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VOYAGES EN AFRIQUE. — MUNGO-PARK

Il y a peu de temps encore, l'on ne connaissait guère que les contours extérieurs du continent d'Afrique , de cette vaste étendue de terre qui forme presque le quart du globe; et celte connaissance, on ne la devait qu'aux traditions et aux souvenirs de l'antiquité. Une inquiète curiosité , les recherches de la science , l'avidité des spéculations commerciales, ont peu à peu soulevé lescoinsdu voile qui couvrait le continent africain. Bien des vies précieuses sont venues s'éteindre dans cet océan de sables , vaste sépulcre où gisent ensevelis tant d'illustres voyageurs! De si grands sacrifices n'ont pas élé stériles. Si le but n'est pas entièrement atteint, on n'en est pas bien éloigné, et le vide que présentait la carte de l'Afrique centrale s'est comblé peu à peu. Ce beau résultat est du surtout à l'association africaine qui se forma en 1788 à Londres , dans le but d'envoyer en Afrique des hommes de science pour parcourir , étudier et explorer ce pays.

Leydard, le premier voyageur volontaire et désintéressé qui s'offrit à l'association africaine, mourut au Caire, à la veille de pénétrer dans le désert avec une caravane. M. Lucas, second missionnaire, partit de Tripoli, dans le but de s'avancer vers le sud jusqu'à la cote de Guinée; après cinq jours de marche, il fut forcé de s'arrêter et de revenir sur ses pas; mais il recueillit quelques rensei^nemeus précieux relativement au voyage qu'il s'était proposé de faire. Il ville Fez/an oasis fertile et très étendue, qu'on rencontre au sud de Tripoli; MouZZOllk , la capitale du Fez/an . elail silure à rciil si\ lieues sud de Tripoli. Au sud du l'e/zan. se trouvait l'empire de BoMOU, que les musulmans mettent au rang des plus puissans du monde; au sut ouest de

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Bornoii, était situé le royaume de Cachna, et-à trente-trois lieues de ce royaume, au sud, le Niger prenait, disait-on , sa direction de l'est à l'ouest. En 1791 , le major Houghton, troisième missionnaire de l'association , partit des élablissemens européens sur la Gambie à l'ouest , pour' explorer l'intérieur de l'Afrique. Après avoir remonté la Gambie, il tourna vers le nord-est, traversa le Sénégal , et pénétra jusqu'aux confins du désert. Il fut probablement assassiné dans cet endroit, ou bien il mourut de maladie, et tous ses papiers furent perdus.

Le voyageur qui fut envoyé par l'association africaine est Mungo-Park, dont le nom est inséparablement lié à celui de l'Afrique, et qui doit être rangé parmi les hommes les plus illustres de son siècle. Le 22 mai 1795, Mungo-Park s'embarqua donc sur un navire qui faisait voile pour l'embouchure de la Gambie , où il arriva le 21 juin.

Park joignait à un goût pour la vie aventureuse du voyageur un esprit orné de connaissances littéraires et scientifiques très étendues, un caractère merveilleusement égal , patient, modéré, toujours à l'épreuve des dangers et de la souffrance; une grande aptitude à apprendre les langues; un art étonnant pour adoucir l'humeur féroce des sauvages, et pour trouver des ressources dans les cas désespérés. C'était un homme fait, plus que tout autre, pour la tâche fatale qu'il avait résolu d'accomplir. D'abord il passa plusieurs mois à Pisania , dernier comptoir anglais sur la Gambie , à soixante lieues de l'Océan, et après y avoir recueilli des renseignemens , et y avoir étudié les dialectes africains, il commença son audacieuse expédition , en se dirigeant vers le Niger, le 2 décembre 1793. Il était accompagné de deux domestiques nègres; il avait un cheval et deux ânes, avec quelques provisions. Il prit quelques instrumens indispensables, comme un sextant de poche, une boussole et quelques thermomètres. La nouvelle d'une guerre qui venait d'éclater entre les barbares le força d'abandonner la direction qu'il s'était proposé de prendre vers l'est; il tourna au nord-est , et traversa le haut Sénégal , comme avait fait avant lui Houghton. Ce détour le jeta parmi les peuplades maures qui habitent les royaumes situés le long de l'extrémité méridionale du désert. La perfidie et la cruauté de ces peuples formaient un contraste frappant avec la douceur et la bonté naturelle des nègres. A Jarra, on lui montra d'abord l'arbre aux branches duquel on avait laissé pendre le corps d'Houghton , sans lui donner la sépulture. Par les ordres d'Ali, prince des Maures, Mungo-Park fut bientôt arrêté, dépouillé de presque tous ses vêtemens, insulté de la façon la plus cruelle, et menacé à plusieurs reprises de perdre la vie. Une guerre s'étant élevée entre Ali et un prince voisin , le prisonnier fut traîné à la suite du camp nomade d'Ali; on le priva même de ses nègres, qui jusqu'alors l'avaient servi avec le plus grand dévouement. Enfin, au bout d'une captivité de plusieurs mois, Mungo-Park parvint à fuir seul dans le désert , et après y avoir erré trois semaines, il atteignit le Niger. L'élégance du style et le caractère touchant de sa relation en font un livre du plus grand intérêt. Dans les innombrables récits que les voyageurs nous ont laissés de leurs aventures , nous ne connaissons pas de tableau qui se grave plus profondément dans la mémoire que celui de la captivité de Mungo-Park , de ses courses solitaires dans le désert , où le croassement des grenouilles, au bord d'une mare fangeuse, arrivait à son oreille comme une musique céleste; de ses prières si humbles et si patientes pour obtenir un peu de nourriture. Sa situation était affreuse : son cheval , rendu de fatigue , ne pouvait plus avancer; lui-même était excédé de soif; il était réduit à mâcher des feuilles amères et desséchées. Quelquefois cependant, il rencontra des hommes et du soulagement. Il subsistait en détachant un à un les boutons de cuivre de son habit, qui étaient reçus en paiement. Enfin , le 20 juillet, il oublia tous ses maux, lorsqu'il découvrit l'objet de ses longues et périlleuses recherches, les grandes eaux du Niger qui brillaient aux rayons du soleil levant ,

et coulaient majestueusement de l'ouest à l'est. « Je courus au bord du fleuve, dit-il , et , après avoir bu de son eau, j'adressai à Dieu mes ferventes actions de grâces. »

Mungo-Park découvrit Sego, capitale de Bambarra, grande ville qui renfermait trente mille habitant, située sur les deux rives du fleuve , à deux cent seize lieues environ de Pisania. La haine cruelle des Maures l'avait devancé à Sego.

Us avaient annoncé l'arrivée d'un homme blanc dans le pays, et le roi de Bambarra avait été si fortement prévenu contre lui, qu'on lui défendit d'entrer dans la ville, et qu'il dut chercher un refuge dans un village éloigné ; mais là aussi il ne rencontra que des regards surpris et effrayés, et on lui refusa la nourriture et l'hospitalité. Abattu par la fatigue, abandonné de tous, et menacé de mille dangers , il venait de chercher un abri sous un arbre, lorsqu'il fut aperçu par une femme qui revenait des champs. Celte femme prît son état en pitié , l'emmena dans sa hutte , et lui donna de la nourriture et une natte pour dormir.

Tout ce qui restait à Mungo-Park pour reconnaître l'accueil de sa bonne hôtesse , c'était deux boutons de cuivre assez mal attachés à son habit. Loin d'être abattu par la souffrance , il résolut de continuer à côtoyer les rives du Niger qu'il avait maintenant atteint. Les nègres, auxquels il fit part de sa détermination, s'efforcèrent de l'en détourner. Us lui demandèrent s'il n'existait pas de rivières dans son pays, et si toutes les rivières du monde ne se ressemblaient pas; ils lui représentèrent que les Maures, qu'il rencontrerait au-delà de leur pays , étaient loin de ressembler pour la bonté aux habitans du Bambarra; mais toutes les représentations furent inutiles , et Mungo-Park quitta Sego le 23 juillet. Continuant sa marche le long de la rive septentrionale du Niger, il traversa le pays de Sansanding, et atteignit Silla après avoir parcouru un espace de 23 à 28 lieues.

Il ne se trouvait plus alors qu'à 66 ou 100 lieues de Tombouctou; mais il était à moitié nu, sans monture, sans argent , sans aucun moyen de se procurer des provisions. Les pluies des tropiques avaient inondé le pays ; et le malheureux voyageur était de toutes parts entouré d'obstacles que son invincible courage était forcé de reconnaître insurmontables. Il se détermina donc à quitter Silla, pour retourner sur ses pas le 5 août 1796, traversa Sansanding et Sego, et continua de marcher le long du Niger jusqu'à Bamakou , à l'est des frontières de Bambarra, où le fleuve cesse d'être navigable; de là, s'avançant au nord-ouest, il traversa la chaîne de montagnes qui divise le cours supérieur du Niger, des rivières du Sénégal et de la Gambie. Après un voyage périlleux, des retards infinis et d'affreuses maladies, il fut assez heureux pour rencontrer une caravane qui conduisait des esclaves à la côte; il se joignit à cette caravane, et arriva le 10 juin 1797 à Pisania, qu'il avait quittée dix-huit mois auparavant , et où il fut reçu par ses amis comme un mort sorti du tombeau.

Le voyage de Mungo-Park est, sans contredit, le premier pas qu'aient fait les découvertes européennes dans le centre de l'Afrique. Les renseignemens qui résultaient de ses observations personnelles étaient très précieux. Il avait parcouru et étudié un pays qui s'étend à trois cent trente-trois ou trois cent soixante-six lieues de l'Océan; il, avait déterminé la position d'un grand nombre de villes, et fixé des points géographiques de la plus haute importance : on sa-, vait maintenant, d'une manière certaine, que les rivières du Sénégal et de la Gambie avaient leurs sources à l'extrémité orientale d'une chaîne de montagnes, à deux cents ou deux cent vingt-trois lieues de la côte, et l'on était certain que le Niger, mystérieux fleuve de l'Afrique centrale , avait sa source à l'est de la même chaîne de montagnes.

Un paquebot ramena Mungo-Park en Angleterre , où il arriva le 22 septembre, La société d'Afrique le reçut comme en triomphe, et le public l'accueillit avec un intérêt extra»

ordinaire. Telle était l'impatience générale, que Park dut publier un extrait de la relation de son voyage , en attendant que le livre parût. Après avoir joui du succès de son. Ouvrage, notre voyageur se maria dans sa patrie, où il exerça la chirurgie.

Cependant les pensées de Park étaient constamment tournées vers l'Afrique, et il écouta volontiers les propositions du gouvernement, qui le pria de diriger une expédition considérable qui avait pour but de descendre le Niger. Diverses causes retardèrent l'exécution de ce projet, et ce ne fut que le 30 janvier que l'expédition fît voile de Portsmouth, et arriva à Gorée le 28 mars. Malgré tous ses efforts personnels, Mungo-Park fut hors d'état de partir assez à temps pour éviter la saison des pluies , et ce ne fut pas avant le 4 mai 1805, qu'il put quitter Pisania. Il suivit presque exactement la même route qu'à son retour des bords du Niger, en 1796. Après avoir traversé les montagnes qui séparent ce fleuve du Haut-Sénégal, il arriva pour la seconde fois à Bamakou, le 19 août. Ce qu'il eut à souffrir du climat, pendant ce trajet, rendait le voyage terrible. Malgré son inébranlable courage1, il fut forcé d'avouer lui-même que les apparences avaient quelque chose de sinistre. Sur trente-huit hommes qui étaient partis avec lui, sept seulement restaient encore, tous malades, et quelques-uns déjà aune telle extrémité, qu'ils donnaient à peine espoir de rétablissement. Il y avait cependant autant de danger à revenir sur ses pas qu'à poursuivre, en supposant que le courage de Mungo-Park eût pu se soumettre à une telle alternative. Avec sa troupe si cruellement affaiblie , il descendit le Niger jusqu'à Sansanding, ville située au dessous de Sego, qu'il avait déjà visité dans son premier voyage. Là, il commença immédiatement à construire une barque qui fut achevée le 17 novembre, et nommée le Schooner-Joliba. Ce jour-là même, il compléta tous les préparatifs du voyage qu' il espérait continuer le long du Niger, jusqu'à la mer Atlantique. Sa petite caravane se trouvait alors réduite à cinq Européens; mais rien ne pouvait abattre le courage de Mungo-Park , ni refroidir son ardeur. Dans une lettre qui accompagna le journal qu'il envoya alors en Angleterre, .

il dit : « Je vais maintenant diriger ma navigation vers l'est, avec la résolution bien ferme de découvrir l'embouchure du Niger, ou de mourir dans mon entreprise. Quoique tous les Européens qui m'accompagnaient aient péri , et que je sois moi-même à moitié mort, je n'en persévérerai pas moins jusqu'au bout. » Ce sont les dernières nouvelles authentiques que l'on ait reçues de lui. Pendant quelque temps, on n'en entendit plus parler; mais dans le cours de 1806, le bruit courut que Park et ses compagnons avaient été tués. Voici en quels termes un nègre , que Park avait employé en qualité de pilote, raconte la mort de cet intrépide voyageur: « Le 19 novembre, Park était parti de Sansanding avec ses compagnons au nombre de cinq. Après quelques aventures et quelques combats soutenus contre les indigènes , on débarqua à Yaour. Le roi de ce pays , informé que les blancs étaient passés sans lui faire de présens , envoya des troupes pour occuper, sur le bord du fleuve, un rocher au-dessous duquel Park et les siens devaient passer. Nos voyageurs, arrivés en ce lieu, voulurent forcer le passage ; on leur lança des flèches , des piques et des pierres. Park, après s'être défendu îong-temps, se jeta dans le fleuve pour se dérober aux flèches de ses ennemis ; ses compagnons en firent autant, et tous se noyèrent. C'était quatre mois après le départ de Sansanding. » Mungo- Park , dont lé nom est inséparablement lié à celui de l'Afrique, doit être mis au rang des hommes les plus illustres de son siècle.

Nous donnons plus bas le chant annoncé page 2I0 avec la traduction française des paroles placées sous les notes :

Pendant que le souffle rafraîchissant du Malaya nous amène le parfum du giroflier de ces vallées où fleurissent les plantes aromatiques , le coucou fait entendre son chant gai et rustique , et l'abeille n'y mêle pas en vain son doux murmure. Heri en dansant avec ses jeunes filles, trompe les heures dans ce temps enchanteur où , pendant que l'été est dans tout son éclat , la joie sourit doucement à tous, excepté aux amans obligés de se séparer.

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