FÊTES ET DIVERTISSEMENS
C'était aux assemblées, qu'on appelait Cotirs plènières, qu'éclatait la magnificence de nos rois. Ces fêtes avaient ordinairement lieu deux fois par an , à Pâques et à la Toussaint ou à Noël. Les princes tenaient cour plènière à leur mariage, au baplême de leurs enfans, et lorsqu'ils les faisaient chevaliers. Toute la noblesse était invitée à ces divertissemens , qui ne manquaient pas d'attirer un grand nombre de charlatans , de bateleurs , de danseurs de corde, de jongleurs , de plaisantins et de pantomimes (1).
Pendant sept ou huit jours que duraient les cours plènières , le roi , entouré de tout l'appareil de la majesté, mangeait en public , la couronne sur la tête : il ne la quittait qu'en se couchant. Les pairs laïques et ecclésiastiques étaient à sa table. Le connétable et les grands officiers du royaume recevaient et servaient les plats. « Au dîner du sacre de Charles VI , dit Fi oissart , les ducs de Brabant, d' Anjou , de Berri , de Bourgogne et de Bourbon, oncles de ce prince, s'assirent a table, bien loin de lui, et l'archevêque de Reims et autres prélats à sa droite. Les sires de Coud , de Clisson de la Trimouille , l'amiral de la mer et autres , servaient sur haut destriers (chcvan.r) tout couverts et parés de drap d'or. » Chaque service était apporté au son des flûtes et des hautbois. A l'eiitromels, vingt hérauts d'armes s'avançaient , chacun une coupe à la main , remplie de pièces d'or et d'argent, qu'ils jetaient au peuple, en criant à haute voix, largesse du grand monarque.
Le jour de la Pentecôte de l'année 1515 , Philippe-le-Bel
(i) Los plaisantins faisaient des contes; les jongleurs jouaient de h» vielle , faisaient danser des singes , des ehiens et des ours. Let pantomime*, par leurs gestes, leurs attitudes et leurs postules exprimaient un trait d'histoire , aussi clairement, dit -on , et I aussi pathétiquement que s'ils l'eussent récité.
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fit ses trois fils chevaliers , avec toutes les cérémonies de l'ancienne chevalerie. Le roi et la reine d'Angleterre , qu'ils avaient invités passèrent la mer exprès , et se trouvèrent à cette fête, avec an grand nombre de leurs barons. Les cérémonies durèrent huit jours , et furent des plus belles et des plus brillantes , par la variété des clivertissemens , la magnificence des costumes et la somptuosité des festins. On lit dans les Historiens de Paris : les princes et les seigneurs changeaient d'habits jusqu'à trois fois dans un seul jour; les Parisiens représentaient divers spectacles, tantôt , la gloire des bienheureux ; tantôt les peines des damnés , ensuite divers sortes d'animaux , et ce dernier spectacle fut appelé la Procession du Renard. »
Pendant les festins , pour amuser les convives , dans l'intervalle d'un service à l'autre, on avait imaginé des divertissemens, nommés entremets (1). C'étaient des décorations , qu'on faisait rouler dans la salle du repas , et qui réprésentaient des villes , des châteaux et des jardins avec des fontaines d'où coulaient toutes sortes de liqueurs. Au dîner que donna Charles V à l'empereur Charles IV, en i57S, on s'achemina (dit un chroniqueur) , après la messe , par la galerie des Merciers , dans la grande salle du palais , où les tables étaient dressées. Le roi se plaça entre l'empereur et le roi des Romains. Il y avait trois grands, buffets ; le premier de vaisselle d'or, le second de vaisselle de vermeil , et le troisième de vaisselle d'argent. Sur la fin du dîner commença le spectacle (ou entremets). On vit paraître un vaisseau avec ses mâts , voiles et cordages ; ses pavillons étaient aux aimes de la ville de Jérusalem; sur le tillac, on distinguailGodefroi de Bouillon, accompagné de plusieurs chevaliers armés de toutes pièces. Le vaisseau s'avança au milieu de la salle, sans qu'on vît la machine qui le faisait mouv .r. Un moment après , parut la ville de Jérusalem , avec ses tours couvertes de Sarrasins. Le vaisseau s'en approcha ; les chrétiens mirent pied à terre et montèrent à l'assaut; les assiégés firent une belle défense; plusieurs échelles furent renversées; enfin la ville fut prise. Api es le dîner, on donna à laver dans de magnifiques aiguières. Ensuite on apporta, suivant l'usage , le vin, les épiées ou confitures.
Charles IX étant allé dîner chez un gentilhomme auprès de Carcassonne , le plafond s'ouvrit à la fin du repas , on vit alors descendre une grosse nuée , qui creva avec un bruit pareil à celui du tonnerre , laissant tomber une grêle de dragées , suivie d'une petite rosée d'eau de senteur.