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INDIENS DE L'AMERIQUE DU NORD

Les malheureux Indiens de l'Amérique du Nord , d'abord dépossédés de leurs terres, décimés ensuite par des guerres cruelles, n'auront bientôt plus d'asile dans ces forêts, où les tristes débris de leur race espéraient n'êlre jamais at-

teints par les envahissemens de la civilisation. Les peaux rouges , plus nobles , mais plus infortunées que les peaux noires , qui arriveront un jour à la liberté par l'esclavage, n'ont d'autre recours que la mort, parce que leur nature se refuse à la servitude

Ce qui reste de dignité sauvage , de forre et d'indépendance chez ces parias de l'Amérique du Nord, inspire touiefois une vive sympathie. M. Couper, dans son Dernier des Mohicans, a rendu justice à ces peuplades pleines de bonté et de courage, que ses compatriotes ont anéanties, et M. Mac Lellan a publié plusieurs poèmes touchans sur la chute des Indiens. Il ne faut pas non plus passer sous silence les efforts de quelques missionnaires qui ont cherché à répandre parmi leurs tribus errantes les consolations de l'évangile; mais au milieu des guerres sanglantes qui se succédaient, des scènes de carnage venaient glacer de terreur ceux qui poursuivaient cette lâche généreuse : là, cent Indiens étaient faits prisonniers traîtreusement par les blancs et assassinés de sang-froid; ici; onze missionnaires étaient brûlés vifs dans leur babitation par une troupe de sauvages indigènes, excités par des Européens. Qui ne se rappelle les cruautés des Anglais à la fin du xvne siècle , lorsqu'ils attaquaient Massasoit , chef des Pokanoketts , et son fils Mèlaeon, connu sous le nom de Philippe. Philippe avait pour confident un homme qui le vendait à ses ennemis , et qui leur transmettait tous les renseignemens qu'il se procurait; cet homme disparut et son cadavre fut trouvé au fond d'un étang glacé; la glace était encore ouverte; son chapeau et son fusil déposés sur le bord, comme s'il se fût noyé lui-même. Les Anglais saisirent trois Indiens, les accusèrent de ce crime, et les condamnèrent à être pendus. Des représailles eurent lieu, et la guerre qui en fut la suite se termina par l'anéantissement des Pokanoketts. Philippe montra une habileté et une énergie remarquables : ses fuites soudaines, ses retours imprévus, le rendaient la terreur de ses adversaires. Les Anglais sont près de lui; il s'élance, plonge clans l'eau ou franchit un précipice, et disparaît à tous les yeux; une autre fois, le capitaine Church, apercevant un Indien assis sur un arbre renversé pour servir de pont à la rivière de Taunton , dirige son fusil sur lui; une voix inconnue lui fait tourner la tête; c'est la voix de Philippe, qui s'échappe aussitôt.

Souvent défait, niais jamais abattu, il ne voulut point entendre parler de paix, et tua de sa propre main le seul de ses compagnons qui osa lui en faire la proposition. Il avait des senlimens nobles et généreux; on. ne cite pas un seul exemple de mauvais traitemens qu'il ait fait subir à un prisonnier. Après une lutte de deux ans, il fut cerné clans un marais; un Anglais, nommé Coke, le visa, mais le coup ne partit point; un Indien mercenaire fil alors feu sur lui et le frappa au cœur. Mais si quelques hommes supérieurs combattirent pour l'indépendance de leur pays et de leur race, ils finirent tous par succomber, et l'on ne peut contempler aujourd'hui sans un sentiment de tristesse les résultats de ces funestes hostilités qui ont entraîné l'extermination de la plus grande partie des naturels de l'Amérique septentrionale. La société des missions américaines a tenté quelques efforts pour éclairer et civiliser leurs restes épars ; mais ils n'ont eu pour résultat que quelques succès isolés. Les tribus indiennes sont maintenant disséminées entre le 40e degré de latitude nord et le 70e, dans un espace de plus de deux mille milles, et depuis le lac des Bois, jusqu'à l'île de Vancouver, de l'est à l'ouest (-1).

(i) Le docteur Morse a entrepris de les énumérer; il les divise d'abord en trois grandes catégories : i° à l'est du Mississipi , 120,625 personnes; 2° entre le Mississipi et les montagnes Rocheuses, 179,592; 3° à l'oue-t d« montagnes Rocheuses , 171,200 : total 471,417. Il évalue le nombre des tribus répandues sur cette vaste contrée à deux cent-soixante, dont quehjuesunes sont réduiles à quinze ou trente âmes. D'autres cependant en comptent plusieurs mille ; les Choclaws s'élèvent jusqu'à vingt-

Les Indiens ont entre eux une ressemblance remarquable , les romanciers en ont fait un portrait beaucoup trop flatteur; leurs yeux sont noirs, leurs cheveux de la même couleur , épais et plats. Les hommes ont la mâchoire élevée, mais moins que les femmes; celles-ci sont disposées davantage à l'embonpoint, sans doute parce qu'elles ne prennent aucune part aux exercices de la chasse. Leur couleur est celle du cuivre , couleur particulière aux Américains , comme on l'a plusieurs fois observé. Quelques voyageurs assurent qu'ils n'ont point généralement de barbe; d'autres que c'est l'effet de l'usage où ils sont de s'arracher tous les poils à l'exception des cheveux. Tous se vêtissent à peu près de la même manière; ils se servent de fourrures ou de peaux, dont l'une forme ceinture et descend jusqu'aux genoux, tandis qu'une autre, plus large, garantit les épaules. Leurs bas et leurs souliers sont en cuir de daim, d'élan ou de buffle, attachés près des chevilles avec de pelites courroies, et surchargés d'ornemens de cuivre ou d'étain.

Les tentes ou huttes sont composées de perches mises l'une près de l'autre, et aboutissant au sommet en forme de cône; elles sont couvertes quelquefois de peaux , d'écorces d'arbre ou de nattes de jonc; elles n'ont point de fenêtres et d'autre cheminée que leur extrémité supérieure, qui laisse passage à l'air. Aussi, dans les temps pluvieux, les habituns sont-ils sans cesse exposés à être inondés ou à être suffoqués par la fumée. Les mêmes peaux sur lesquelles ils s'asseient leur servent de lit pour la nuit; elles sont étendues tout autour du feu, qui brûle au milieu delà hutte.

Le mariage est connu chez les Indiens de l'Amérique;

cinq mille; la moyenne des familles est de cinq à six individus, et les guerriers sont environ un sur cinq. Outre les Choctaws, les plus considérables des peuplades indiennes sont les Cherokees , les Chicasaws, les Chippaways, les Creeks, les Delawares, les Mohawks, les Manadans , les Moskitoes, lesOneidas, les Usages, les Oltawas, les Senecas, les Seminoles, les^Tusearoras , elc.

mais ils respectent peu la sainteté de ce lien. Aux femmes sont dévolus tous les soins domestiques ; elles dressent la tente , font provision de bois pour le feu , préparent les alimens, et s'occupent de toutes les affaires du ménage pendant que leurs maris sont à la chasse.

Nous avons dit que des missionnaires avaient pénétré parmi les tribus indiennes, pour y prêcher l'évangile et y répandre quelques idées de culture; on assure que déjà les Cherokees, les Creeks et les Uchees, ont en partie renoncé à la vie sauvage, et qu'ils se livrent à l'agi icullure, dont ils ont reconnu les avantages. Les Cherokees surtout ont fait de grands progrès sous ce rapport; quelques-uns d'entre eux ont de bonnes plantations et même des esclaves nègres. Les femmes commencent aussi à filer le coton (I).

(i) On a parlé dans ces derniers temps de la publication d'un journal iroquois ou cherokee; un des numéros contient 1'anaiyse d'un mot qui signifie : Ils auront , alors, piesque cessé d'être favorables {étant éloignés') à loi et à moi , Wi-ni-dau-di-ge-gi nali-skau-lung-da-nau-ne-ii-di-se-sti. La première syllabe JVi indique que le sujet du verbe est absent. Ni annonce qu'il s'agit de quelque circonstance , et que l'action du verbe ne sera complète que quand celte circonstance se présenlera; c'est à cela que se rapporte alors. La syllabe dan fait voir que l'action du verbe est dative, à moi, à loi, à chacun séparément. Di indique que l'aclion tombe sur plusieurs , et qu'il s'agit de plusieurs faveurs. Le mol faveur ou favoriser n'est pas exprimé dans ce polysyllabe; on n'y parle que de la circonstance indicative de plusieurs faveurs, de l'idée abstraite de la pluralité de l'objet. La syliabe ge exprime la personne et le nombre du verbe , ils; gi-na , les personnes et le nombre de ceux qui reçoivent, toi et moi. Les trois syllabes liskau-lung sont seules radicales et invariables. Da change avec les temps et les modes, mais il n'est d'aucune importance particulière. La syllabe nau annonce que l'aclion est sur le point de finir, — Us auront presque cessé. Ne équivaut à à , et indique le datif. Li-di signifie presque. Les dernières syllabes se-sti sont la marque du futur. Cet exemple prouve que la langue cherokoise n'a besoin que de quelques particules, et se passe deslpréposiliuii:..

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