DES MARIAGES EN CHINE
Il arrive souvent qu'on contracte des alliances pour des enfans qui ne sont pasencores nés. Deux femmes enceintes se promettent mutuellement de marier les enfans qu'elles portent dans leur sein , supposé qu'ils soient de différens sexe; et pour rendre la promesse plus obligatoire, on dépose des arrhes, une bague et un bracelet destinés a celle qui mettra au monde une fille, et deux éventails de la même forme et couleur qui seront pour celle qui accouchera d'un garçon ; celte convention une fois faite , il est presque impossible de se rétracter. On écrit ensuite la promesse du mariage mutuelle dans un livre doré sur tranche qui ne contient qu'une feuille; après la naissance de la fille, on écrit,'sur ce livre son nom , ceux de ses père et mère, et le lieu de sa naissance. On envoie en cérémonie ce livre aux païens du garçon, qui , de leur côté, en envoient un semblable aux païens de la fille.
Ces formalités une foi* remplies, on ne peut plus reculer; il faut que le mariage ait lien, excepté le seul cas où un des futurs époux serait lépreux. Aussi, dans l'affaire du mariage , il n'est pas question du consentement des parties contractantes, puisqu'il est conclu parles parens bien longtemps avant qu'elles soient dans le cas de le donner; voilà pourquoi on voit en Chine tant d'unions mal assorties, tant de femmes mariées qui ne trouvent de fin à leurs malheurs domestiques qu'en se pendant ou en se noyant. Ordinairement ce ne sont pas les parens qui font les premières démarches pour conclure un mariage ; il y a des négociateurs d'office des deux sexes qui en font métier, comme pour les autres genres de commerce , moyennant un droit de courtage.
C'est un déshonneur pour les filles de n'être pas déjà fiancées a l'âge de dix ans ; lorsque cela arrive,. on dit que
le commerce va mal. Parvenue à l'âge de quatorze et quinze ans, une fille ne peut plus sortir de la maison, ni se présenter à des étrangers qui entrent chez elle. Lorsqu'on se dispose à faire les fiançailles, les parens du garçon avertissent ceux de la fille de fixer le jour , et lorsqu'il est arrivé, l'entremetteur du mariage, accompagné de deux hommes et d'autant de femmes (ces dernières sont ordinairement de la lie du peuple, désignées sous le nom vil de femmes aux longs pieds, parce qu'on les leur a laissé croître dans leur dimension naturelle), se présentent à la maison des futurs époux, avec les présens, d'usage, renfermés dans dilférens paniers, dans l'un desquels se trouvent les deux livres dorés sur tranche dont on a parlé plus haut, et autour desquels sont placées différentes espèces de fruits, selon l'étiquette. Aux quatre coins du panier sont des piastres rangées en piles. Un autre panier contient un jambon frais, pesant environ douze livres; le pied du jambon doit être envoyé au beau-père de la future. Un troisième panier renferme du vermicelle.
A l'arrivée des porteurs , on tire des pétards pour annoncer la nouvelle aux voisins et aux environs , et l'on allume deux cierges de couleur rouge, que l'on place à l'entrée du premier appartement; alors la fiancée vient et partage le jambon aux personnes présentes; mais le nombre en est souvent si grand qu'à peine y en a-l-il une bouchée pour chacun. De son côté, elle renvoie au futur époux le pelit livre qui contient la promesse de mariage, avec autant de paniers qu'elle en a reçus et contenant des présens de la valeur de ceux qu'on lui a offerts ; Ils sont cependant d'un genre différent, et consistent principalement en fruits divers, divisés en seize paquets, dont chacun doit avoir sur les angles une certaine ileur posée sur un papier rouge. Le fiancé reçoit aussi de sa belle mère de petits cadeauxde peu de valeur,qu'il distribue à l'instant aux personnesprésenles. Parmi ces cadeaux, la graine de citrouille séchée au soleil compte pour un. Après les fiançailles, le jeune homme ne peut, sous aucun prétexte, approcher de l'habitation de sa fiancée, qu'il ne doit voir que le jour de ses noces. Le père de la fille ne tarde pas à demander de l'argent à son gendre futur. La somme la plus modique, pour prix d'une femme, est d'environ 40 piastres. Le prix le plus ordinaire est de 70 à 90 taëls : le taël vaut environ 7 fr. 30 c. Le futur époux n'a sa femme que lorsqu'il a payé entièrement le prix convenu, sans compter les frais de noce.
Le jour du mariage étant arrivé, le courtier, accompagné des porteurs de palanquin, et suivi d'une commère destinée à diriger la nouvelle mariée, prend lesdevans, après avoir toutefois consulté un astrologue pour savoir si le jour est heureux ou néfaste; clans ce dernier cas, on se munit d'une grosse pièce de chair de porc crue , afin que le démon qui , sous la forme d'un tigre, penserait à contrarier la noce, tout occupé de dévorer ce morceau, la laisse tranquille, et ne fasse rien de fâcheux.
De son côté, la fiancée, levée avant l'aurore, fait une toilette complète , se parant de tous ses joyaux et de ses plus riches vêlemens, qui sont recouverts par d'autres moins somptueux , le tout est recouvert d'un habit de noce qui n'est qu'une grande mantille qui l'enveloppe tout entière. On l'affuble d'un énorme chapeau en forme de coibeille , qui lui descend presque aux épaules et lui couvre toute la figure. Ainsi parée , elle monte dans un palanquin rouge porté par quatre estafiers. Sur la route , tous les passans doivent lui céder le pas, fût-ce le vice-roi lui-même.
Le palanquin est entièrement fermé, de sorte qu'elle ne peut ni voir ni être vue. A quelque distance, suivent un ou plusieurs coffres de la même couleur que le palanquin, contenant les hardes de la nouvelle mariée. Le plus souvent, ils ne renferment que de vieilles jupes et des chiffons sur lesquels on voit souvent pulluler toute sorte de vermine. Il s'y trouve toujours un rideau de lit, article indispensable, et qui, selon sa valeur, lui procure une réception plus ou moins favorable chez son futur. Il est d'usage que toutes
les personnes qui forment le cortège pleurent jusqu'à leur arrivée à la maison du mari. Il y a des larmes de douleur et des larmes de joie. Les Chinois ont les unes et les autres quand ils veulent. Enfin, un courrier qui devance le cortège de quelques minutes , arrive tout essoufflé, frappe rudement à la porte du futur, et s'écrie d'un air empressé : La voilà! la voilà! Aussitôt un grand nombre de pétards, au bruit desquels se joignent les sons discordans de plusieurs instrumens de musique, annoncent l'arrivée de l'épouse, qui s'arrête à l'entrée de la maison ; le futur va vite se retirer dans une chambre où il se renferme, regardant de temps en temps par le trou de la serrure pour savoir ce qui se passe.
L'entremetteuse qui a accompagné l'épouse prend un pelit enfant, s'il y en a un dans la maison , et luirait saluer la jeune dame qui vient d'arriver, après quoi elle entre dans la chambre du futur pour lui annoncer l'arrivée de l'épouse. Celui-ci affecte un air indifférent à tout ce qui se passe, et paraît occupé à d'autres affaires. Cependant il sort avec l'enlremelleuse , s'avance d'un pas grave , s'approche du palanquin , en ouvre la portière d'un air ému et tremblant; l'épouse en sort, et ils s'acheminent tous deux ensemble vers la tablette des ancêtres qu'ils saluent par trois génuflexions; ils! se mettent ensuite à table l'un vis-àvis de l'autre; l'entremetteuse les sert, le mari boit et mange, mais l'épouse n'en fait (pie le semblant, car son énorme chapeau qui lui couvre la figure l'empêche de rien porter à la bouche. Le repas fini , les époux entrent dans leur chambre. Tous les assistans attendent avec une vive anxiété le résultat de celte première entrevue, car c'est alors seulement que le mari ôle le chapeau de sa femme, et voit sa figure pour la première fois de sa vie. Qu'elle soit jolie ou laide, borgne, chassieuse, difforme, etc., il faut qu'il prenne son parti et se résigne à l'avoir pour femme légitime; et, quel que puisse être son désappointement dans celte circonstance, il doit le dissimuler et paraître au dehors content de son lot.
Après que le mari a considéré quelque temps sa femme, les parens, amis et conviés entrent dans l'appartement pour en faire autant et la contempler à loisir ; et chacun a droit de dire tout haut sur son compte le petit mot. Les femmes surtout exercent leur censure avec une grande liberté ,: et prennent leur revanche de ce qui leur est arrivé à ellesmêmes. Après cet examen, la fiancée est présentée d'abord à son beau-père et à sa belle-mère qu'elle salue respectueusement, et ensuite à srs parens.
Le second jour des noces, le mari porte aux mêmes convives une autre carte d'invitation avec les mêmes formalités que la première fois. Ce jour-là, la nouvelle mariée va présenter ses respects aux femmes qui ont honoré la fête de leur présence , et fait à chacune d'elles une génuflexion ; elles, de leur côté, lui font présent chacune d'un anneau ou de quelque autre bijou , qui doit valoir au moins 40 sapèques. Les jeunes invités se réunissent et font cadeau au nouveau marié de deux lanternes chinoises. Durant la nuit, tous les convives réunis font une espèce de charivari aux époux. Au milieu du tumulte, et lorsque ceux-ci sont censés endormis , les premiers (entent d'entrer dans l'appartement , soit en essayant de forcer la porte d'entrée , soit en pratiquant une ouverture dans le mur , pour tâcher d'enlever les vêlemens des époux ou d'autres objets. S'ils réussissent , le mari est obligé de racheter à prix d'argent les objets volés.
Dans les cérémonies qui accompagnent la célébration du mariage, la gravité chinoise n'admet ni les danses ni ces élans de gaîté qu'on voit parmi nous dans les mêmes circonstances; mais d'un autre côté, ils se permettent sans scrupule des propos licencieux et des actes indécens.
Les instumens de musique ne cessent de jouer tout le temps de la fête , qui se termine par quelque farce jouée par des bateleurs de profession.
Avant de se retirer , on fabrique un pelit maunequin
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représentant un enfant qu'on porte au lit des époux , dans l'espoir de voir naître bientôt un garçon. On le donne ensuite aux comédiens avec une poignée de sapèques pour leur salaire.
Si le père ou la mère d'un des époux venait à mourir, il faudrait différer les cérémonies du mariage pendant les deux ans que dure le deuil. La même interdiction a lieu dans toute la Chine à la mort de l'empereur.
Les 42e, 15e et 14e de la lune sont des jours de fêtes consacrés aux génies. A cette époque , dans les villages où il y a des personnes mariées dans le courant de l'année, tous les habitansdes deux sexes se réunissent et vont, dans la nuit, rendre visite à la nouvelle mariée , qui les reçoit debout devant son lit, ayant son mari à côté d'elle. On ne lui adresse point la parole ; on l'examine bien comme une pièce de curiosité. Elle ne dit. rien non plus, mais le mari prend la parole et fait un pompeux éloge de sa femme et surtout de ses perfections extérieures ; il leur fait remarquer ses belles mains, ses pieds mignons, ses yeux fendus en biais. Ensuite il régale les visiteurs d'une tasse de thé et d'une pipe de tabac. Les femmes sont admises après les hommes , et elles examinent à leur tour la nouvelle mariée et ses ajustemens. Elle leur adresse peu de paroles et parle avec beaucoup de retenue , de peur qu'on n'interprète ses discours avec malignité.
La fête du mariage finie , le gendre ne peut entrer clans la maison de son beau-père, et vice versa, s'ils ne se préviennent mutuellement par un repas d'étiquette. Celte obligation remplie, ils peuvent ensuite se voir quanti bon leur semble.
DE L'ESCLAVAGE DES NÈGRES
La discussion soulevée récemment dans la chambre sur l'état de nos colonies et sur l'émancipation des noirs a confirmé les bruits répandus depuis long-temps sur les tourmens qu'endurent trop souvent les esclaves. En attendant que nous examinions avec nos lecteurs cette grande question , voici quelques-uns des faits qui ont été, à cette occasion, cités à la tribune.
, « Un négociant de New-Yorck en voyage à la Nouvelle-
Orléans > fut rendre visite à la femme d'un de ses correspondans, propriétaire d'esclaves. Ils avaient un enfant qu'il trouva assis sur un tapis ; pour amuser cet enfant, on fit venir un petit esclave du même âge. Ce dernier essaya de prendre à l'enfant blanc un morceau de gâteau. Pour le punir d'un acte aussi naturel , la mère blanche prit une corde de laiton , elle en frappa l'enfant noir dans la figure jusqu'à ce que le sang jaillit en abondance. Alors elle appela la mère esclave , lui disant d'emmener l'enfant, afin qu'elle ne fût pas fatiguée de ses cris. Le négociant, incapable de réprimer son indignation, lui fit des reproches auxquels on répondit en le priant de quitter la maison. Le lendemain, le mari, ayant rencontré le négociant, essaya d'excuser sa femme , en disant que telle était l'usage, du pays. »
« Des esclaves s'enfuyaient de l'une de nos colonies dans un canot qu'ils avaient enlevé , et emportaient avec eux une somme d'argent soustraite à leur maître. On les arrête en mer. L'un d'eux, Elysée, jeune noir, âgé de seize ans, s'était caché pendant quelque temps dans un asile où l'avaient reçu et nourri sa mère mulâtresse et une autre femme de la même couleur. Elysée et ses complices sont pendus et étranglés. Sa mère et l'autre mulâtresse sont forcées d'assister à ce supplice. La seconde est fouettée, marquée d'un fer rouge qui imprime sur son dos les trois lettres G, A, L, et envoyée aux galères pour y travailler à perpétuité avec les forçats ; la première, par faveur insigne, est seulement jetée dans les fers. On la trouva moins coupable que sa complice: le fugitif qu'elle avait osé cacher et nourrir était sov fils. «
« La veuve d'un colon est convaincue de s'être livrée habituellement aux plus atroces cruautés contre ses esclaves , et en dernier lieu d'avoir grièvement blessé une négresse d'un coup de couteau. Dans le premier moment on la condamne à vingt ans de bannissement ; puis , quand la première impression est passée , on revient sur cette décision , et son exil est réduit à trois ans seulement. »
« Un colon de la Guadeloupe avait mis à mort son esclave, au moyen de la torture. On ne le punit que de dix ans de réclusion , tandis qu'en France, pour un pareil attentat, il eût été passible d'une peine bien plus grave. »
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ESPAGNE. — SARAGOSSE. — Siège de cette ville par les Français.
(Tour penchée de Saragosse
L'histoire des guerres de l'Europe moderne n'offre pas d'épisode plus terrible, plus sanglant, que celui du siège et de la prise de Saragosse. Il faut remonter jusqu'à l'antique héroïsme de Sagonte, pour trouver une cité dont la résistance puisse être comparée à celle de la capitale de l'Aragon. Cette ville, située sur la rive gauche de l'Ebre, comptant cinquante mille âmes environ , n'était point une place de guerre. Toutes ses fortifications consistaient en un mur d'enceinte , tenant aux maisons, haut de dix à douze pieds et destiné seulement à empêcher la contrebande. Mais les nombreux couvens, construits en pierre de taille, soit à l'intérieur , soit à l'extérieur de ses murs, la solidité de ses maisons, toutes voûtées, favorisaient les effort» d'une po- Tome II. 4^ Kïfij ï«35.
pulation animée du double fanatisme de la religion et de l'indépendance.
Quand la révolte de Madrid eut donné le signal de l'insurrection contre les Français sur tout le territoire espagnol (2 mai 4808) , le peuple de Saragosse investit du gouvernement civil et militaire de l'Aragon, don Joseph Palafox y Melzi , jeune officier de vingt-huit ans, qui possédait sa confiance. Vers le milieu du mois de juin 4808, le général Lefèvre-Desnouettes se porta de Pampelune sur Saragosse, et battit Palafox , le 4 août suivant; ses troupes pénétrèrent dans la place et se logèrent dans quelques couvens et maisons; mais le désastre de Baylen les força d'en sortir. Les habrrajis, fiers Se leur succès-, en rendirent
grâce à Notre-Dame-del-Pilar , patronne de Saragosse, que leurs prêtres les avaient habitués à regarder comme leur sauvegarde.
La présence de Napoléon ramena la victoire en Espagne. Le 20 décembre 4808, Saragosse fut de nouveau investi par les corps réunis du général Moncey et du maréchal Mortier, s'élevant à Irente-un mille hommes. L'armée assiégée était de cinquante mille hommes tant soldats que paysans. Les habitans capables de porter les armes avaient tous reçu des fusils fournis par les Anglais.
Le 22 janvier 1809, le maréchal Lannes prit le commandement des troupes de siège. Le 26 , toutes les batteries contre la ville étant terminées , cinquante pièces d'artillerie tonnèrent dès le matin et rendirent la brèche praticable. Maîtres de l'enceinte de la ville et de plusieurs maisons qui l'avoisinent , les Français s'y fortifient. Alors commence un nouveau genre de guerre. Les assiégés se défendent de rue en rue, de maison en maison, d'étage en étage. Hommes, femmes, enfans, prêtres , moines , tout combat , tout brave la mort. La sape et la mine sont employées pour réduire des adversaires qui ont l'avantage du nombre et de la position. L'intérieur de la ville, sillonné de boulets, d'éclats de bombes n'offre qu'un amas de débris et de cadavres. La peste réunit ses effets meurtriers à ceux des armes. Depuis le commencement de février quatre cents personnes succombent tous les jours et restent sans sépulture.
Cependant le peuple ne veut pas entendre parler de capitulation. Palafox est placé sous la surveillance de trois moines et de trois hommes sortis des derniers rangs ; ils ont mission de l'empêcher de fuir ou de se rendre. Enfin, attaqué de l'épidémie qui ravage la ville, Palafox se démet de son autorité, et désigne pour son successeur le général Saint-Marc, qui consent à présider une junte créée sur-lechamp. Le 20 février l'attaque continué, et la défense n'est pas moins opiniâtre ; le général français prend des mesures pour que, le lendemain, la ville soit ensevelie sous ses ruines. A quatre heures du soir une députalion de la junte vient traiter de la reddition de la place, et Saragosse se rend à discrétion.
Le 21, à midi, la garnison, réduite à quinze mille hommes, défile et pose les armes. La conquête des Français n'est qu'un vaste cimetière : cinquante-quatre mille personnes avaient péri pendant le siège ; plus de mille habitans moururent encore après la capitulation. Saragosse présentait le plus hideux spectacle. «Jamais peut-être, dit un historien, le démon de la guerre n'avait accumulé tant et de si épouvantables maux sur une surface si étroite. Triste condition des hommes , qu'il faille célébrer comme un événement heureux pour les vainqueurs une si horrible destruction. »
L'aspect que présente Saragosse est celui d'une ville riche au milieu d'une plaine étendue et fertile; le terrain offre peu de mouvement; mais les environs sont embellis par une culture variée et par des édifices curieux.
La situation de celte ville est superbe; la plaine qui l'environne est animée par deux rivières, le Galèzo et la Huerva, qui coulent à peu de distance de ses murs dont les pieds sont baignés par l'Ebre , fleuve majestueux. Le nouveau canal d'Aragon parcourt le territoire de Saragosse; des jardins immenses étalent tout autour' les richesses les plus variées de l'agriculture. La pureté du ciel, la douceur du climat, jointes à la fertilité du sol, font de ,ce pays un séjour on ne peut plus agréable.
Saragosse est mu: des plus grandes villes de l'Espagne; mais sa population ne répond pas à son étendue. Elle ne s'élève pas a soixante mille habitans.
La plupart des nies de Sarragosse sont étroites, irrégulières, pavées avec des cailloux bruts, sur lesquels on marche avec peine. Dans le petit nombre de celles qu'on peut Citer pour leur largeur el leur alignement, on doit distinguer la rue Sainte ((.'«flc-S'rtiiJrt).
Parmi les monumens ;de Saragosse , il en est un qui étonne les" voyageurs ; c'est la Tour-Neuve, ainsi appelée depuis l'année 4504, époque de sa fondation. Cette tour est inclinée d'un manière surprenante et rappelle la tour de Pise (Voy. page 9 tre année). Elle] est bâtie en briques, et d'une grande hauteur ; on y monte par un escalier de deux cent quatre-vingts marches. (Voyez la gravure.)
Cette ville possède plusieurs églises qui méritent d'être visitées ; celle de Notre-Dame-del-Pilar surtout renferme des beautés de toutes sortes. On peut dire que les arts se sont réunis pour décorer l'intérieur de ce temple. On y a prodigué tous les embellissemens qui pouvaient lui donner un caraclère auguste, et on l'a fait avec une richesse, une magnificence et une profusion peu communes. L'architecture, la peinture, la sculpture y offrent à l' envi leurs trésors. Les marbres les plus beaux et les plus recherchés, l'or , l'argent , y étalent leur éclat ; des bas-reliefs et des statues de marbre blanc , des corniches , des incrustations de marbres verts, noirs, jaspés, blancs, variés à l'infini, s'y voient de tous côtés. Peut-être pourrait-on trouver à redire à cette extrême recherche de l'architecture. Il y a dans plusieurs parties du temple un excès d'orne mens et un peu de confusion dans les détails.