SPECT DE LA SUEDE. — MŒURS DES SUEDOIS
La Suède jouit actuellement d'un degré de prospérité qu'Où ne pouvait guerre attendre de la nature âpre et rude de son sol qui ne se compose que do vastes blocs de granit , COUVei'tS d'une légère couche de terre Végétale, et entrecoupes de mers intérieures ou de grands lacs. Ce pays triste, à peu près oublié de l'Europe, s'élève, quant au bien être . au-dessus de nos contrées méridionales. C'est à
fétat moral de sa population plutôt qu'à son commerce et
à son industrie, qu'il faut attribuer cette somme (le bonheur que tous les voyageurs modernes ont trouvée en Suède. L'industrie manufacturière y donne peu de produits, le mouvement commercial y est faible, mais le ressort moral n'y est pas brisé, mais il y a encore là , croyance, confiance, hospitalité. Le peuple s'est perfectionné sans se corrompre , il ne se laisse pas séduire par ces insatiables et immenses désirs , par cette soif de liberté fausse et mensongère, parce besoin d'ambition et d'honneurs, par ces folles et décevantes théories , qui promettent, aux autres nations, un bonheur impossible, et les dégoûtent de leur situation.
C'est chose charmante pour le voyageur que la politesse des classes inférieures en Suède , politesse qui n'ôte rien ni à l'énergie du caractère, ni à la force des décisions , ni à l'indépendance morale. Quand revient le printemps des régions boréales , lorsque ce gazon d'un vert violet , le gazon fin et délie du nord, tapisse les coteaux et les prairies de la Suède, le voyageur voit accourir à chaque barrière , dans les routes couvertes de sable (in qu'il parcourt, une foule de petits enfants aux cheveux blonds, au teint rose, qui lui ouvrent la barrière en riant, et qui, en recevant leur petite gratification, témoignent leur reconnaissance par les mots les plus doux et les plus gracieux. Comparez donc ces petits enfans aux enfans difformes , décrépis , insolens et blasés , qui peuplent les rues de nos grandes villes ; une empreinte de vice et de débauche héréditaire marque les fronts flétris de ces derniers , ils sont vieux sans avoir été enfans, on les retrouve devant les tribunaux, dans les troubles populaires, partouljdès qu'il y a violence, vol ou émeute.
Ces contrées qui sont restées champêtres, tout en se civilisant , sont charmantes et réalisent les fictions idyliques des poètes. Dans toutes les auberges et toutes les chaumières , le plafond est compose de planches de sapin odorant ; on y mêle des fleurs , et cet usage , consacre par le lems , ne s'est pas même éteint dans les villes. Des maisons bien bâties, presque toutes peintes , tenues avec une régularité et une propreté parfaites, flattent l'œil du voyageur; il est vrai que de fréquens incendies font acheter u\\ peu cher cet avantage. A l'intérieur, il y a communément peu de luxe, mais un certain air de fraîcheur qui approche de la coquetterie. Par une singulière habitude dont on ignore l'origine , les lits suédois sont extrêmement étroits ; ce ne sont guère que des canapés , ou , si l'on veut , des boîtes , qui n'offrent que l'espace précisément nécessaire au dormeur.
Le contraste règne en Suède ; les routes tracées à travers tous les accidens du terrain , toujours sablées avec soin , toujours entretenues comme des allées de jardins anglais , découvrent, dans leurs sinuosités, des tableaux qui changent sans cesse ; partout des surprises agréables : ici , des masses de roc qui surplombent et qui donnent au paysage l'aspect d'une création de Salvator Rosa; plus loin , une vallée qui s'entrouvre , et à travers laquelle l'œil, pénétrant au loin , découvre une vaste étendue couverts d'un tapis de gazon velouté; ici, une arcade de feuilles vertes et de branches serrées qui vous plongent dans de profondes ténèbres. Vous avancez en gravissant une montagne dont l'escarpement sabloneux vous reporte au midi de l'Europe; puis vous retombez dans quelques vallons ombreux et mélancoliques , au fond desquels repose la nappe verdoyante d'un lac entouré d'une végétation septentrionale et éclairé de celte lumière argentée que répand le soleil du nord. Ainsi, les régions mêmes que l'on pourrait croire déshéritées par la nature, ont aussi leur beauté, leur éclat et leur charme.
Souvent de petites maisonnettes fort élégantes sont entassées les unes sur les autres comme les cellules d'une ruche; une barrière de couleur rouge ou verte environne ce groupe ou cette île , dont la situai ion et les édifices , rapprochés comme les fruits d'une grappe , offrent au voyageur un aspect singulier. Dans quelques contrées de la Suède , on peint les maisons en rouge ; dans d'autres on a soin de les poser au sommet des rochers. Entrez dans ces cabanes , I
vous y trouverez toujours une grande recherche de propreté , mais aucun luxe : un vieillard aux longs cheveux blancs et à la mine vénérable , fumant une longue pipe qu exhale des nuages odoriférans , et des petits enfans, les plus jolis du monde, qui vous prennent la main et vous la baisent dès que vous entrez. Un des signes distinctifs de ces peuples du nord , c'est le calme parfait des habitudes et des mœurs : Si c'est un dimanche, vous voyez la route couverte d'hommes velus de grandes rédingoles bleues avec du linge très blanc et accompagnés de leurs femmes, qui vont à l'église; rien de violent , rien d'étourdi dans les gestes et les manières des uns et des autres; leur gravite semble leur imprimer un cachet d'élégance et de distinction; rien en effet ne se rapproche plus des bonnes maisons que l'air posé , calme et naturel. La même tranquilité règne , dans les tavernes; deux cenls paysans s'assemblent quelquefois, sans qu'il soit possible que les passans devinent leur présence, et sans que le moindre tumulte ail lieu. Si par hasard ils s'enivrent, c'est toujours avec la même solennité ; admirables dans l'art de boire , les Suédois s'en acquittent avec la majesté de sénateurs qui délibèrent sur les deslins d'un état. Vous les voyez debout, la cruche de bière à la main, se livrant à une ivresse grave , sérieuse , et qui ressemble beaucoup plus à un travail qu'à un amusement. Comme ils n'aiment pas à perdre leur équilibre, et surtout cette apparence de raison sévère hors de laquelle ils n'imaginent pas de dignité possible, quand ils se sentent tout-à-fait enivrés, ils se réunissent par groupes , se soutenant les uns les autres , buvant toujours , et opposant aux progrès de leur délire bachique la masse conjurée de leur poids et de leur corps.
L'excellent entrelien des routes rend les voyages faciles et peu dispendieux; de jolis petits chevaux d'une race particulière, pleinsde feu et d'une forme élégante, vous emportent avec la rapidité de l'éclair, franchissent les montagnes les plus escarpées, et souvent descendent sans qu'il faille enrayer, Rarement le fouet les touche; un dialecte particulier aux conducteurs suédois , et qui consiste dans une espèce de claquement des lèvres, suivi d'un bruissement semblable à celui de la lettre r , suffit pour les lancer au galop. Les plus petits de ces animaux, que l'on nomme hélandais , parce qu'ils sont originaires de l'île d'Héland , n'ont pas plus de quatre pieds de haut , ils ressemblent plutôt à des chiens ayant forme de cheval qu'à des coursiers ordinaires. On voit souvent de charmantes calèches d'enfant traînées par ces petits chevaux de Lilliput , qui, presque tous ont le poil alezan foncé. ( Traduction de la Revue Britannique. )
LA HYENE.
Une foule de fables ridicules ont été débitées au sujet des hyènes; elles ont leur origine dans deux circonstances organiques ; la première consiste en ce que les membres postérieurs vus sur un animal vivant. et comparés aux antérieurs, paraissent d'une extrême brièveté; non pas qu'ils le soient réellement , mais parce que l'animal en tient toujours les diverses parties dans un tel état de flexion telle que l'axe de son corps est très-oblique sur le sol. De là résulte pour lui une allure tout-à-fait bizarre , et qui a fait dire que l'hyène boite, surtout quand elle commence à marcher. Il est encore à remarquer que le métacarpe, toujours plus court que le métatarse, chez les carnassiers, ne lui cède chez la hyène (de même encore que chez le protèle ) en rien pour la longueur.
L'autre fait, c'est l'existence d'une poche glanduleuse placée au-dessous de l'anus , qui contient une humeur onctueuse, et qui existe chez les mâles comme chez les femelles. L'histoire de la hyène n'était pour les anciens qu'un tissu de fables. Le vulgaire pense, nous rapporte Pline , que les hyènes sont hermaphrodites, qu'elles changent de sexe tous les ans, qu'elles ne peuvent tourner la tête sans tourner le corps, qu'elles savent imiter la voix humaine, même appeler les hommes par leur nom, que les
chiens deviennent innets par le seul effet de leur ombre, j Quoi qu'il en soit , ce n'est que très-tard que les modernes ont reconnu la véritable hyène des anciens.
(La Hyène. )
Les hyènes sont . en sérierai , des animaux nocturnes, comme l'examen île leurs organes des sens l'explique parfaitement. Elles préfèrent à tout la viande déjà ramollie par un commencement de putréfaction , sans l'rute à cause de la forme de leurs dénis assez épaisses et assez tranchantes pour leur permettre même de se nourrir aussi de substances végétales , telles que du pain ou des racines. Elles attaquent cependant quelquefois les animaux , et l'homme lui-même, mais seulement quand les charognes leur manquent. Ordinairement, pour satisfaire à leurs goûts immondes , elles pénètrent la nuit dans les cimetières, fouillent les tombeaux et déterrent les cadavres. Dans les contrées chaudes qu'elles habitent , et où la chaleur rend le travail si pénible , et les miasmes putrides si dangereux , l'homme a su mettre à profit leur voracité , et se reposer sur elles de soins rebutans : les immondices , les charognes, sont laissées le soir dans les rues des villes ; les hyènes pénètrent la nuit dans leur enceinte, et s'en repaissent avidement. Ces animaux sont renommés par leur férocité : cependant Pennant, Buffon, Cuvier, Barrow, rapportent des exemples de hyènes apprivoisées.
Barrow assure qu'il est des pays où l'on emploie la hyène pour la chasse, et qu'elle ne le cède au chien , ni pour l'intelligence , ni pour la fidélité. Celle qui a vécu à la ménagerie du Muséum , s'échappa lors de son arrivée à Lorient, courut quelque temps dans les champs sans faire de mal à personne, et se laissa bientôt reprendre sans résistance. Elle a vécu seize ans à Paris , et a toujours été très-douce , excepté dans les dernières aimées de sa vie, où, sans doute par l'effet des infirmités de la vieillesse , elle devint plus farouche.
Un homme qui s'est rendu fameux par le talent dont il a fait preuve ponr l'éducation des animaux , M. Martin , montre, dans les représentations publiques, qu'il donne chaque jour, une hyène parfaitement apprivoisée. Nonseulement il l'a habituée à obéira tous ses commandemens, mais il lui fait rendre les morceaux de chair saignante que l'animal a reçus pour son repas, cl qu'il tient déjà entre ses dents.
L'expédition chargée d'aller chercher, dans la Haute- Egypte , l'obélisque deLuxor, qu'on doit élever sur la place de la Concorde , à Paris, a trouvé, dans plusieurs villages de cette contrée, des hyènes apprivoisées qui circulaient dans les rues sans causer aux hahitans aucune frayeur. Le chirurgien attaché à cette expédition, rapporte dans la narration qu'il a publiée au sujet, de ce voyage, qu'une hyène domestique , lui ayant été donnée en présent par le chef d'un village, il fut impossible de contraindre cette bête à quitter les lieux où elle avait vécu.
Les hahitans ne trouvèrent rien de mieux à faire que de la mettre à mort pour remplir les ordres de leur chef, qui les avait chargés de la conduire à bord du navire français.
Les hyènes peintes ont les habitudes des chiens sauvages : Elles vivent en troupes nombreuses , chassent en plein jour et avec une sorte d'ensemble et d'accord, s'approchant ainsi quelquefois jusqu'auprès des villes. Un voyageur trèsdigne de foi, qui a vu vivant un individu de cette espèce, nous a assuré qu'il tenait dans un état habituel de flexion, non pas seulement , comme les Hyènes , le membre postérieur , mais aussi , ce qu'on n'a encore observé chez aucun autre animal , le membre antérieur.
Il n'existe point d'hyènes au Nouveau-Monde ; l'animal auquel on a donné ce nom , le loup rouge du Mexique , est une espèce du genre chien.
LA DIONE12.
La Dionée est remarquable par la grande irritabilité de ses feuilles. A peine un insecte est il venu se poser sur elles, qu'elles se referment aussitôt, croisent les cils épineux dont elles sont bordées, et par ce moyen, le retiennent prisonnier , ou même le font mourir. Tant que l'insecte se débat, la feuille reste constamment fermée, et on la déchirerait plutôt que de la forcer à s'ouvrir ; mais lorsque l'insecte est mort, ou du moins a cessé de se mouvoir, la feuille s'ouvre d'elle-même. L'un de nos plussavans naturalistes, M. Bosc, s'est assuré que la dionée perdait celle propriété en automne, c'est-à-diie à l'époque où la fructification est entièrement terminée. Du reste cette irritabilité de la dionée se manifeste dès qu'un objet quelconque a touché ^es feuille;.
(La Dionée. ) C'est dans les lieux humides de la Caroline , aux environs de \\ ilminglon, dans un espace qui n'a pas trois lieues (piarrées , qu'on a trouvé la dionée ; elle y est si abondante qu'on ne saurait faire un pas sans la fouler aux pieds ; il parait qu'on ne l'a rencontrée nulle part ailleurs. On a souvent importé des pieds de dionée en Europe.
Le» Bureaux n'AnoKWiMrHT et de Veut* sont transférés rne de Seine Saint-Germain , n" y.
(aa octobre »834-