MOEURS DES ARAIGNÉES
' Les espèces qui composent la famille des araignées , habitent la plupart nos demeures : ce sont elles qui fabriquent ces toiles suspendues dans les embrasures des fenêtres et les encoignures des murailles et des plafonds. Un naturaliste a observé avec soin le travail de l'araignée. Nous croyons devoir rapporter ici textuellement la description qu'il en a donnée :
« Lorsqu'une araignée fait cet ouvrage dans quelques coins d'une chambre , et qu'elle peut aller aisément en tous les endroits où elle veut attacher ses fils, elle écarte les quatre mamelons, et en môme temps il parait à l'ouverture de la filière une très petite goutte de liqueur gluante, qui es) la matrice de ses (ils; elle presseavec effort cette petite goutte contre le mur, qui s'y attache par son gluten' naturel, et l'araignée, en s'élnignant de cet endroit ,' laisse échapper par le trou de sa filière, le premier lil de la toile qu'elle veut faire, élanl arrivé 6 l'endroit du mur où elle veut termincf la grandeur de s« toile, elle y presse, avec
son anus, l'autre bout de ce fil, qui s'y colle de même comme elle avait attaché le premier bout,- puis elle s'éloigne environ de l'espace [d'une demi-ligne de ce premier fil tiré; elle y attache un second fil qu'elle tire parallèlement au premier, étant arrivée à l'autre bout du premier fil, elle achève d'attacher le second contre le mur,, ce qu'elle continue de même pendant toute la largeur qu'elle veut donner à sa toile : après quoi elle traverse en croix ses rangs de fils parallèles , attachant de même l'un des deux bouts contre le mur , et l'autre bout perpendiculairement sur le premier fil qu'elle avait tiré, laissant ainsi tout-à-fait ouvert l'un des côtés de sa toile, pour y donner une entrée libre aux mouches qu'elle y veut attraper, et comme ces fils, fraîchement filés, se collent contre tout ce qu'ils touchent , ils se collent en croix les uns sur les autres, ce qui fait la fermeté de cette toile.
Afin que les fils qni se croisent se collent ensemble avec plus de fermeté, l'araignée manie avec les quatre mamelons de son anus et elle comprime en différens sens tous les endroits où les fils se croisent à mesure qu'elle les couche les uns sur les autres , elle triple ou quadruple les fils qui bordent sa toile , pour les fortifier et les empêcher de se déchirer aisément. »
Le cœur, situé dans l'abdomen, s'étend dans toute sa longueur et présente un renflement considérable ; dans les vaisseaux soyeux dont nous avons parle plus haut, s'élaborent ces fils, avec lesquels les individus des deux sexes ourdissent des toiles d'un tissu plus ou moins serre, variant aussi, d'après les mœurs particulières des espèces, quant à la forme et à la situation. Ces toiles , fait unique dans I'Imfloire des animaux, et qui nous montre la sage prévoyance île l'auteur de la nature, sont des pièges où se prennent et s'embarassent les insectes dont les araignées se nourissenl; comme ils pourraient cependant se dégager par des efforts multipliés, ou à raison de leur force ou du peu de résistance du filet, l'araignée, qui se lient tranquille, tantôt au centre de la toile, tantôt à l'un des angles, étant avertie par la commotion imprimée à son habitation , se rend aussitôt auprès de sa proie , la perce de son dard pour que l'action du venin l'affaiblisse, ou la garolte avec une couche de nouveaux fils; quelquefois aussi elle l'emporte au fond desa retraite, elle la suce et rejette ensuite son cadavre. Quelques espèces la laissent sur la toile , et les débris des victimes de leur voracité y sont même disposés en certain ordre. De simples fils , épars çà et là , suffisent à des espèces qui ne vivent que de très petits insectes. Il est néanmoins des araignées , telles que les vagabondes , qui ne construisent pas de toiles; les unes se tiennent à l'affût, attendent qu'un insecte, qu'elles sont assurées de vaincre, s'offre à leurs regards, s'approchent tout doucement de lui , s'en emparent ensuite en sautant brusquement. D'autres vont à la chasse , et c'est souvent la nuit. Les fils qui retiennent la toile sont plus forts que les autres ; lorsque l'animal veut s'établir au-dessus d'un ruisseau ou d'un espace qu'il ne peut franchir à la course, il se borne à fixer contre un arbre ou quelqu'autre corps , l'un des bouts de ces premiers fils, aiin que le vent ou le moindre courant d'air pousse l'autre extrémité au-delà de l'obstacle, qu'il puisse être arrêté, au moyen de sa viscosité, ù un autre point d'appui , et former ainsi une sorte de pont assez fort pour supporter le corps de l'aranéîde. Divers trajets successifs lui permettront ensuite d'ajouter de nouveau fils à celui-ci , et de lui donner la solidité convenable. On a essayé de tirer parti de celte soie , et l'on est parvenu, en la filant, à fabriquer des gants et des bas : mais ces essais sont plus curieux qu'utiles.
On a beaucoup varié sur la formation des corps blancs et filamenteux , connus du vulgaire sous le nom île fils de la vierge, qui voltigent dans l'arrière-saison. et toujours lorsque la matinée est brumeuse. Les uns ont regardé ces Bis comme une production météorique; niais il est bien probable que ces fils sont produits par de petites araignées
pour la plupart assez multipliées et alors rapprochées les unes des autres. L'analyse chimique a constaté l'identité des deux substances.
Le mâle. ne s'approche de la femelle qu'avec une grande circonspection, car ces animaux n'épargnant pas leur propre espèce, il s'exposerait à êlre dévoré par sa compagne. La femelle de l'araignée domestique peut produire plusieurs générations successives, même en vivant entièrement isolée à partir d'une époque donnée. On en a conservé ainsi quelques individus l'espace de cinq à six ans.
Toutes les femelles, sans en excepter les araignées vagabondes, sont pourvues d'un réservoir de matière soyeuse qui doit êlre employée au cocon renfermant les œufs. Les fils dont il se compose sont souvent différais en épaisseur et en couleur; ceux de l'intérieur forment une sorte de bourre assez fine, noirâtre, et qui est pour les œufs une espèce d'édredon. Il n'y a fréquemment qu'une ponte par année. Mais parmi ceux qui ont été pondus vers la fin de l'automne, il y en a, tels que ceux de l'épeïre-diadème, qui ne se développent qu'au printemps de l'année suivante ; les diversités d'âges en entraînent souvent aussi dans les couleurs; celles des plus jeunes sont moins mélangées.
Les naturalistes distinguent parmi les araignées les tendeuses, qui attendent leur proie dans leurs toiles; les chasseuses et les vagabondes ; les mygales ou araignées crabes de l'Amérique, qui sont presque aussi grosses que le poing, et dont quelques-unes, nommées aviculaires, se nourrissent de petits oiseaux, tels que les oiseaux-mouches. Les araignées forment, avec les tarentules, les scorpions, les
(Mygale avicu'aire. )
faucheurs des murailles, les mites, les cirons , les acarus , la classe des arachnides. (Voy. Acarus de la gale page 6\ .)
Les caractères de cette classe d'insectes sont les suivans :
La tête forme , avec le thorax , une pièce unique de forme ronde ou carrée, qui porte les pattes (ordinairement au nombre de huit). Celte tête présente des points luisans qui sont des yeux simples, et qui varient pour le nombre et la situation. Pattes longues, terminées par des crochets. Le foie est remplacé par des vaisseaux biliaires flottant dans l'abdomen et communiquant avec les intestins.
Des observations ont prouvé que certaines arachnides ont la faculté de régénérer leurs pattes,' caractères coni-
(Araignée filcuse. )
muns aux animaux que les naturalistes ont désigné par le nom de Crustacés, et dans la classe desquels se trouvent les crabes , les écrcvisses , les homards, les langoustes , les crevettes.
FRANÇOIS Ier EMPEREUR D'AUTRICHE.
(Deuxième article.) (1)