‹ Magasin universelChapitre 180 sur 320 · TOME II. — Avril i835i · texte numérisé non relu

TOME II. — Avril i835i

d'oeil il plonge, saisit d'une de ses rames la victime qui chercherait en vain à se dégager de la fatale membrane, et la ramène, en s'aidant de l'autre pied, à la surface de l'onde; là, par une manœuvre agile, le poisson, lancé en l'air, retombant immédiatement la tête la première, est reçu sans résistance de la part des nageoires, dont les rayons sont alors naturellement couchés en arrière dans le gosier très dilatable de l'oiseau ; si ce dernier manque d'adresse, ce qui arrive rarement , le poisson n'a point pour cela échappé à la voracilé de son terrible adversaire , il est de nouveau saisi et lancé jusqu'à ce que sa chute se soit faite d'une manière convenable.

Dans plusieurs pays, on a réussi à utiliser l'habileté des cormorans à la pêche , et on les a amenés à rendre au pêcheur les mêmes services que le chasseur obtient du faucon qu'il a dressé. Cette pêche, autrefois très usitée en Angleterre, l'est encore (voyez la gravure) dans toute la partie orientale de l'Asie; le cormoran domestique portant au cou un anneau assez juste; debout sur l'extrémité de la nacelle que dirige son maître, plonge , s'élance sur le poisson qu'il a aperçu , et le rapporte à bord avec une fidélité dont sans doute le plus sûr garant est l'anneau qui interdit l'entrée du poisson dans l'estomac du cormoran.

La plupart de ces oiseaux, aussi bon voiliers que bons nageurs, recherchent la société de leurs congénères; hors la saison des amours , pendant laquelle ils sont constamment appariés, on les voit presque toujours par petites troupes. Leur grande consommation de nourriture en fait le fléau des étangs , et les empêche de rester long-temps sédentaires dans le même canton. Le poisson dont ils paraissent le plus friands est l'anguille, du moins c'est celui que l'on a trouvé le plus souvent dans l'estomac des cormorans qui ont été examinés. Leur chair, fétide et noire, est nn aliment qui répugne ; aussi n'en fait-on usage que par nécessité. Le cormoran est du petit nombre des palmipèdes doués de la faculté de percher, et c'est ainsi que, sur les plages désertes, ils se livrent au sommeil; c'est aussi sur les arbres, plus souvent que dans des anfractures de rochers, qu'ils établissent leurs nids composés d'herbes fines, placées au milieu d'un tissu grossier de joncs. La ponte ordinaire est de trois ou quatre œufs parfaitement ovales. Le cormoran de la Chine a les parties supérieures d'un brun noirâtre; les inférieures blanchâtres, tachetées de brun avec la gorge blanche; douze rectrices; bec jaune; iris bleu; pieds noirâtres. Celte espèce est celle que les Chinois dressent à la pêche.

Page 1