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BLAISE PASCAL

Pascal (Biaise) naquit à Clermont en Auvergne en 4625. Son père, président à la cour des aides et plus tard intendant de la ville de Rouen , était un homme instruit. Il fut lui-même le précepteur de son fils et se retira de bonne'heure à Paris pour être à portée d'orner l'esprit de son élève de toutes les connaissances dont il paraissait avide. Les mathématiques eurent pour le jeune Pascal un attrait particulier ; mais son père voulut l'en détourner, de crainte qu'elles ne le dégoûtassent de l'étude des langues anciennes dont la connaissance approfondie était alors regardée comme

plus nécessaire que celle des sciences exactes. Le jeune Pascal, gêné dans son goût pour la géométrie, n'en devint que plus ardent à l'apprendre. On sait qu'il vint à bout de deviner, par la seule force d'un génie pénétrant, jusqu'à la trente-deuxième proposition d'Euclide. Cédant enfin , obéissant à une vocation si positive , son père lui confia les élémens de géométrie de cet auteur, et le jeune mathématicien s'en pénétra si bien, qu'à l'âge de 46 ans il publia un traité des sections coniques qui fut admiré des hommes consommés dans cette science. Descartes refusa même de croire qu'il fût de lui, et prétendit que son père lui en faisait honneur.

La grande application de Pascal affaiblit sa santé dès l'âge de 18 ans. Il en avait à peine 19 lorsqu'il inventa cette machine arithmétique si ingénieuse à l'aide de laquelle on pouvait faire toutes sortes de supputations sans plumes et sans jetons, et même sans savoir l'arithmétique. Cette machine était à la vérité composée de beaucoup de roues et d'autres pièces d'un volume fort embarrassant, de sorte que l'usage en était incommode.

De nouvelles découvertes ajoutèrent à l'admiration que le jeune Pascal inspirait déjà au monde savant. Un physicien italien, disciple du célèbre Galilée, Toricelli, avait trouvé qu'en remplissant de mercure un tube de verre fermé par un bout, puis le renversant de manière à faiie plonger l'autre bout dans un vase plein de mercure, sans permettre à l'air d'entrer dans le tube, Toricelli avait trouvé, dis-je,

( Biaise Pascal. )

que le mercure se soutenait dans ce tube à près de vingthuit pouces au-dessus du niveau du vase. C'était le baromètre. Bien que Toricelli eut compris la véritable cause de cet effet de suspension, on continuait à l'expliquer par une prétendue horreur naturelle du vide, horreur en vertu de laquelle le mercure restait dans le tube. Pascal admit dès l'abord l'opinion de Toricelli; il vit, comme lui, dans l'ascension de la colonne de mercure au-dessus du niveau du vase, un effet de la pression que l'air exerce sur tous les corps; mais il fit mieux encore; sur sa demande, un de ses amis s'éleva sur le mont d'Or, portant à la main un tube de Toricelli , et vit le mercure baisser à mesure qu'il s'élevait dans l'atmosphère. Dès-lors, il ne dût plus rester aucun

doute sur le fait de la pression de l'air, et Pascal associa son nom à celui de l'inventeur du baromètre (4).

Sans vouloir faire rénumération des travaux de Pascal , nous rappellerons seulementqu'ildécouvrit, quelques années après, la solution d'un problème proposé par le père Mer-

(i) Ceux de nos lecteurs qui n'auraient pas une connaissance assez étendue des effets de la pression atmosphérique et du baromètre, pourront recourir à un article que nons publierons bientôt dans le magasin Universel, sur celte théorie si importante et si féconde en applications usuelles. Ce sera pour nous une occasion de redresser plusieurs erreurs accréditées par la plupart des ouvrages de physique les plus répandus.

senne. A cette époque de luttes savantes et de pacifiques défis qui entretenaient parmi les savans le goûi des mathématiques, Pascal mit tous les géomètres de l'Europe en demeure de résoudre cette même question ; il consigna quarante pistoles pour celui qui trouverait la solution du problème; mais aucune n'ayant réussi , il mit au jour la sienne sous un nom supposé. Il inventa comme l'on sait les brouettes et les baquets, machines simples et pourtant fort ingénieuses , dont la seconde est une double application du treuil et du plan incliné. 11 est aussi une invention que l'on croit bien moderne et qui remonte , dit-on, à Pascal; c'est celle des omnibus. On trouva en effet, après sa mort, dans ses papiers, un projet d'établissement de voilures publiques à cinq sous.

B etiré à Port-Royal des Champs, où l'avait attiré l'amour de la science et de la solitude, Pascal embrassa le parti et la doctrine des illustres solitaires qui habitaient celte retraite et qui étaient alors dans l'ardeur de leurs disputes avec les pères de l'ordre de Jésus. Nous Be nous étendrons pas sur cette lutte fameuse que le public aurait depuis longtemps oubliée sans les lettres Provinciales que Pascal publia à cette occasion. Boileau les regardait avec raison comme le plus parfait ouvrage en prose qui fut dans notre langue. Bossuet , à qui on demandait lequel de tous les ouvrages écrits en français il aimerait mieux avoir produit, répondit: « les Provinciales. » — « Il faut , dit Voltaire , rapporter à ces lettres l'époque de la fixation du langage. »

Ruinée par le travail et la méditation, la santé de Pascal s'affaiblissait de jour en jour ; un accident terrible acheva de la détruire. Les médecins alarmés de l'état d'épuisement où il se trouvait, lui avaient conseillé de substituer l'exercice salutaire et agréable de la promenade aux méditations fatigantes du cabinet. Un jour du mois d'octobre 1654, étant allé se promener, suivant sa coutume , au pont de Neuilly , clans uu carrosse à quatre chevaux , les deux premiers prirent le mors au dents, dans un endroit où il n'y avait pas de parapet et se précipitèrent dans la Seine. Heureusement la première secousse rompit les traits qui les attachaient au train de derrière et le carosse demeura sur le bord du précipice. Mais on se représente aisément la commotion que dut recevoir la machine frêle et languissante de Pascal. Il eut beaucoup de peine a revenir d'un long évanouissement, et son cerveau fut tellement ébranlé, que le souvenir de cet accident le troublait sans cesse , surtout au milieu de ses insomnies. Il croyait toujours voir un abîme à son côté gauche, et y faisait mettre une chaise pour se rassurer, en prouvant à sa raison qu'elle était dupe de son imagination.

Pascal s'occupait dans les dernières années de sa vie d'un grand ouvrage sur la religion ; ses infirmités l'empêchèrent de l'achever, et il n'en resla que quelques fragmens, fort remarquables sans doute , mais écrits sans aucun ordre, que l'on a donnés au public sous le titre de Pensées de Pascal

Tous ceux qui approchaient Pascal reconnaissaient sa supériorité, et n'en élait pas blessés, parce qu'il ne la faisait jamais sentir lui-même. Il était d'une indulgence extrême pour les défauts d'autrui ; seulement, par une suite de l'attention qu'il avait de reprimer en lui les mouvemens d'amour-propre, il en aurait souffert difficilement dans les autres l'expression trop marquée; il disait à ce sujet qu'un honnête homme doit éviter de se nommer, que la piété chrétienne anéantit le moi humain, et que la civilité sociale le cache et le supprime. On voit par les lellres provinciales et par plusieurs autres ouvrages, qu'il était né avec un grand fonds de gaieté; ses maux mêmes n'avaient pu parvint-à la détrnire entièrement. Il se permettait volontiers

datlS la société les tailleries dunees cl ingénieuses qui n'offensenl puiul el qui i éveillent la langueur des conversai ions; elles avaient ordinairement nu linl moral ; ainsi , par exemple, il se moquail avec plaisir de ces ailleurs qui disent mon livre , mon Commentaire, mon histoire. « Ils feraient mieux,

ajoutait-il plaisament , de dire notre livre , notre commentaire, notre histoire; car d'ordinaire , il y a en cela bien plus du bien d'autrui que du leur. » Pascal mourut à Paris le 19 août 1688 , âgé de 59 ans seulement. Que n'eût pas produit sa haute intelligence, s'il lui eut été donné de vivre plus long-temps! a. H.

COUTUMES DU MOYEN-AGE

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