‹ Magasin universelChapitre 20 sur 320 · II. — MILAN (I · texte numérisé non relu

II. — MILAN (I

Il est presque impossible à un étranger d'étudier de près les mœurs des Milanais , parce qu'ils reçoivent peu et vivent fort retirés. On ne voit, à Milan, ni fêles, ni bals, ni réunions de toute espèce comme dans les autres capitales ; on y vit en famille et sans représentation d'intérieur. Aussi , dit-on que les mœurs y sout en général pures et patriarcales. Le théâtre est àpeu près le seul lieu de réunion. La plupart des familles aisées ont leur loge à l'année , et y reçoivent leurs amis, leurs connaissances. On cause, on se promène d'une loge à l'autre, et, comme ordinairement les mêmes opéras se jouent une quarantaine de fois de suite , on s'occupe peu du spectacle, et à l'exception des morceaux de chant les plus remarquables, on n'écoute guère le reste. Celte habitude de recevoir au théâtre, si nuisible à l'esprit de société, est indestructible dans toute l'Italie. Chaque femme règne dans sa loge, et, comme César, elle préférera toujours la première place dans ce petit empire, à la seconde dans un salon.

Le lecteur s'étonnera peut-être que le parterre puisse souffrir le bruit incommode de tous ces colloques particuliers. Riais, à Milan, le parterre n'est pas comme chez nous Il ne vocifère pas à chaque instant les cris : A la porte! et ne se bat pas à coups de poings avec ceux qui distraient son attention. Il est poli, doux et patient. Jamais de sifflets ni de cris inconvenans, même dans les petits théâtres; et d'ailleurs, il est en partie composé de femmes de la bourgeoisie.

Il faut remarquer aussi qu'il y a une grande différence entre les dernières classes du peuple d'Italie et celles de Paris. Je n'en veux pour exemple que l'ivrognerie, vice grossier, passion dégoûtante, dont nous observons journellement, parmi notre populace, les ignobles effets, et qui est pour ainsi dire inconnue en Italie.

C'est donc à tort qu'on s'est plu à répéter à tout propos, que l'Italien est un peuple abâtardi et démoralisé. S'il a des défauts. , il les rachète en partie par de bonnes qualités , et nul doute qu'en propageant les lumières parmi les masses, en s' occupant de développer les intelligences par une éducation publique sagement dirigée, on ne puisse un jour obtenir de lui les meilleurs résultats. C'est ce que semble avoir parfaitement compris l'empereur d'Autriche. Il n'est pas sans s'apercevoir ( ainsi que nous l'avons fait remarquer dans notre précédent article) que la législation au(richier.ne est peu en harmonie avec le caractère italien ; mais il espère que l'instruction, en adoucissant les mœurs, détruira celte incompatibilité apparente. Nous cilerons île lui à ce sujet une parole fort belle. Invité à établir pour la Lombardie une jurisprudence exceptionnelle, il s'y refusa, disant que la civilisation devait un jour rendre là son code b m, comme en Autriche; qu'il ne s'agissait que de l'y répandre : « Quand le peuple saura lire, ajoula-t-il, il ne tuera plus. » El, il faut le dire à l'éloge de ce monarque, l'instruction primaire a excité toute sa sollicitude. Le travail des écelas part du cabinet de l'empereur, qui examine lui-même les divers rapports d'inspection.

Ces écoles, calquées sur le modèle de celés que Marie- Thérèse fonda en Autriche, sont établies depuis unedixainc d'années dans le royaume lombai -do-vénitien ; le mot Scuolu s'y lit au-dessous des arn.es de l'empereur jusque dans les villages; et chaque commune, munie la plus peiiie, doit avoir son école, ou contribuer à l'entretien de celle où ses enfans vont apprendre à lire, lorsqu'elle n'en a point : cas du rcsic infiniment rare.

La destinée de Milan a toujours été, depuis les temps les plus reculés, de changer souvent de maîtres, el naturellement les mœurs de ces différens souverains ont influé sur celles de ses habilans. Ainsi les Espagnols leur ont laissé un certain ton de <ji<in<lrzzi qui se fait particulièrement remarquer chez la noblesse; les Français, pendant leur séjour dans ce pays, les ont reu lus plus sociables et moins

(i) "Voyez l" vol., TOg. S 15.

cérémonieux; et enfin, les Autrichiens leur ont transmis cette bonhomie et cette affabilité qui les caractérisent. Tel est le mélange de qualités diverses dont se compose le caractère milanais.

Quant aux usages du pays, ils n'offrent rien de particulier : ce sont à peu près ceux des autres capitales de l'Europe. Toutes les grandes villes se ressemblent, et ce n'est [.as là qu'il faut chercher des types originaux.

On suit, à Milan, les mêmes modes qu'en France; seulement les femmes de toutes les classes sont presque toujours coiffées en cheveux, même à la promenade ou dans les rues; quelquefois aussi elles jettent sur leur tête un voile de tulle noir qui leur sied à ravir. Dans l'été, elles portent d'ordinaire des robes à manches courtes, et celte mode gracieuse donne aux femmes dont la mise est la plus simple un air aussi distingué que celui de nos élégantes.

Il nous reste à dire quelques mots de l'industrie et du commerce de Milan.

La situation de celte ville en faisait, même autrefois, l'entrepôt général de toute l'Italie, et tous les arts y étaient cultivés avec succès. Une des brandies les plus importantes de son commerce était alors la fabrication des armes. Nous voyons dans Brantôme que les meilleurs fusils se (iraient de Milan dans le x vc siècle. Slrozzi et d'Andelau , colonels généraux de l'infanterie, réformèrent l'arquebuseiie de France .avec les armes du Milanais, que l'on regardait comme bien supérieures à celles de Metz el d'Abheville. Cette fabrication est tombée actuellement. Quant au commerce d'entrepôt, après avoir été quelque temps interrompu à cause de la concurrence de Gènes el de Venise , il a repris toute son activité, surtout depuis l'établissement des magnifiques roules du Saint-Colhard et du Simplon. Mais le principal commerce consiste aujourd'hui dans les soieries; et comme celles de Lyon, de Londres, elc, sont prohibées dans la Lombardie , les fabriques de Milan jouissent d'un monopole qui fait la richesse de cette ville.

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