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Tome IL — Mars i

et sont par conséquent difficiles à atteindre. Ils croissent souvent au milieu des forêts vierges , dans les endroits les plus fourrés ; il en existe un grand nombre d'espèces. De toutes ces difficultés il résulte que les palmiers, jusqu'en ces

derniers temps , étaient fort incomplètement connus. On possédait dans les collections un assez grand nombre de fruits, mais fort souvent on manquait de détails précis sur leur patrie, sur la forme des feuilles , et sur tous les autres caractères des espèces auxquelles ils appartiennent. Bien qu'on cultive un assez grand nombre de palmiers dans nos serres, ils y végètent si difficilement , qu'à peine compte-t-on quelques espèces qui y fleurissent , et dont les fruits parviennent à leur maturité. La famille des palmiers est donc du petit nombre de celles dont on ne peut bien faire l'histoire que dans les lieux mêmes où ils croissent.

Les palmiers sont tantôt de grands et beaux arbres , dont la hauteur atteint et surpasse quelquefois cent pieds, et d'un port tout particulier; tantôt, mais plus rarement, ils forment de petits arbustes , quelquefois tout-à-fait dépourvus de tige, et dont toutes les feuilles portent une sorte de plateau, qui surmonte la racine. Quelques espèces par leur tige grêle ressemblent à des graminées gigantesques.

La tige des palmiers a pour caractère de ne présenter ni écorce ni bois formé de couches concentriques, comme dans le chêne et dans la plupart des arbres de nos contrées (I), mais bien une masse composée de filamens épars au milieu d'un tissu spongieux qui les unit les unes aux autres; les plus anciennes et les plus dures de ces fibres, sont à la circonférence; les plus nouvelles et les plus tendres au centre.

Dès qu'une graine de palmier a commencé à germer , il se développe un grand nombre de feuilles, qui forment une première rangée circulaire , et qui sont liées au collet de la racine par une couche de fibres. Au-dedans de celle-ci, U naît, la seconde année, une nouvelle rangée de feuillts , qui est également liée à la racine par une nouvelle couche de fibres placée à l'intérieur de la précédente. Cette couche tend à distendre et à rejeter au-dehors la première couclie. Il en est de même de toutes les couches des années suivantes, qui, successivement, viennent refouler et tasser les libres des couches extérieures, jusqu'à ce que celles-ci, ayant acquis, par l'effet de l'âge, toute la dureté des bois parfaits, résistent pleinement à la pression des fibres de l'intérieur; alors tout accroissement en dismètre cesse dans l'anneau solide formé par la réunion de toutes les fibres, anneau qui devient la base de la lige du palmier.

Quand la tige a atteint toute sa grosseur, elle ne peut plus que s'accroître en hauteur par des tronçons semblables , qui s'ajoutent successivement à la suite des uns des autres , et que produisent les bourgeons qui se développent chaque année à l'extrémité de la tige. Cet accroissement se fait uniformément, parce qu'il sort toujours des bourgeons le même nombre de feuilles , et que le tassement des fibres et la force de résistance restent les mêmes. L'uniformité dans l'épaisseur de la lige suppose toutefois que l'arbre croit toujours dans un bon terrain , et que l'influence du climat ne change pas sensiblement. Si on transportait le palmier d'un bon terrain dans un mauvais, sa végétation serait moins vigoureuse , et les anneaux formés par les nouvelles feuilles ayant moins de largeur, il se produirait un rétrécissement. Si ensuite , on le reportait dans une meilleure terre, la partie supérieure de la lige se développerait avec plus de vigueur et produirait un renflement.

Les palmiers sont les plus beaux ornemens de la végétation intertropicale. En effet, ce sont les régions tropicales qui peuvent être considérées comme le berceau et la véritable patrie de ces végétaux intéressai». Selon la remarque du professeur Martius, dans l'hémisphère boréaï,ils ne dépassent pas le trente-cinquième degré, tandis qu'ils descendent jusqu'au quarantième dans l'hémisphère austral. Chaque espèce de palmier à en général ses limites fixes , au-delà desquelles on levoil rarement s'étendre. Aussi dans chaque partie du globe, trome l-on des espèces particulières (le

(i) Voy. l'article que nous avons donné sur la llruolure du eeà mbres, p. i3;i.

palmiers , qui forment, en quelque sorte, un des caractères de sa végétation. Cependant un petit nombre d'espèces, surtout parmi celles qui croissent sur les bords de la mer , paraissent , en quelque sorte , cosmopolites ; tel est , par exemple , le cocotier. Quelques palmiers croissent dans les lieux humides, sur le bord des sources et des fleuves; d'autres se plaisent sur les plages sablonneuses et maritimes ; quelques-uns préfèrent les vastes plaines et y vivent, soit isolés , soit réunis en famille ; enfin plusieurs croissent sur des montagnes plus ou moins élevées.

Cette famille renferme des végétaux , non-seulement très remarquables par la beauté et l'élégance de leurs formes , mais très importans par les services nombreux qu'ils rendent aux habitans des contrées où ils croissent. Plusieurs sont des arbres de première nécessité, et dont les fruits forment l'aliment presque exclusif de certains peuples. Ainsi les fruits du dattier pour les habitans de tout le bassin méridional et occidental de la Méditerranée , le cocotier, le choux palmiste pour les habitans de l'Inde , de l'Amérique et des îles de l'océan Pacifique , sont une nourriture aussi abondante que nécessaire.

Plusieurs espèces de celte famille fournissent une sorte de fécule très pure connue sous le nom de Sagou , qui est fort recherchée par nos jeunes dames de Paris, dont l'estomac et la poilrine sont dans un état de souffrance (ce sagou se tire principalement du Sagus Farinacea, du Phénix Farimcea, etc.); d'aulres fournissent un principe astringent, une sorte de sang dragon ; quelques-uns produisent de l'huile grasse. Enfin , ces arbres offrent encore aux habitans des régions équatoriales des bois de construction pour leurs maisons, de larges feuilles pour les recouvrir, des fibres résistantes pour faire des lignes et des filets. La fève d'un assez grand nombre d'espèces est susceptible de produire , en fermentant , une liqueur alcoolique qu'on obtient par la distillation.

Nous avons joint à cet article une gravure qui représente un palmier dans son état naturel, et reproduit très fidèlement un des dessins lithographies du voyage de M.Léon de La Borde (I). Voici en quels termes cet auteur parle du palmier : « On se représente toujours la tige élancée du palmier , laissant épanouir sur sa tête des rameaux recourbés, d'où pendent avec grâce des dalles brillantes comme les coraux, et l'on ne s'imagine pas que toute cette élégance n'est qu'un produit de l'art, et que la nature, moins recherchée, n'a songé qu'à sa conservation. Voici, en effet, le palmier, tel qu'il grandit année par année, se faisant un rempart de ses branches dépéries, et renaissant, pour ainsi dire , du milieu des débris. Négligé par l'Arabe du désert, qui regarde toute culture comme une occupation au-dessous de sa dignité, le palmier forme quelquefois des forêts impénétrables. Plus souvent isolé, près d'une source, ainsi qu'on le voit dans ce dessin, il se présente au voyageur altéré comme un phare bienfaiteur qui l'avertit qu'il trouvera en cette place l'eau pour se désaltérer, l'ombre charitable pour se reposer. »

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