CHEZ LES HOTTENTOTS
Les frères moraves ont plusieurs établissemens de missionnaires dans l'Afrique méridionale. On sait que toutes espèces de propriétés leur sont communes. Ils se réunissent pour les repas, qu'ils prennent ensemble, et travaillent pendant la journée chacun au métier qu'il a choisi. Les métiers choisis de préférence en Afrique sont ceux qui peuvent être le plus utiles dans une société à l'état d'enfance. Le soir on va à l'église. Celui dont le tour de prêcber est venu commente un ou plusieurs passages de la Bible. D'un autre côté, l'instruction des naturels va son train. Outre la surveillance des jardins, les femmes sont chargées d'apprendre auxHollentotes les travaux d'aiguille, et chaque homme a un certain nombre d'apprentis indigènes auxquels il apprend son métier avec une patience exemplaire. L'excédant de leurs profits sur leurs dépenses est envoyé en Europe pour grossir le fonds commun de la société, et contribuer à l'établissement de nouvelles missions. Peut-on rien imaginer de plus beau que les sentimens de concorde et de philantropie dont ces hommes sont animés ?
Leurs mariages présentent une singularité bien bizarre. Ce s >nt, dans la véritable acception du mot , les résultats d'une espèce de loterie.
La société-mère, qui existe en Allemagne, leur envoie des femmes auxquelles on assigne d'avance tel ou tel mari. Quoique le sort ne les favorise pas toujours, ces excellentes créatures paraissent toutes également satisfaites. Il y en a qui sont échues à un borgne, à un boiteux , à un homme âgé : peu importe, d'autant plus que beauc >up d'entre elles échappent de la sorte aux risques d'un célibat perpétuel. En se rendant à Gnadendael, établissement moi ave qu'il avait déjà visité, un voyageur rencontra une sœur qui allait rejoindre l'époux dont on lui avait fait cadeau à quelques mille lieues de là. En cheminant avec son nouveau compagnon de voyage, elle l'accabla de questions sur le compte de son futur : était-il grand? était-il brun? était-il bon? était-il intelligent? Enfin tout ce qui peut intéresser une femme dans la personne qui doit partager avec elle les chances heureuses ou mauvaises de la vie. Le voyageur s'étonnait de son ignorance à cet égard , mais la bonne sœur ne faisait qu'en rire et en plaisanter.