont l'ameublement intérieur n'est pas sans magnificence, et contraste étrangement avec l'étal misérable et sale des maisons du peuple.
Non-seulement Lisbonne fait presque tout le commerce des colonies portugaises , mais encore près des trois cinquièmes de celui de tout le royaume avec l'étranger. Son port , qui n'est , à proprement parler, qu'un mouillage très sûr, formé par le fleuve , dont la largeur est en cet endroit d'un tiers de lieue, peut recevoir des vaisseaux de guerre de haut bord ; toute la côte voisine est d'un abord facile et protégée par de nombreuses batteries et par deux forts. En face de l'un d'eux , au milieu même de l'entrée du Tage , s'élève la tour de Bugio , d'une défense formidable. Près du port sont des bassins et des chantiers de construction.
La température de Lisbonne est assez constante ; l'hiver y est humide; les pluies sont surtout fréquentesde novembre à février, et la ville est alors couverte de nuages qu'apportent les vents du nord-ouest. Quelquefois on y éprouve des vents du sud et du sud-ouest qui agitent violemment le fleuve et produisent de terribles effets dans le port. Le froid et les gelées sont presqu'enlièrement inconnus a Lisbonne. L'air y est généralement sain.
On y éprouve encore quelques secousses de tremblement de terre; quand à un automne sec succèdent tout-à-coup des pluies abondantes.
Le caractère portugais se montre avec moins d'avantage à Lisbonne que dans le reste du royaume. Le peu d'activité des habitana donne à cette ville une teinte de tristesse ; ils sont d'ailleurs superstitieux, portés à se venger; mais labres, économes et loyaux dans leurs relations somme» Sai«i. Parmi les hommes célèbres que Lisbonne a vu naî-
tre, on doit citer, en première ligne, le célèbre poète Camoens.
Les environs de Lisbonne sont enchanteurs ; on y voit une infinité de maisons de campagne, souvent très belles et ornées de jardins charmans. — Les voyageurs y regrettent seulement l'ombre des arbres, qui y sont trop rares, surtout pour les Européens venus des contrées plus froides et plus boisées de l'Europe.
Comme la France , l'Angleterre et l'Allemagne , Lisbonne a été occupée par les Romains, qui y ont laissé des traces de leur passage. Auguste la peupla presqu'en fièrement de citoyens romains , et l'éleva au rang de ville municipale. On y a trouvé, vers la fin du siècle dernier, des débris d'un théâtre bâti par ce peuple.
Les Maures s'emparèrent de Lisbonne dès le premier siècle de l'Eglise, elle leur fut enlevée et détruite dix siècles plus lard; mais sur ses ruines s'éleva une nouvelle ville , que les Maures envahirent et perdirent ensuite à deux reprises différentes.
Sans les tremblemens de terre et le fatal protectorat de l'Angleterre, qui a si long-temps paralysé , et paralysera long-temps encore peut-être, l'industrie portugaise, Lisbonne aurait atteint un haut degré de prospérité. Sa position éminemment favorable au commerce maritime , et la beauté de son port, doivent, tôt ou tard, rendre celui-ci l'un des premiers du monde.
En 1807, l'armée française s'empara de Lisbonne, et y résista quelque tem ps aux forces combinées des Anglais et des Portugais. Quand nous fûmes forcés d'évacuer cette place, les Anglais la mirent à l'abri d'un coup de main , au moyen de travaux militaires exécutés sur une suite de hauteurs à cinq lieues de distance de la ville. Deux ans plus lard , les Français revinrent , sous le commandement de Masséna , attaquer Lisbonne : mais ces fortifications firent son salut.
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