‹ Magasin universelChapitre 181 sur 320 · LE CLERGÉ ANGLAIS · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ ANGLAIS

L'Eglise possède dans l'Angleterre anglicane un revenu total de 238,000,000 fr. En Irlande, elle reçoit , 57,500,000

Total 575,500,000

Et cette somme "est dépensée pour le salut de moins de 8,000,000 d'individus, à savoir, en Angleterre, 7,000,000, et en Irlande, moins de 700,000.

I.a dîme forme une partie de ces revenus; le reste est en propriétés foncières et en casuel.

Le clergé d'Irlande possède la dixième partie du territoire (t).

Ici , comme dans les emplois civils , le cumul a fourni le moyen de concentrer en peu de mains de grandes richesses et une immense influence.

Le personnel du clergé anglais pour les 12,527 diocèses, paroisses j chapitres, prébendes , etc., s'élève à 7 ,095 individu.

(i) il y ados dîmes laïqnes, e'esl-a-dîn que dos courlisans<de Henri vin, ayant reçu en pur don dis propriétés monacales ■ les noovenii venus nui profité de Ions un droitt des snoieusi Les dîmes eu étaient le principal

Celui d'Irlande, pour les 5,195 bénéfices, à 850 environ.

Les défenseurs de l'Eglise ont cherché, en établissant la moyenne des revenus, à prouver que les bénéfices n'étaient pas rétribués d'une manière exagérée; mais ils ont eu grand soin de ne pas faire mention des bénéfices appelés officiellement pauvres, poor livings, et qui produisent depuis 40 livres jusqu'à 150 livres. Ces bénéfices sont en Angleterre au nombre de 5,998, et tandis que les titulaires des autres jouissent de gros revenus, ceux-là sont presque dans la misère ; mais, au surplus, les heureux vicaires sont fort souvent en même temps les titulaires des poor livings.

Il existe \ 1,542 bénéfices avec cures d'âmes en Angleterre, sans parler de vingt-six sièges épiscopaux , des prébendes et canons, et autres dignités ecclésiastiques. Ces bénéfices sont occupés par 7,191 individus répartis de la manière suivante : 2,886 individus possèdent 7,057 bénéfices; 567 en possèdent 1,701 ; 209 en.ont 856, et 64 en possèdent 520.

Il y a un individu qui possède jusqu'à 11 bénéfices, un autre en possède 8; cinq en ont chacun 7; plus de 2,000 en ont chacun 2. Sur les 7,191, il n'y en a que 4,505 qui n'en ont qu'un seul : ce sont les poor livings en général.

On évalue à 764 livres sterling ou 19.000 fr. la moyenne de chacun de ces bénéfices; on peut se faire une idée de la fortune des pluralistes. Aussi les prêtres anglicans ont-ils tous les vices qu'amène le luxe, et pis encore ; ils courent les lieux publics, boivent outre mesure , sont prodigues et rapaces en même temps. Un évêque est cité pour son excellente meute de chiens courans. Plus de la moitié de ces bénéficiaires vivent éloignés de leur emploi; ce n'est pas que la loi ne soit formelle; mais on l'enfreint sans scrupule, parce que le gouvernement la met en oubli, et que c'est le clergé qui est chargé de l'appliquer. Un jour, on voulut poursuivre 200 non-résidens ; c'était à la requête du secrétaire d'un évêque: la chambre des communes craignit le scandale, elle arrêta la procédure. En 4827, pour 10,585 bénéfices, il y avait 6,420 non-résidens. Cela explique le grand nombre de révérends anglais qu'on rencontre dans toutes les plus belles villes de l'Europe, à Rome, el à Paris particulièrement.

Les revenus des évêques sont exorbitans; l'archevêque de Cantorbéry reçoit chaque année une somme de 40,000 livres sterling (1,000,000 fr.)! Il y a des gens qui s'indignent à cette évaluation ; ils la trouvent exagérée , fausse , menteuse. Les revenus du clergé sont estimés bien différemment dans les rapports officiels : or, il faut savoir que ces rapports officiels sont basés sur les valeurs qu'avaient en argent la dîme et la terre du temps de Henri YIII. Jamais budget n'a menti aussi effrontément. Pour se faire une idée du changement qui est survenu depuis ce temps dans les valeurs, il suffit de dire que la fondation de l'écolede Saint-Paul, par exemple, qui, en 1525, produisait un revenu de 122 livres sterling, en produisait un de 5.252 en 1820. L'hôpital d'IIemsworlh avait un revenu de 70 livres; le même fonds rapporte aujourd'hui 2,000 livres. La rectorie de Stanhope donne un revenu de 2.500 livres , et cependant elle n'est évaluée officiellement qu'à 67 livres. On conçoit les erreurs dans lesquelles peuvent tomber ceux qui ne connaissent pas l'origine des évaluations officielles.

Le clergé de Londres est le plus riche de la terre ; il y a des bénéfices qui valent 100,000 fr., dos prébendes 125,000, et la plupart des bénéficiaires sonl pluralistes. On conçoit bien qu'Us dédaignent leurs fonctions; ils ont îles curés qu'ils paient de 40 à 80 livres sterling pour les suppléer. Ils ont grand soin, dans le choix qu'ils l'ont île eossuppleans, de ne pas prendre des hommes dont les talons soient de nature à les éclipser et à nuire à leur propre réputation; ils vont

même jusqu'à prendre garde que l'extérieur de ces pauvres

hères soit moins avenant , moins imposant quo le leur. \ oilà pourquoi tanl de paroisses, qui tiennent à avoir un

bon sermon le dimanche, sont dans la nécessité de louer un prédicateur de leur chMx pour l'office du soir, qui n'est pas obligatoire, et encore sont-elles obligées souvent de se débattre contre la répugnance du titulaire , qui refuse de prêter sa chaire, et apporte à ces sermons volontaires toutes les entraves qui sont en son pouvoir. Les prédicateurs volontaires sont payés par souscriptions ; ils vont de porte en porte faire signer les paroissiens, qui pour quelques schellings se procurent ce passe-temps pour le dimanche soir.

La majeure partie des obligations et des devoirs du clergé de Londres est remplie par de pauvres prêtres qui ont eu dans leur jeunesse quelque mésaventure, et qui ont perdu leurs droits au patronage de l'aristocratie. Ces malheureux révérends vivent au jour le jour; ils ont des cafés attitrés où ils s'informent entre eux du besoin qu'on peut avoir de leurs services sur la place; c'est là que les hauts titulaires envoient chercher un aide lorsqu'ils en ont besoin. Les services de ces pauvres gens ne se paient pas bien cher.

SINGULARITES

Page 1