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LES FRERES MORAVES

L'association des frères Moraves, ou Hernhuttes, commença vers le milieu du xve siècle , dans l'année 4457. Le nom d'Hernhuttes leur fut donné par la suite, de celui d'un beau village qu'ils avaient bâti dans un endroit appelé le Hutberg, ou montagne de Hut.

Les frères Moraves jouirent pour la première fois d'une existence libre et indépendante vers le commencement du dernier siècle, en 4720, époque où le comte Zinzendorf leur accorda une protection spéciale , et leur assigna un territoire vaste et fertile.

Leurs établissemens peuvent être regardés , en quelque sorte , comme des couvens de protestans. Leur culte religieux tient du luthéranisme et du calvinisme. Dans leurs associations , qui sont extrêmement libérales , ils ne sont engagés par aucune espèce de vœux. Toutes leurs obligations sont volontaires , et cependant tout est en commun entre eux. Les hommes et les femmes demeurent ensemble comme dans les autres villes européennes, et les mariages se célèbrent comme dans le reste de l'Allemagne. Mais semblables aux associations formées par les jésuites dans le Paraguay , leurs sociétés offrent cette particularité remarquable , que le travail de chaque individu n'appartient pas à lui seul exclusivement , mais à la communauté dont il est membre. De cette manière , la société profite de l'industrie et des tàlens de chacun de ses membres , leur donnant en retour une récompense proportionnée à leur degré de mérite. Ils furent pendant long-temps dans l'habitude de manger tous ensemble, mais cet usage s'est insensiblement perdu à mesure que le nombre de leurs membres s'est augmenté. Il s'en est établi à présent dans les différais étals de l'Allemagne , en Saxe et en Prusse , aussi bien que dans la Moravie , où le voyageur trouve souvent des villages entièrement habités par eux. Ces villages se font remarquer par la plus grande propreté , ainsi que par l'ordre et l'union intime qui paraît régner entre tous les habitans. Ils sont en général si paisibles , et tout se fait chez eux avec tant de tranquillité , que dans le premier moment on serait tenté de croire que leurs hameaux sont déserts ou abandonnés.

Ces communautés , dont tous les membres sont véritablement frères , sont dirigées par un comité choisi parmi les vieillards les plus sages et les plus prudens. Les membres en sont élus tous les ans , et sont à leur tour soumis à la

censure d'un comité général composé des principaux fabricans, où de ceux qui dirigent les établissemens de la communauté. Les membres du comité n'ont d'autre avantage que celui d'être utiles à leurs frères. Lorsqu'un membre à été élu cinq fois de suite , le vieillard le plus âgé fait connaître les services qu'il a rendus à la société , et dès-lors on l'appelle toujours un frère tendrement chéri.

Jusqu'à présent les Hernhuttes ne se sont presque pas adonnés à l'agriculture. Le commerce et les différentes branches de l'industrie, sont leurs seules occupations. L'ordre qu'ils ont établi pour la répartition générale des profits de la communauté, est peut-être plus facile à suivre par un peuple marchand que par un peuple agriculteur qui, généralement n'est pas assez instruit pour tenir un compte exact des sommes reçues et dépensées. Ainsi, par exemple, le marchand , l'aubergiste , l'ouvrier , etc , sont payés par la communauté , et tout ce qu'ils reçoivent doit être versé dans la caisse générale , dont le montant est ensuite réparti également entre les vieillards et les infirmes , les jeunes gens et les hommes robustes ; tandis que les tarifs établis fixent le prix que chacun doit recevoir, suivant le métier qu'il fait , et son degré de lalens. De cette manière , ils évitent toute espèce d'altercations ou de querelles.

Les deux sexes vivent séparément jusqu'à l'époque du mariage ; les garçons forment , ensemble , une société ; les filles en forment également une entre elles ; mais ces deux communautés sont distinctes. Jusqu'à présent les Hernhuttes se sont efforcés de maintenir entre eux l'égalité la plus parfaite, et ils y ont réussi. Quant aux dogmes religieux., toute la société semble être ecclésiastique ; du moins toutes les entreprises se font au nom de la religion et seulement pour elle. On dirait qu'une autorité invisible régit cette église dans laquelle cependant il n'y a point de prêtre salarié. Le vieillard le plus respectable de la communauté remplit les devoirs du sacerdoce , et lorsqu'il croit quelque autre personne plus digne que lui de les exercer, il le prie au nom de la confrérie , de prêcher à sa place.

Telle est l'impression produite par les mœurs pures et austères, et la conduite vraiment chrétienne de ces Hernhuttes , que des étrangers qui les voient pour la première fois , se croiraient transportés au temps de la primitive église, ou penseraient du moins que la confrérie qu'ils contemplent est composée des pieux anachorètes du désert. Une douceur inaltérable , et la plus active bienfaisance, sont les traits dominans du caractère de ces hommes.

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