CARACTÈRE , PÈCHE ET PRÉPARATION DES ANCHOIS
L'anchois est devenu un des ornemens indispensables des tables bien servies. Plusieurs peuples de l'antiquité en faisaient un très grand cas. La pêche de ce petit poisson se fait en abondance sur les côles de la Méditerranée, comme dans la rivière de Gênes, dans la [Catalogne, et surtout en Provence, à Cannes, à Anlibes, à Saint-Tropez, et autres endroits où il s'en fait un commerce considérable.
Les pêcheurs ne prennent jamais les anchois que pendant la nuit,, et dans les mois de niai, juin et juillet, époque où ces petits animaux passent en troupes serrées de l'Océan dans la Méditerranée pour aller au levant. Ils aiment beaucoup la lumière , et il suffit d'allumer du feu sur une grille à la poupe du bateau pour en attirer des milliers , qu'on prend sans peine avec des filets. On les mange frais sur les lieux; mais on ne peut les expédier au loin qu'après les avoir salés, et cette préparation , loin de leur.nuire, les fait préférer par les gourmets. C'était avec des anchois saumurés que l'on composait le garum, cette sauce si estimée des Grecs et des Romains. ,
Les meilleurs anchois sont petits, fermes, et ont le dos arrondi, ce qui les distingue des sardines, poisson du même genre , mais plats, plus gros et moins estimés des connaisseurs. Pour les conserver, on leur ôte la tête et les entrailles, et on les livre au commerce, rangés dans de petits barils, avec de la saumure en quantité convenable. Les anchois ont la tête longue , le museau pointu ; l'ouverture de la bouche très grande; la langue pointue et étroite; l'orifice branchial un peu large; le corps et la queue alongés; la peau mince; les écailles tendres et peu attachées; les nageoires courtes et transparentes ; trente-deux côtes de chaque côté, et quarante-six vertèbres. La sardine, qui leur ressemble , a la tête pointue, assez grosse, souvent dorée; le front noirâtre; les yeux gros; les opercules ciselés et argentés ; les écailles tendres , larges et faciles à détacher ; le ventre terminé par une carène longitudinale, aiguë, tranchante et recourbée; les nageoires petites et grises ; le dos bleuâtre; les côles argentines, et quarante-huit vertèbres.
j MARIE STUART.
( Documens historiques inédits. )
r Notre but, dans cet article , n'est pas de tracer la biographie de Marie Stuart; les détails de sa vie se rencontrent partout : chacun sait que Marie Stuart était encore au berceau lorsqu'elle fut proclamée reine d'Ecosse; à seize ans, elle devînt l'épouse du dauphin de France, qui depuis porta la couronne sous le nom de François IL Après le règne éphémère de ce prince, la jeune veuve, poursuivie par le caractère haineux de Catherine de Médicis, se vit forcée de quitter la France, et on ne lit jamais sans émotion les vers touchans qu'elle composa en s'éloignant des lieux chéris qui avaient nourri son enfance. On sait aussi toutes les tracasseries qu'elle rencontra en Ecosse. Obligée de fuir, elle demande asile à sa cousine Elisabeth , reine d'Angleterre : « Accordez-moi, lui écrivait-elle, protection et secours à litre de princesse malheureuse, de voisine et de proche parente. » Elisabeth, pour toute réponse, la fait conduire de cachots en cachots, et après dix-huit ansd'une captivité rigoureuse, elle la fait décapiter avec le plus horrible Bang-troid.
Nous ne reviendrons pas sur tous ces faits si dramatiques, Marie Stuart était catholique; elle avait une foi ardente; elle lui sacrifiai! sou royaume, ses biens, la vie de sou lilset la sienne. La reine d'Angleterre, protestante , jalouse et vindicative, devait .être son ennemie naturelle; elle se trouva la pins forte, et les prétextes ne lui manquèrent pas pour faire condamner sa rivale. D'ailleurs, «pie pouvait Marie Sluail en Face d'un parlement vendu ? Seule et sans amis , sans connus ance des lois , sans liabitude des formes judiciaires, sans témoins, sans CODJOIIb, que pouvait-elle
opposer avec avantage à cette foule de gens de loi ligués contre elle? Et si parmi les juges, elle découvrait deux ou trois amis secrets, c'étaient des hommes surveillés par ses accusateurs, et dont la vie et la fortune dépendaient probablement de leur vote dans cette affaire. Et cependant, en dépit de tant d'inégalité, Marie se défendit elle-même avec esprit et finesse : durant plusieurs jours , elle tint en suspens tous ces hommes qui demandaient sa mort avec un acharnement incroyable.
Jusqu'à ses derniers momens, Marie Stuart ne cessa d'entretenir une active correspondance avec l'ambassadeur d'Espagne à Paris, don B. de Mendoça, représentant officiel du catholicisme armé. Plusieurs de ces lettres sont inédites ; elles sont pourtant d'une importance telle , que les publier, c'est rendre un véritable service à l'histoire.
Au mois de septembre 4586, Marie révélait à cet ambassadeur ses projets d'avenir sur la couronne d'Ecosse ; elle lui écrivait : « Il y a un point de ce que j'ai réservé d'écrire à vous seul pour le mander de ma part au roi , votre maître (L), sans que autre que lui, s'il est possible, en ait connaissance , c'est que, considérant l'obstination si grande de mon fils (2) en l'hérésie (laquelle je vous assure que j'ai pleurée et lamentée jour et nuit plus que ma propre calamité), et prévoyant sur ce le dommage éminent qui en est pour l'Eglise catholique, par lui venant à la succession de ce royaume, j'ai pris la délibération, en cas que mondit fils ne se réduise avant ma mort à la religion catholique (comme il faut que je vous dise que j'en vois peu d'espérance tant qu'il restera en Ecosse), de céder et donner mon droit par testament en ladite succession de cette couronne au roi votre maître, le priant, moyennant ce, de me prendre en son entière protection , pareillement l'Etat et affaires de ce pays , lesquelles , pour décharge de ma conscience, je ne pense pouvoir mettre en mains de prince plus zélé à notre religion. Je vous prie que ceci soit tenu très secret, d'autant que si ce venait à être révélé, ce serait en France la perte de mon douaire; en Ecosse, l'entière rupture avec mon fils; et en ce pays, ma totale ruine et destruction. »
Cette lettre est une réfutation authentique des longues dissertations de quelques critiques anglais qui ont nié le projet de Marie Stuart, de livrer l'Ecosse au roi d'Espagne. Ce fut le rêve de ses dernières années ; elle voulait perpétuer parmi ce peuple de montagnes la religion catholique alors violemment menacée par l'hérésiarque Knox. Quelques heures avant sa mort, tandis que l'échafaud se dresse dans la chapelle tendue de noir, lorsque cette tête de reine va tomber, Marie n'oublie pas cet ambassadeur espagnol dépositaire de ses affections : elle lui adresse la magnifique lettre qu'on va lire, dans laquelle se montre au grand jour son caractère de courage et de résignation.
« Mon très cher ami, comme je vous ai toujours connu zélé en la cause de Dieu, et affectionné à mon bien et délivrance de captivité, je vous ai toujours fait aussi participant de toutes mes intentions ; c'est pourquoi je vous ai bien voulu dire ce dernier adieu , étant résolue de recevoir le coup de la mort qui m'a été samedi dernier dénoncée , je ne sais quand ni en quelle sorte; mais pour le moins, vous pouvez louer Dieu pour moi que par sa grâce j'ai eu le cœur de recevoir celte très injuste sentence des hérétiques pour l'honneur que j'estime avoir de répandre mon sang à la requête des ennemis de son Eglise, laquelle ils m'honorent tant de dire qu'elle ne peut subsister sans subversion, moi vivante, et l'autre point, que leur reine ne peut régner eu sûreté au même cas; pour lesquelles conditions j'ai SUIS contredit accepté l'honneur qu'ils me déferaient , tant comme très /eleuse en la religion catholique, pour laquelle
j'ai publiquement offert ma vie , que parce que je a avais
(i) Philippe II.
(•*) Jacques VI, roi d'Ecosse, depuis roi d« ht Grands Bn • •as le Don de Jsequea •"
fait nulle poursuite ni actes pour ôter celle qui est en place. Us m'ont dit que j'avais beau faire , que je ne mourrai pas pour religion , mais pour avoir voulu faire meurtir leur reine, ce que je leur ai nié comme très faux : aussi n'ai-je jamais rien attenté de tel. Ce porteur m'a promis de vous conter comme j'ai été traitée rigoureusement par ceux-ci , et mal servie d'autres, qui n'auraient pas dû tant montrer leur crainte de la mort en si j liste querelle. Tant il y a qu'ils n'ont su tirer de moi, sinon que j'étais reine libre, catholique et obéissante à l'Eglise, et que pour ma délivrance , j'étais obligée , l'ayant cherchée par bons moyens sans la pouvoir obtenir , de ne me la procurer ni consentir par les moyens qui m'étaient offerts. On me menace si je ne demande pardon, mais je disque puisque déjà ils m'ont destinée à mourir, qu'ils passent outre en leur injustice , espérant que Dieu m'en récompensera en l'autre monde ; et par dépit je ne veux parler. Ils vinrent hier ôter mes ornemens , disant que je n'étais plus qu'une femme morte, sans nulle dignité. Us travaillent à cette heure en ma salle, je pense que c'est pour faire un échafaud pour me faire jouer le dernier acte de la tragédie. Je meurs en bonne querelle, et étant aise d'avoir quitté mon droit au roixvotre maître. J'ai dit que mon fils ne retournant au giron de l'Eglise , je reconnaissais votre maître le plus digne prince pour la protection de cette île; je meurs en cette même volonté. J'ai demandé un prêtre, je ne sais si je l'aurai; ils m'ont offert un évêque des leurs, je l'ai refusé tout à plat. Croyez ce que ce porteur vous dira , et ces deux pauvres filles qui ont été les plus près de moi ; ils vous conteront la vérité ; je vous prie la faire publier, car je crains qu'ils la fassent donner tout autre. Vous recevrez de moi un diamant que j'avais cher pour être celui dont le feu duc de Norfolk m'obligea sa foi, et que j'ai toujours porté quasi; gardez-le pour l'amour de moi. Je ne sais si j'aurai congé pour faire testament; je l'ai requis, mais ils ont tout mon argent. Dieu soit avec vous! Adieu encore une fois. Je vous recommande mes pauvres destitués serviteurs; et priez pour mon ame. » De pareils monumens historiques ne doivent pas être perdus pour la postérité ; aussi est-ce avec un respect religieux que nous avons reproduit ces éloquentes paroles , nobles accens d'une ame fortement trempée, d'une reine qui porta héroïquement sa tête sur le billot, dévouée qu'elle était à la foi de ses pères. Rien de plus sublime que les derniers momens de Marie Stuart , et nous allons emprunter quelques passages à un récit contemporain qui existe encore en manuscrit.
« Melvin , premier maître d'hôtel de la reine d'Ecosse , larmoyant à ses côtés, elle lui dit avec émotion : Mon cher Melvin, vous vous devriez plutôt réjouir que pleurer à cause que la fin des troubles de Marie Stuart est venue. Tu sais, Melvin, que tout ce monde n'est que vanité et misères. Porte des nouvelles de moi et dis à mes amis que je meurs vraie femme en ma religion , et comme une vraie Ecossaise et vraie femme française; et Dieu veuille pardonner à ceux qui ont de long-temps désiré ma fin. Puis elle se dirigea et monta sur l'échafaud qui lui était préparé dans la grande salle, lequel avait deux pieds de haut et douze pieds de large, tendu et couvert de noir; et là était une selle basse et un long coussin, avec un billot de bois aussi couvert de noir; elle s'aida d'elle-même à se déshabiller, ce qu'elle faisait en diligence, comme si elle avait eu envie d'être dépêchée. Durant le temps qu'on lui tira ses habits , elle ne changea jamais de contenance; elle dit même qu'elle n'avait jamais eu tels serviteurs pour la déshabiller, et qu'elle n'avait jamais dépouillé ses vêtemens devant telle compagnie. Elle fit ensuite ses prières en latin sur un crucifix qu'elle tenait en ses mains, et s'agenouilla sans aucune appréhension de la mort , disant ce psaume à haute voix : lu te, Domine, speiavi , non confundar in œtemum; puis , tâlant pour trouver le billot, elle coucha sa tête, mettant son menton par-dessus, avec ses deux mains sous son menton , comme si elle eût voulu prier , qui eussent été
coupées si on ne s'en fût aperçu. L'un des exécuteurs la tenant légèrement d'une de ses mains, elle endura deux coups de l'autre exécuteur avec une hache, ne remuant nullement de la place où elle s'était couchée. La tête coupée, l'exécuteur la leva pour la montrer à toute l'assemblée , disant : Dieu sauve la reine ! Lors sa coiffure tombant, sa tête apparut toute grise; sa face, en un moment, fut tellement changée , que peu eussent pu la reconnaître au regard de ce qu'elle était en vie. Puis M. le doyen dit à haute voix : Ainsi périssent tous les ennemis de la reine ! Et le fanatique comte de Kent ajouta : Ainsi périssent encore tous les ennemis de l'Evangile ! »
Pas une autre voix ne se fit entendre pour y répondre : l'esprit de parti avait fait place à l'admiration et à la pitié.
EPHÉMÉRIDES
ier mars 1808. — Bonaparte créa une nouvelle noblesse.
4 mars i5ig. — Fernand Cortez débarque sur la cote du Mexique.
9 mars 1807. — Les Juifs sont admis en France à la participation des droits civils et politiques.
16 mars 1790. — Abolition des lettres de cachet. — i8ro. La rente parvient à 88 francs 90 centimes, taux le plus élevé qu'elle ait atteint sous l'Empire, et de beaucoup inférieur au taux actuel.
23 mars 1682. — Déclaration du clergé de France sur la distinction du pouvoir spirituel de l'église et du 'pouvoir temporel du chef de l'état.
24 mars i52g. — François Ier crée le collège de France.
28 mars i8o3. — Le comte de Lille, depuis Louis XVIII, repousse la proposition que lui avait faite un agent de Bonaparte abandonner ses droits à la couronne de France.
3i mars 1814. — Capitulation de Paris menacé par les armées étrangères.
FRANCE