CANONS, BOMBES, OBUS
(Premier article.)
Le fondeur expose les métaux à une température suffisante pour les rendre liquides, et les coule dans des moules où ils reçoivent une forme convenable à l'usage qu'on veut en faire, tels que les ornemens de bronze et de fer, cloches, presses, machines, cheminées, plaques, etc. Le moule est établi en se servant d'un modèle en bois fait par nn menuisier-tourneur , el huilé pour éviter la déformation. Il y a aussi des modèles en fonte qu'on destine aux objets dont on doit tirer beaucoup d'exemplaires. En construisant les modèles , il faut avoir égard à la retraite que doit éprouver la matière fondue en se refroidissant.
On se sert d'un sable vert, mêlé d'argile et de poussier de charbon de bois , dans une proportion propre à éviter l'adhérence du métal : on tamise ce sable, on le corroie et on l'humecte. Le même sable ressert à faire plusieurs moules successifs. Dans une première couche de sable, on établit le modèle. On l'y fait entrer de moitié, en appuyant et frappant avec un maillet, puis on ajoute du sable qu'on tasse et qu'on saupoudre de charbon ; on frappe au maillet jusqu'à ce que la seconde moitié soit recouverte. Le tout est établi sur un châssis, et on retourne sans dessus dessous, pour tasser le sable de nouveau. Quand le moule est bien solide, on relire le modèle, on pratique les évens pour la sortie de l'air, et les jets pour la coulée; on fait sécher à l'étuve; on établit les châssis, et on y coule le métal réduit en fusion dans un fourneau à réverbère.
Les grandes pièces , telles que les arbres et les colonnes de fonte, les canons, les cloches, les statues se fondent sur les mêmes principes.
Les pièces sont ensuite réparées, ciselées, polies, etc.
Les plaques de cheminées, les gueuses, les saumons, se fondent dans des moules formés en enfonçant simplement le modèle dans le sable nivelé ou bien en creusant le moule dans de la pierre.
Ce qui importe surtout, quand on fond une statue ou des pièces délicates, c'est que l'alliage constituant le broni e soit très coulant, pour que le métal pénètre dans toutes les anfractuosités du moule, et qu'ensuite il prenne nue dureté telle qu'il puisse résister aux actions atmosphériques. Le châssis qui'porte le moule doit être établi avec la solidité qui lui permet de ne pas céder sous la pression du métal en fusion. Lu statue doit avoir l'attitude qui COQ-
vient pour que sa masse ne se renverse pas sous son propre poids. Il ne nous est pas possible d'entrer ici clans la multitude de détails que comporte ce bel art ; il nous suffit d'avoir donné une idée des procédés qu'il emploie.
La coulée des cloches, des timbales, des cymbales, des tams-tams, des canons, etc.,pne diffère pas de ce qu'on vient de dire; seulement les proportions des métaux qui constituent l'alliage varient selon la destination. Le bronze des canons est composé de cent parties de cuivre rouge et onze d'étain. Cette bouche à feu est un corps longuement conique terminé par la culasse et percé d'un trou longitudinal cylindrique, appelé amc. On y bourre de la poudre à canon, dont la charge, située au fond del'ame, communique au-dehors par un trou nommé lumière; le boulet, en fer fondu, est placé après la charge de poudre entre deux bourres, l'amorce est mise dans la lumière: lorsque cette amorce prend feu, la charge fait explosion et lance le boulet.
La bombe est, comme chacun le sait, un globe creux en fer fondu , qu'on bourre d'une charge de poudre par un trou ou œil, où l'on adapie une fusée de bois, et elle est lancée par l'explosion d'un mortier en fonte chargé de poudre ; la fusée prend feu et fait éclater la bombe.
Les mortiers et les canons sont fondus dans des moules , puis les canons sont tournés et l'ame est creusée par un forage. Voici comment on exécute ces opérations.
On exécute d'abord le modèle sur lequel sera fait le moule. Ce modèle est la figure exacte de la pièce que l'on veut fondre. Il se compose d'une piècecentraledebois, appelée trousseau , entourée d'une natte de paille tassée à coups de marteau, et recouverte d'une couche d'argile et de fiente de cheval délayée en pâte; cet ensemble est séché, puis façonné au tour suivant des proportions déterminées, et on y adapte des anses en cire et des tourillons en plâtre creux. Le trousseau est surmonté , du côté qu'occupera le petit bout du canon , d'un prolongement appelé masselolte, dont nous dirons l'usage.
Sur ce modèle ainsi achevé, on étend une enveloppe pâteuse de cendres et d'argile , de quatre ponces d'épaisseur. Quand cette première couche est sèche , on la recouvre de six autres couches successivement, dans lesquelles il entre de la fiente de cheval et de la bourre de vache ; puis on chasse le modèle du moule dont on vient de l'envelopper en poussant le petit bout et le faisant sortir par le gros; puis on fait à part la culasse et de la même manière que le corps du modèle, et on l'ajuste à ce corps avec un panier de fer armé de crochets. Le tout est assujéli par des bandes de fer.
Plusieurs de ces moules sont placés debout, la culasse en bas, dans une fosse, auprès du fourneau clans lequel fond la matière des canons. L'intervalle des moules est rempli de terre sèche et foulée. Le fourneau communique avec les moules au moyen d'un canal qui descend au fond de la fosse et entre dans les moules par le bas.
A un signal donné, on fait partir le tampon qui bouche le fourneau; le métal s'écoule en rivière de feu, s'introduit dans les moules, où il monte par sa liquidité en chassant l'air, en s'élevant jusqu'au haut de la masselotte, qui, par son poids , empêche les boursoufflures et les rides dans la pièce coulée', et il fond la cire qui tenait Heu des anses, et prend sa place. Trois ou quatre jours après la coulée, on déblaie les terres, et on retire les canons des moules. A cau.^e des déchets qu'entraîne la coulée et des masselottes , il faut employer une masse de métal double de celle dont se composera définitivement le canon.
Après avoir enlevé la masselotte et le jet qui tient à la culasse au moyen de la scie, on creuse ou fore le canon , soit en le fixant à une machine qui le fait tourner et l'appuie contre un foret immobile , solidement dressé dans la direction de l'axe du canon , soit en faisant tourner le foret luimême, et maintenant la pièce immobile ; dans les deux cas, on n'emploie d'abord qu'un foret d'un petit diamètre, et on
agrandit ensuite le trou avec d'aulres forets de p'us en plus gros. Ce travail se fait ordinairement à l'aide de machines à eau ou à vapeur. Pendant que la pièce est sur la machine à forer, on arronclit au tour sa surface extérieure. Les anses et les tourillons ne s'achèvent que plus tard.
A l'endroit où doit être la lumière, on perce un trou que l'on bouche avec un grain de cuivre rouge, préparé davance et d'un diamètre convenable, qu'on appelle le prisonnier. C'est dans ce grain qu'on perce la lumière ellemême.
On sait que les boulets sont des globes massifs en fer du poids de 4,' 8, i% X6, 24, 56 et 48 livres, selon le calibrdu canon. On coule les boulets dans des moules en fer fort mes de deux coquilles hémi-sphériques qui se rapportent exactement l'une sur l'autre, comme le couvercle et le fond d'une tabatière. La supérieure est trouée pour recevoir le jet, et assez pesante pour que le métal fondu ne puisse la soulever. La matière n'est versée qu'à petits filets pour éviter les soufflures. On fait ensuite rougir ces boulets, et on les frappe sur l'enclume pour en effacer les bavures et les inégalités.
Le volume d'une pièce de canon dépend du poids du boulet qu'elle doit projeter. Les pièces de campagne, qui sont de 4, 8 et 42 (c'est-à-dire "qui lancent des boulets de 4, 8 et 12 livres), pèsent autant de fois 450 kilogrammes qu'il y a de kilogrammes dans le boulet. Dans les pièces de siège , c'est 200 kilogrammes au lieu de 150. Dans les premières, la longueur de l'ame ou de la cavité du canon est dix-hui fois le diamètre du boulet; dans les ^secondes, elle vaut vingt fois ce calibre.
Les canons se chargent de la même manière que les fusils, proportion gardée, soit à boulels , soit à balles. Les bourres se font avec du foin, du gazon, de la terre. Pour un boulet de 4, il faut 5/4 de kilog. de poudre, et la portée est de 5,040 mètres, c'est-à-dire 9,120 pieds ; pour un boulet de 8, il faut X kilog. il A; sa portée est de 5,520 mètres ou 9,060 pieds; mais on ne tire guère les pièces de campagne à plus de X ,000 mètres.
Les bombes , obus , grenades , se fondent dans le sable dont se servent les fondeurs pour mouler. Le modèle est en cuivre, et formé de deux coquilles hémisphériques. L'œil par où la bouche est chargée et enflammée est sur leur cercle de jonction. Un noyau en terre ménage la chambre intérieure ; ce noyau est soutenu dans le moule par une barre de fer. On coule le métal dans ce moule au moyen d'une cuillère enduite d'argile. On sait que la bombe a des anses et un anneau pour la manœuvrer ; dans la partie opposée à l'œil, est un culax ou partie plus épaisse que le reste.
Les mortiers avec lesquels on lance les bombes sont des espèces de canons très courts , composés de deux cylindres sur le même axe. La longueur de leur ame est une fois et demie le calibre de la bombe , et dans le fond, elle est terminée par une cavité hémisphérique vis-à-vis l'endroit où les deux cylindres se pénètrent. On ménage en dehors de la lumière une saillie pour retenir l'amorce. On sait que le mortier est sur un affût. Ceux de siège sont placés sur une base fondue avec le mortier lui-même.
Les espèces de petites bombes appelées obus se fondent comme les autres; eiles n'ont pas d'anses, et participent, comme on sait, de l'effet des boulets et des bombes, en ricochant comme les premiers' et cclalanl comme les secondes. Les olusiers ressemblent aux canons; mais ils ont une chambre pour recevoir la charge, comme les mortiers. II y a des obusiers de 6 et de 8 pouces montés sur des affûts de campagne. On les charge aussi dans les batailles avec des cartouches à balles. L'obusier se fond comme le canon.