‹ Magasin universelChapitre 168 sur 320 · LE MA.MA-COMBO · texte numérisé non relu

LE MA.MA-COMBO

Ainsi que dans tous les pays peuplés de nègres libres ou esclaves , la superstition est poussée , sur la côte de Corée , à un point beaucoup plus extravagant que partout ailleurs. Avec une teinte plus sombre, elle est encore plus dangereuse dans ses effets et donne lieu ou sert de prétexte à des crimes dont les blancs , souvent aussi avilis que les nègres qui les entourent , sont quelquefois eux-mêmes les victimes. Les Marabouts, ou prêtres noirs mahométans, qui exploitent cette mine, en ont fait une source abondante de richesses ; formant un corps puissant et entièrement séparé du reste de la population, ils exercent sur elle, comme sorciers et médecins , un empire sans bornes ; leurs coups, frappés dans l'ombre, sont précédés et suivis du plus grand secret , et jusqu'ici la surveillance active des autorités de nos colonies d'Afrique n'a pu arrêter le cours, ni découvrir les traces des empoisonnemens et des meurtres commandés par celte espèce de tribunal secret.

Le sanctuaire d'où partent ces terribles arrêts est dans une forêt à quelques lieues de la mer, au pied d'un baobab énorme qui couvre de ses antiques branches l'habitation du grand marabout; ce lieu redouté a pour nom Je grand aribre. Malheur à celui qu'un ennemi caché a voué à sa vengeance, aux dépens de sa propre fortune ! il doit, après avoir vu sa famille entière décimée lentement par le fer ou le poison, en tomber lui-même la victime, à moins qu'il ne s'empresse de déposer entre les mains des prêtres , au premier avis secret que ceux-ci lui font donner, la rançon à laquelle il fut condamné : à ce prix il connaît son ennemi et peut, à son tour, en faisant de nouveaux sacrifices , le vouer aux mêmes malheurs. Ces transactions criminelles, ténébreuses, souvent sans fin , sujet éternel de vengeances entre les familles , enrichissent les marabouts et les font vivre dans l'oisiveté aux dépens de la population abrutie.

Pour soutenir leur puissance , aucun moyen ne les effraie : on a vu fréquemment, dans la colonie de Sainl-Louis, sur le Sénégal, des incendies annoncés d'avance , faire disparaître des individus désignes et dévorer des quartiers habiles par 1(38 nègres qui, victimes soumises, n'osaient même pas désirer d'être venues.

On pensera avec raison que la religion catholique n'.i dW faire (pie peu ou point île prosélytes au milieu d'une population que la crainte et la superstition tiennent attachée à la croyance de ses pères, mélange de mahométisme ci d'idolâtrie. En effet . ou ne compte de chréliena que

dans les fouilles de couleur; niais à la multitude d'amu-

leites achetées a prix d'or aux œarabouts, ci don( leurs cols

sont garnis, à leur extrême vénération pour le grand arbre et les sorciers, on ne peut concevoir qu'une bien faible opinion de la solidité de leur foi, et combien d'Européens leur donnent eux-mêmes l'exemple du plus dégoûtant abrutissement !

Parmi les nombreux usages que la superstition a établis depuis un temps immémorial sur cette partie de l'Afrique, il en est plusieurs qui , pour présenter un côté plaisant, n'en ont pas moins celui de l'arbitraire exercé par un pouvoir mystérieux. Le moyen employé pour entretenir, sinon la concorde , du moins la paix, parmi les femmes dans des contrées où la polygamie est permise, se fait remarquer par sa singularité.

Le Mama-Combo est la terreur des femmes; elles n'osent regarder sans effroi ce mannequin de grandeur colossale, fait d'écorce d'arbre, peint de différentes couleurs , et ordinairement pendu à un arbre à petite distance du village ; son chef est couvert d'un énorme bonnet pointu , orné de figures magiques ; une longue robe à vastes manches compose le reste de l'habillement. C'est au commencement de la nuit, sur la place où se rassemblent les habitans, que Marna - Combo fait son apparition ; plusieurs marabouts l'accompagnent. Les chants et les danses cessent tout à coup, les jeunes gens se rangent respectueusement sur son passage, au-devant duquel les,vieillards vont en souriant; les femmes et les filles, tremblantes , interrogent leur conscience et rappellent le passé. Malheur à celle qui, jalouse de ses compagnes ou voulant être maîtresse au logis, en a troublé la tranquillité plusieurs fois ; bientôt l'effrayante voix de Mama-Combo l'appelle devant son tribunal; l'exécution suit la sentence , et la baguette du juge inconnu inflige à la coupable , en présence de ses compagnes , une punition cruelle et rendue encore plus honteuse par les huées et les sarcasmes , pires encore que la douleur. La cérémonie terminée, tout rentre dans l'état accoutumé ; Mama-Combo disparait, et le jour le retrouve pendu à la place qu'il occupait au précédent coucher du soleil. Ce rôle, entouré d'un secret inviolable, sous peine de mort, pour tous les autres hommes, est rempli successivement par les membres d'une association cachée dont les arrêts viennent effrayer la population. La baguette du juge redouté est parfois remplacée par le glaive qui frappe de mort l'ambitieux trop faible pour résister au pouvoir qu'il a voulu attaquer, ou trop fort pour en être épargné. Accusé de sorcellerie au moment où il était sans défiance, il tombe, frappé par une main inconnue, sans que ses amis effrayés osent même venir à son secours.

Sans doute que le glaive de Mama-Combo choisissait«déjà ses victimes au milieu de la sauvage population de l'Afrique, alors même que les poignards des francs -juges répandaient la terreur sur les bords du Rhin. Combien de fois, en visitant les peuples sauvages, n'ai-je pas été étonné des rapprochemens qu'offraient leurs coutumes, leurs superstitions, avec celles de nos ancêtres dont les vieilles chroniques nous rappellent le rouvenir; et ne relrouve-t-on pas encore maintenant, dans les classes inférieures de la société européenne, la même ignorance, la même férocité, les mêmes préjugés enfin, que chez les peuples incivilisés de l'Afrique ou de la mer du Sud !

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