‹ Magasin universelChapitre 139 sur 320 · GENGIS KHAN · texte numérisé non relu

GENGIS KHAN

Par-delà le Taurus et le Caucase , à l'orient de la mer Caspienne , du Volga jusqu'à la Chine, et au nord jusqu'à la zone glaciale, s'élendent ces immenses pays des anciens Scythes , qui se nommèrent depuis Tatars , du nom de Tatar-Khan, l'un dejleurs plus grands princes, et que nous appelons Tartares. Ces nays paraissent peuplés de temps immémorial sans qu'on y ait presque jamais bâti de villes. La nature a donné à ces peuples , comme aux Arabes bédouins , un goût pour la liberté ei pour la vie errante , qui leur a toujours fait regarder les villes comme les prisons où les rois, disent-ils, tiennent leurs esclaves.

Leurs courses continuelles, leur vie naturellement frugale, en firent des générations d'hommes robustes, endurcis à la fatigue , qui , comme les bêtes féroces trop multi

ment la partie de la Chine conquise , qu'elle ne se révolta point pendant son absence; et il savait si bien administrer, que ses quatre fils, qu'il fit ses quatre lieutenans-généraux, mirent toujours leur jalousie à le bien servir, et furent les instrumens de ses victoires.

En -1218 , le kalife de Bagdad Nasser, menacé par les Turcs , ses tributaires , l'appelle imprudemment à son secours. Le sultan Mohammed marche contre Gengis avec quatre cent mille combaltans. Au-delà du fleuve Jaxarle , près de la ville d'Otrar , et dans les plaines immenses qui sont par delà cette ville , il rencontre l'armée tartare de sept cent mille hommes, commandée par Gengis et ses quatre fils : les mahométans sont défaits et Otrar prise ; tous les habilans, sans distinction, sont passés au fil de l'épée.

De ces pays qui sont vers la Transoxiane , le vainqueur s'avance à Bokhara , ville célèbre dans toute l'Asie par son grand commerce, ses manufactures d'étoffes, et surtout par

pliées, se jetèrent .loin de leurs lanières, tantôt vers les jes sciences qUe ies suitans turcs ont apprises des Arabes;

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Palus-Méotides , lorsqu'ils chassèrent, au Ve siècle, les peu pies de ces contrées , qui se précipitèrent sur l'empire romain, et se ie partagèrent; tantôt à l'orient et au midi ; si bien que ce vaste réservoir d'hommes ignorans et belliqueux a vomi ses inondations dans presque tout notre hémisphère, et les peuples qui habitent aujourd'hui ces déserts, privés de toutes connaissances , savent seulement que leurs père» ont conquis le monde.

C'est de la Montgolie , qui sépare la Russie asiatique de l'empire chinois que partit Gengis Khanj, du xne au xme siècle, pour étendre sa domination dans la plus grande partie de la terre connue. Né, en \ 165, du chef Pikoutaï , qui commandait à trente ou quarante mille familles , il reçut le nom de Temoudjyn ; c'était celui d'un khan que son père avait vaincu. Son éducation ne fut pas aussi négligée qu'on pourrait le supposer chez un peuple à demi sauvage ; ses dispositions guerrières et ses talens prématurés furent si heureusement cultivés par son gouverneur Carachar, qu'à l'âge de treize ans, il fut en état de prendre les rênes de la petite souveraineté que la mort de Pikoutaï laissait vacante, et qui lui appartenait par droit d'aînesse. Les chefs de tribus qui étaient dans sa dépendance imaginèrent qu'il leur serait facile de le renverser; mais le jeune Temoudjyn n'hésita pas à conduire lui-même trente mille hommes contre ces rebelles. Il les attaqua deux fois et les vainquit. Les uns furent réduits en esclavage , les autres plongés dans soixante-dix chaudières d'eau bouillante, digne prélude des boucheries dont Gengis Khan devait ensanglanter l'Asie.

Jusqu'en 1209, il lutte contre les khans mongols, ses voisins, qui s'inquiètent de ses projets et de ses vues ambitieuses : les uns sont vaincus et assujétis; les autres, épouvan tés, lui jurent fidélité à toute épreuve, en égorgeant sur une montagne un cheval blanc, un taureau noir, et en brisant une' flèche. Il est proclamé Gengis khan ou grand khan , et fixe sa résidence à Caracoi uni ; il est maître de tout le pays jusqu'à la grande muraille de la Chiné, la franchit, et attaque cet ancien empire qu'on appelait alors le Catay. Camhalu , (aujourd'hui Pékin) (1215) est prise d'assaut et saccagée; l'incendie dure un mois. Le vainqueur soumet tout jusqu'au fond de la Corée, qui est l'extrémité orientale de notre globe, et trois ans après, il est à plus de mille heues de là dans les Indes et la Perse.

(.eii^is khan fut conquérant et législateur. Les Tartares mongols ont conservé un Code de lois qui porte son nom . il les donnait dans des diètrs annuelles appelées C.our-llte La croyance en un seul dieu, une tolérance parfaite en matière de religion , telle était la base de sa législation. L'adullcrc rlail défendu d'aulanl plus sévèrement, que la polygamifl était permise; la discipline militaire lïgoureuscinenl établie . et la peine de mort prononcée contre relui qui, dans le roinbal , fuyait au lieu de secourir ses compagnons en péril.

(ien^is Khan savait régner comme vaincre; tous ses

il la réduit en cendres, et pénètre jusqu'à l'Indus; et tandis qu'une de ses armées soumettait l'Hindostan, une autre, sous un de ses fils, subjugua toutes les provinces qui sont au midi de la mer Kaspienne, le Khorassan, l'Irak , le Shirvan, l' Aran ; elle passa les portes de fer, près desquelles la ville de Derbent fut bâtie , dit-on , par Alexandre. C'est l'unique passage de ce côté de la haute Asie, à travers les montagnes escarpées et inaccessibles du Caucase. De là, marchant le long du Volga vers Moscou, cette armée, partout victorieuse, ravagea la Russie ; c'était prendre ou tuer des bestiaux et des esclaves. Chargée de ce butin , elle repassa le Volga, et retourna vers Gengis par le nord-est de la mer Caspienne. Aucun voyageur n'avait fait , dit-on , le tour de celte mer , et ces troupes furent les premières qui entreprirent une telle course par des pays incultes, impraticables à d'autres hommes qu'à des Tartares , auxquels il ne fallait ni tentes, ni provisions, ni bagages, et qui se nourrissaient de la chair de leurs chevaux morts de vieillesse, comme de celle des autres animaux.

Ainsi donc, la moitié de la Chine et la moitié de l'Hindostan, presque toute la Perse jusqu'à l'Euphrate, les frontières de la Russie , Casan, Astrakan , toute la grande Tartarie, furent assujéties par Gengis en dix-huit années. En revenant des Indes par la Perse et par l'ancienne Sogdiane , il s'arrêta dans la ville de Toncat au nord-est du neuve Jaxarle, comme au centre de son vaste empire. Ses fils, victorieux de tous côtés, ses généraux et tous les princes tributaires, lui apportèrent les trésors de l'Asie. Il en lit des largesses à ses soldats, et c'est de là que les Russes trouvent souvent aujourd'hui des ornemens d'argent et d'or, et des monumens de luxe enterrés dans les pays sauvages de la Tartarie ; c'est tout ce qui reste à présent de tant de déprédations.

Il tint dans les plaines de Toncat une cour plénière triomphale aussi magnifique qu'imposante. On y vit un mélange .e barbarie tartare et de luxe asiatique. Tous les khans et leurs vassaux, compagnons de ses victoires, éL.ient sur ces anciens chariots scythès, dont l'usage subsiste encore chez les Tartares de la Crimée ; niais ces chars étaient couverts des étoffes précieuses , de l'or etjiles pierreries de tant de peuples vaincus. Un des fils de Gengis lui lit dans celte diète un présent de cent mille chevaux. Ce fut dans ces elats-géneraux de l'Asie qu'il reçut les adorations de plus de cinq cents ambassadeurs des pays conquis. De là, il courut remettre sous le joug un grand pays qu'on nommait railgut, vers les frontières de laéChine , vainquit sur un lac ijlacé une armée de quatre cent mille hommes, et extermina ,es quatre-vingt-dix-huitfceiHièmes de la population pour frapper de teneur les provinces chinoises qui n'avaient pas encore reconnu ses lois. Il voulait , figé de plus de soixante ans, aller achever la conquête de ce royaume, l'objet le plus chéri de son ambition, mais une maladie mortelle le saisit dans son camp, sur la route de cet empira, à quelques

actes le montrant grand politique, il gouvernait si habile- 1 lieues de lu grande muraille; il mourut, en 1386, tranquille

et sans remords, au milieu des marques d'affection de ses nombreux enfans.

Jamais, ni avant, ni après lui, aucun homme n'a subjugué plus de peuples. Il avait conquis plus de dix-huit cents lieues du midi au couchant, et plus de mille du nord au midi; mais, dan» ses conquêtes, il ne fit que détruire, et , si on excepte Bokhara et deux ou trois autres villes, dont il permit qu'on réparât les ruines, son empire, de la frontière de Russie jusqu'à celle de la Chine , fut une dévastation. Ou serait au-dessous de la vérité en portant à six millions le nombre des hommes que ses armes firent périr. Tantôt, du haut d'une montagne, il assistait à l'incendie et au sac d'une ville populeuse; tantôt il ordonnait le massacre de tous les habitans, sans distinction, d'une place prise d'assaut, pour satisfaire à la vengeance d'une de ses filles dont le fils avait péri en combattant. La Chine? fut moins saccagée, parce qu'après la prise de Pékin, ce qui fut envahi ne résista pas. Gengis khan écarta de sa succession les enfans qu'il avait eus de ses cinq cents femmes. Il partagea avant sa mort ses états entre les quatre fils qu'il avait eus de sa première femme , et chacun d'eux fut un des plus puissans rois de la terre. Ils étendirent encore la domination qu'avait laissée leur père. Octaï, proclamé grand khan des Tartares , et ensuite koublaï-khanj, acheva la conquête de la Chine. C'est ce Koublaï que vit Marc-Paul en 1260. Un autre fils de Gengis eut le Turkestan, la Bactiiane, le royaume d'Astrakan et le pays des Usbecks. Son fils Batoukan alla ravager en J235 la Pologne, la Dalmalie , la Hongrie et les environs de Constantinople ; et ses descendais mènent aujourd'hui une vie vagabonde au nord et à l'orient de la mer Caspienne.

Le troisième, nommé Touli, eut la Perse du vivant de son père, et son fils Houlagou passa l'Euphrate, que Gengis n'avait pas traversé , détruisit pour jamais dans Bagdad l'empire des kalifes, et se rendit maître d'une partie de l'Asie mineure.

Le quatrième fils du conquérant , Zagataï , eut la Transoxiane , le Candahar, l'Inde septentrionale , et ces quatre monarques conservèrent quelque temps par les armes leurs monarchies établies par brigandage. Mais bientôt cette vaste puissance des Tartares Mongols, fondée vers 4220, s'affaiblit de tous côtés, jusqu'à ce que Tamerlan, plus d'un siècle après , conquît à son tour les États de l'Asie, qui plus tard se partagèrent encore.

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