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CHEZ LES SAUVAGES DE LA NOUVELLE-ZÉLANDE

Il est parfaitement démontré aujourd'hui que les naturels des archipels des Hébrides , des Marquises, de la Nouvelle-Zélande , et d'une quantité d'autres îles delà Polynésie, sont cannibales. Cependant on a remarqué que les Nouveaux-Zélandais avaient seuls la coutume de conserver les tètes de leurs ennemis comme des trophées de la victoire et comme des objets de leur mépris. On retrouve cette coutume parmi quelques tribus d'Afrique.

« Les premiers objets qui frappèrent noire attention dit à ce sujet le capitaine Tuckey, dans le récit de sa visite à la rivière Zaïre, Furent quatre crânes humains suspendus à un arbre. On nous dit que ces crânes appartenaient & des chefs ennemis , frits prisonniers dans le dernier combat, Ce.; victimes, ajoute le capitaine Tuckey, nous parurent avoir reçu le coup de grâce avant que la tête eût été séparée du corps. » Les naturels de la Nouvelle-Zélande cous,'; venl quelquefois aussi les tûtes de leurs amis; mais c'est dans l'intention de payer à la mémoire des morts un tribut dt respect el d'admiration, de montrer ces restes vénérés au> païens et aux amis absens au montent de la mort , 1 i de pouvoir, à certaines époques de l'année, célébrer, en l'honneur du défunt, des cérémonies funéraires.

Non-seulement le mode de préparation , usité par les naturels de la Nouvelle-Zélande, prévient la decompositioi avec le pins grand succès, mais encore les traits du visagt demeurent dans un état parlait de conservation. Quand k lèle a été séparée du corps, on brise avec un bâton ou une pierre la partie supérieure du crâne; on vide entièrement la cervelle, el on lave la cavité du crâne à diverses l'ois jusqu'à ce qu'elle soit bien nettoyée. On plonge alors la tci< dans de l'eau bouillante pendant quelques minutes; cequ fuit disparaître tout l'épidémie. On a soin , pendant celle

pcration ,

,„■,„,,„„, de ne point toucher à la chevelure ; car elle libérait aussitôt. Quand cette chevelure est refroidie, elle emeure fixée à la tète avec plus de force qu'auparavant. )e petites planchettes sont placées des deux cotés du nez , lin de lui conserver si forme naturelle; un autre petit

■orceau de bois est posé sur le nez pour empêcher qu'il ne e déforme, et l'on a soin de bourrer les narines avec des impoits de lin. On arrache les yeux, si ce sont ceux d'un hcf, et on les mange; mais on les jette dans tout autre as. On coud la bouche et les paupières pour qu'elles conervent leur forme.

On a d'avance creusé dans la lerre une espèce de four ju'on remplit de pierres que rougit bientôt le feu. Ce four, [ui est fermé de tous côtés, n'a qu'une ouverture pratiquée m sommet, et à laquelle la partie supérieure de la tête l'adapte parfaitement. Les pierres sont arrosées d'eau aussi iouvent que cela est jugé nécessaire. Il en résulte un nuage le vapeur et de fumée, qu'augmentent encore des feuilles imhibces d'eau et qu'on a introduites dans le four. La vapeur et la fumée pénètrent ainsi dans l'intérieur de la tète, :lonl la hase est placée , comme nous l'avons dit , à l'ouverture du four.

Pour entretenir la chaleur et la fumée , on a soin de renouveler souvent l'eau et les pierres. Le naturel qui est chargé de celle préparation, doit veiller à ce qu'il ne se forme point de rides sur le visage, et il passe souvent la main sur la peau , afin de prévenir loute altération dans les traits. Ce procédé exige de vingt-quatre à trente heures. Quand la tête a élé exposée au feu et à la fumée le temps nécessaire , on la relire du four , on la fixe sur un hâlon et on l'expose au soleil. On a coutume d'oindre fréquemment ces tètes avec de l'huile ; cette dernière opération n'est pas jugée indispensable ; mais on l'emploie pour donner aux (êtes une plus brillante apparence.

L'adoption de celle méthode , aussi simple ([«'efficace , mettrait à même de faire de bien précieuses collections de tontes les races d'hommes qui existent sur la surface du globe.

Les naturels montrent ces tètes avec orgueil clans leurs danses guerrières; et quand ils vont au combat, ils les étalent aux yeux de leurs ennemis, et les menacent du même sort. Les vainqueurs les apportent à leurs femmes et à leurs en fans, et les offrent à leurs idoles , en témoignage de reconnaissance pour la victoire qu'ils ont remportée.

Les têtes des chefs qui sont conservées par la méthode que nous venons de décrire, ne S'inl jamais vendues patleurs familles, pour qui elles sont des objets de respect et de vénération ; on ne cède aux étrangers que celles des ennemis. Voici comment s'exprime à ce sujet tin voyageur anglais qui visita les îles de la Nouvelle-Zélande en 1821) : « Je fis emplette, à la rivière Tamise , d'une tête de sauvage conservée; et ce qui est très-rare, je pus. en celte occasion, avoir connaissance du nom, de la dignilé et de l'âge de l'individu à qui elle avait appartenu. Ces- détails me furent fournis par celui qui l'avait tué. Cet individu était âgé de dix-huit ans environ ; il était tatoue depuis peu, et bien moins que les chefs de tribus ne le sont ordinairement. Il passait pour un guerrier fort distingué pour son âge; il était d'un caractère hardi et entreprenant; le premier au combat , c'était toujours lui qui immolait le premier homme : fait d'armes qui chez les sauvages est beaucoup admiré. Dans un engagement , ce chef blesse à l'abdomen par un autre guerrier célèbre, tomba, et avant de pouvoir se relever, il fut achevé par un coup de tomahawk asséné sur le crâne. En examinant ce crâne avec attention, il est aisé, dit notre voyageur, de voir la cicatrice, qui est de quelque étendue. »

Un jour d'été, en I7G5 , plusieurs étrangers de distinction étaient réunis dans le salon du château. On devisait, en attendant le dîner, et tout naturellement on s'entretenait de Voltaire, qui, en ce moment, n'était pas présent. Lord M... soutenait qu'un esprit aussi supérieur ne pouvait être accessible à cette bonté habituelle, qu'il désignait sous le nom de faiblesse humaine. M. de Gonve, procureur du roi auprès de la cour des monnaies de Paris, et l'un des plus riches financiers de l'époque, soutenait, au contraire, que plus un homme s'élève par son génie au-dessus de l'humanité , plus il tend à s'en rapprocher par une bonté véritable, dernière preuve d'un esprit supérieur. Un pari assez considérable est proposé et accepté , et l'on convient de tenter une épreuve tout-à-fait imprévue. Les dernières paroles venaient d'être prononcées lorsque Voltaire entra dans le sinon : à peine les premières politesses avaient été échangées , que M. de Gouve, qui se trouvait, à l'une des fenêtres du côté de Genève , s'écrie avec une surprise, parfaitement feinte : « C'est lui..., non, je nie trompe... ce ne peut être « lui. » — « Et qui donc? ciil lord M... » — « Rousseau « qui enlre dans la cour. » — « Rousseau ! s'écrieVollaire.. . «il oserait! Qu'on le chasse! Non, » reprend- il aussitôt d'un ton de voix visiblement ému , « non , qu'on l'accueille, « il doit être bien malheureux , puisqu'il vient ici chercher « un asile. » A ces mots, Voltaire s'avançait vers la porte du salon , lorsque des regards échangés lui apprirent qu'on venait de le soumettre à une pénible épreuve.

Maintenant donc que le lecteur impartial prononce , qu'il dise en conscience si l'auteur de vingt chefs-d'œuvres , si l'écrivain le plus fécond et le plus élégant de son siècle , si le poète le plus brillant et le plus gracieux de cette épocpie, n'était pas également inspiré par son cœur, lorsqu'il adopta la petite-nièce du grand Corneille , lorsqu'il défendit la famille Calas et les Sîïvéri , cl lorsqu'il décida l'affranchissement des serfs du Jura.

Aux détails que nous avens donnés (page 15) sur le séjour de Voltaire à Ferney, nous ajouterons une anecdote peu connue.

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