‹ Magasin universelChapitre 140 sur 320 · LA TAUPE · texte numérisé non relu

LA TAUPE

Nous avons expliqué à nos lecteurs la structure exceptionnelle de la taupe et nous avons donné quelques détails sur les travaux souterrains de cet animal , en accompagnant ce premier article d'une figure fort exacte due à M. Geofroy-Saint-Hilaire. Nous complétons aujourd'hui l'exposition de ces travaux curieux.

La figure 4 est le dessin très fidèle d'un relevé de terrain fait en 1825, par les soins de M. Geoffroy-St.-Hilaire. Il y a 24 mètres de longueur dans la ligne partant du point C, passant par h,j,k, l, m et b, jusqu'au pointe. La ligne partant du nid b et se rendant au point a en passant par r/ , a 45 mètres depongueur. Une ligne ponctuée R , S , laisse aiir dessous d'elle les restes d'un ancien cantonnement submergé pendant l'hiver ; au-dessus sont les travaux récens de la taupe mâle, galeries où elle conduit et renferme la taupe femelle dans le temps de la gestation et du port. Le terrain où ces travaux ont été étudiés et relevés , était situé à quelque distance de Pontoise , en dessus et sur la droite de la rivière ; la taupe mâle , qui était venue s'emparer de ce théâtre d'exploitation, s'y était rendue d'assez

(i) Voyez la figure qui accompagne le §. I, p. 68.

loin et arriva en pleine terre jusqu'au point C ; elle trouva une terre molle , facile à percer : pour gagner de vitesse elle ne tassa point la terre , mais elle multiplia les taupinières de décharge , et ce sont ces taupinières qui sont indiquées par les petits cercles pointillés , répandus sur les lignes. Huit jours suffirent pour l'achèvement des galeries ; à peine un bout de tuyau était-il ouvert que le mâle gagnait son ancien cantonnement, s'y mettait en recherche d'une femelle et s'en faisait suivre. Eveillés par ses courses répétées , d'autres mâles se mettaient à la piste du couple et s'acheminaient derrière lui sur la prairie, jusqu'à l'entrée de la galerie centrale. Arrivé là , le mâle y enferma sa femelle, et revint sur ses pas pour interdire à ses rivaux l'entrée de ce cantonnement, Dans la figure 4 , cet emplacement est entouré de points : la ligne R , S, coupe par le travers cette arène où s'engagèrent des assauts rudes et violens qui ne cessèrent que par la retraite ou la mort des vaincus.

Cependant la femelle, acculée dans la galerie j;h,t, essayait de fuir dans des boyaux qu'elle ouvrait de côté J c'est une partie de ces travaux que la figure première exprime, et qu'on trouve figurés aux points j, k, l, n, o. Mais le vainqueur ne tarda point à rejoindre cette femelle vagabonde , et à la ramener dans ses propres galeries : ce manège fut répété plusieurs fois, c'est-à-dire tout autant que d'autres mâles entrèrent en lice. Arriva enfin , et assez promptement, l'instant où la supériorité du vainqueur fut reconnue. Dès lors le mâle et la femelle , creusèrent ensemble et achevèrent les galeries figurées au plan . Dans les derniers momens , la femelle se détourna et creusa encore à part, obligée d'aller en chasse pour vivre.

Enfin, après qu'eurent été produites les galeries d'hésitation et de recherche de nourriture en o, r et s, le mâle conduisit sa femelle à la patte d'oie marquée v. Dès ce moment, la femelle excédée ne creusa plus en plein tuf, mais à fleur de terre : elle traça, ne faisant qu'écarter les racines des végétaux. Revenant à son trou , elle en était repoussée par le mâle ; de là les embranchemens y, y, y, y qui partent du même point.

M. Henri Le Court a passé plusieurs nuits à contempler les mouvemens des taupes pendant leurs amours. C'est d'après son récit que s'expliquent les diverses sinuosités représentées dans la figure première de notre planche. Aucun autre terrain ne lui avait jusqu'alors encore offert une occasion aussi favorable pour l'observation.

mm LE LION.

Le lion a disparu d'une infinité de lieux qui furent autrefois sa patrie , et là où il subsiste encore , il est devenu extrêmement rare. Des auteurs anciens dignes de foi, Hérodote, Aristote , etc. , rapportent que , de leur temps, les lions étaient très nombreux dans la Grèce où il n'en existe plus aujourd'hui un seul. L'Asie en était également peuplée, et à présent, ce n'est que dans quelques coins de cette vaste région qu'on en rencontre quelques-uns.

Il fallait que l'Afrique contint aussi une prodigieuse quantité de ces animaux, du temps des Romains, puisque ces vainqueurs du monde en faisaient venir, par centaines, le cette province pour les combats du cirque. Lorsque Sylla le tyran n'était encore que préteur, il fit venir d'Afrique cent lions mâles qui parurent à la fois dans l'arène de Rome K combattirent les uns contre les autres. Pompée en montra 600 dont 515 mâles, et César 400; cette profusion se soutint jusqu'au règne de l'empereur Marc- A urèle; alors les lions deviennent plus rares, et, bien que sous l'empereur Pi obus , au milieu du HP siècle on donna au peuple un spectacle dans lequel combattirent cent lions et cent lionnes avec une infinité d'autres animaux, néanmoins la race des \ lions commençait à s'appauvrir tellement, grâce à cette de-

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struction rapide , qu'on eu défendit la chasse aux particuliers de crainte que le cirque n'en manquât.

Ce monopole cessa quand Honorius fut monté sur le trône, et l'anéantissement progressif de cette race d'animaux s'opéra dès-lors avec une nouvelle rapidité. L'usage des amies à feu a rendu leur chasse plus facile encore et il faut aujourd'hui s'enfoncer dans les déserts de l'Afrique pour être sûr d'en rencontrer.

Ce serait à tort que l'on s'imaginerait que la sécurité de l'homme et l'accroissement de sa race en Afrique soient intéressés à la destruction des lions. A l'époque où celle partie du monde nourrissait une tellemullitude de lions sauvages, l'espèce humaine y était aussi nombreuse qu'en tout autre pays. Le fait est que pas plus en Afrique qu'en Asie et en Amérique, les animaux carnassiers de grande taille de l'espèce des lions n'attaquent l'homme que lorsqu'ils sont pressés par la faim, ou lorsqu'ils se croient en péril, et de plus, qu'ils ne font pas un carnage inutile de victimes et ne détruisent que juste ce qu'il faut pour vivre-

Quelque ennemi que le lion paraisse de la domesticité, nous avons cependant de nombreux exemples de sa soumission aux ordres de l'homme, et, sans invoquer le témoignage d'Elien qui parle de lions des Indes qued'on dressait à la chasse , nous pourrions citer des exemples de lions qui. dans l'antiquité ont été attelés à des chars et ont traîné patiemment des rois et des généraux vainqueurs dans les solennités triomphales, mais sans remonter jusques à une époque aussi reculée . sans nous appuyer de témoignages historiques dont la certitude pourrait paraître plus ou moins suspecte à nos lecteurs , il nous suffira de rappeler ce que tout le monde a pu voir comme nous, à Paris et dans nombre d'autres'villes delà province et des pays étrangers. Un homme s'est donné en spectacle au milieu même de nos théâtres, enfermé dans nue vaste cage de fer avec des lions qu'il avait réduits à?«ne complète; obéissance : tantôt il simulait des luttes effroyables avec ces terribles animaux ,

allumait leur colère, provoquait leurs affreux rugissemens , faisait hérisser leur crinière; puis, d'un seul geste, apaisait leur fureur, les faisait ramper à ses pieds; puis s'étendait tranquille sur le corps encore frémissant de ces terribles bêtes dont les sourds rugissemens témoignaient qu'elles étaient peu faites pour ce rôle d'obéissance pas.-ive.Par quels moyens Martin a-l-il su assouplir par degrés le caractère de ces rois des animaux, c'est ce que nous pourrions tout au plus discuter dans les ouvrages de médecine.

Toutes les personnes qui voient pour la première fois des lions, des léopards, des tigres, des panthères, sont frappés de la ressemblance qui existe quant à la disposition générale du corps, à la démarche, à la manière de se coucher ou de bondir, entre ces animaux et le chat domestique; c'est qu'en effet ces animaux ne sont que des espèces de chats, et le naturaliste qui étudie leur organisation trouve chez eux comme chez le chat commun, des caractères identique parmi lesquels nous citerons l'àprete de langue, les ongles crochus et tranchans qui, par un mécanisme particulier, se relèvent naturellement vers le ciel, quand l'animal ne veut pas s'en servir; le museau court, les machelières tranchantes, leur nature féroce, leur appétit pour une proie vivante-

Ainsi le lion est un chat, mais de g:ande dimension et d'une force prodigieuse; comme celui qui habite nos demeures, il a, contrairemenl aux préjugés du vulgaire, plus de prudence , et nous dirons même de lâcheté que d'impétuosité et de courage; il attaque par surprise, attend en embuscade, que sa proie se présente inoffensive et sans défiance, et comme le chat il se glisse dans l'ombre, rampe avec adresse pour s'approcher de sa victime qu'il manque rarement; mais aussi, quand il manque son coup ^ il se retire souvent sans revenir à la charge; enfin, et ce sera le dernier trait par lequel nous achèverons ce rapprochement, la femelle du lion se cache pour mettre bas et change souvent la retraite de ses petits pour les préserver de la cruauté des mules.

( Le Lion d'Afrique. ) Lw Rureeul d'abonnèmenl el As vente sont rue <lr Seiné-Ssint -Germain, <)•

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