LES SCORPIONS
Les scorpions vivent exclusivement dans les pays chauds des deux hémisphères , et sont si multipliés dans certains
(Le Scorpion de Ceylan. )
cantons, qu'ils sont, pour leurs habitans, un sujet continuel de crainte, et que, suivant même quelques témoignages, on s'est vu forcé de leur abandonner le terrain. La constellation zodiacale du scorpion nous annonce que la connaissance de cet animal remonte à la plus haute antiquité; son ef/igie est devenue l'expression symbolique du génie malfaisant; sur des pierres gravées antiques, qui nous retracent des traits de la mythologie égyptienne, Anubis est représenté en face du scorpion comme s'il voulait conjurer et anéantir l'influence de ce mauvais principe. Toutes les fables que la superstition et l'ignorance avaient enfantées, pendant un grand nombre de siècles, sur le compte de cet animal, sont exposées dans l'histoire naturelle cle Pline. On avait cependant observé qu'il s'accouplait , qu'il était vivipare, que son aiguillon était percé afin de donner passage au venin , et que ce venin était blanc- On avait encore remarqué que les femelles portaient leurs petits ; mais l'on supposait qu'il n'y en avait qu'un par mère; qu'il avait échappé , par ruse à la destruction quelle avait faite de sa postérité, et qu'il la vengeait en dévorant l'auteur de ses jours; selon d'autres cette mère était la proie de sa famille; mais il n'en est pas moins vrai que sa voracité était reconnue. On ne peut ranger au nombre de ces fables l'existence de scorpions à double queue , puisque la collection du muséum d'histoire naturelle en possède un de cette sorte. Il est encore possible qu'on ait trouvé des in-
dividus dont la queue était composée de sept nœuds, au lieu de six qu'elle a communément.
Les scorpions vivent à terre, se cachent sous des pierres ou d'autres corps, souvent dans les masures ou dans les lieux sombres et frais, et même dans l'intérieur des maisons; on en a aussi trouvé i!ans les lits; ils courent vite, en recourbant leur queue, en forme d'arc, sur le dos; ils la dirigent en tout sens , et s'en servent comme d'une arme offensive et défensive; ils saisissent avec leurs serres les cloportes et différens insectes, tels que des scarabés, des charançons, des orthoptères, les .piquent avec l'aiguillon de leur queue , en la portant en avant , et les dévorent ensuite, en les faisant passer entre leurs mandibules et leur mâchoire; ils sont friands des œufs d'aranéides et d'insectes, ils attaquent même des aranéides beaucoup plus grosses qu'eux, et paraissent leur faire une guerre particulière.
Ils varient beaucoup parla grandeur; ceux d'Europe n'ont guerre plus d'un pouce de long , au lieu que dans l'Inde, il y en a qui ont jusqu'à cinq pouces; on croit qu'ils sont très venimeux, et que la piqûre qu'ils font avec leur aiguillon donne souvent la mort, en introduisant dans la plaie une liqueur empoisonnée.
C'est une erreur de croire que tous ces animaux soient dangereux pour nous ; on a la preuve que ceux de la Toscane ne le sont pas , car les paysans de cette contrée les touchent et se laissent piquer par eux , sans en ressentir
aucune incommodité. Les essais de Rédi et de Maupertuis prouvent cependant qu'il ne f ..ut pas généraliser. Ces auteurs, qui ont fait plusieurs expériences sur l'effet du venin d'une autre espèce de scorpion , plus grande que la commune , celle que les naturalistes connaissent sous le nom de roussàtre (oçeitanas), et qui se trouve en Languedoc , à Tunis, en Espagne, etc., ont vu des jeunes pigeons mourir dans des convulsions et des vertiges , cinq heures après avoir été piqués , et d'autres qui n'ont donné aucun signe de douleur des blessures qu'ils avaient reçues. Rédi attribue cette différence à l'épuisement du scorpion , qui , selon lui, semble avoir besoin de reprendre des forces pour empoisonner une seconde fois ; ce dont il a vu la preuve dans une nouvelle expérience qu'il a faite après avoir laisse reposer le scorpion pendant une nuit.
Dans ses expériences, Maupertuis fit piquer plusieurs chiens et des poulets, par des scorpions du Languedoc; mais, de tous ces animaux, il ne mourut qu'un seul chien; il avait reçu à la partie du ventre dépourvue de poils , trois ou quatres coups d'aiguillons d'un scorpion qu'on avait irrité ; tous les autres chiens, même les poulets, malgré la fureur et les coups multipliés des scorpions récemment pris à la campagne , n'en souffrirent aucunement.
L'auteur de cette dernière expérience dit , qu'une heure après que le chien , victime de l'expérience , fut piqué, il devint très enflé et chancelant; il rendit tout ce qu'il avait dans l'estomac et dans les intestins , et continua , pendant trois heures, de vomir, de temps en temps , une espèce de bave visqueuse; son venire, qui était fort tendu, diminuait après chaque vomissement, et ensuite s'entlait de nouveau; les alternatives d'enflures et de vomisseinens durèrent environ trois heures, au bout desquelles le chien eut des convulsions; il mordit la terre, se traîna sur les pattes de devant, et mourut enfin cinq heures après avoir été piqué.
Le docteur Maccary a eu le courage de faire sur lui-même, et avec la même espèce de scorpion , des expériences qui prouvent que son venin peut produire des accidens assez graves, et qu'il est d'autant plus actif, que l'animal est plus âgé. On assure que plusieurs de nos soldats sont morts en Espagne de la piqûre i.e ce scorpion; des circonstances accidentelles, comme un état maladif, peuvent augmenter le danger.
La morsure des couleuvres d'étang ou même des champs, dit d'Opsonville (Essais philosophiques sur les mœurs de divers animaux étrangers), telles que celles que nous voyons en Europe, est communément aussi peu dangereuse; en Asie, une légère scarification, et l'application d'un peu de chaux vive ou d'une piè ce de cuivre rouillée de vei t-degris, que l'on fixe sur la plaie, peuvent suffire pour opérer la guérison. Ces deux receltes sont aussi employées contre la piqûre du scorpion (agrab en persan, qargouali en indoslan; — blanchâtre, australis, Linn.) qui, dans diverses parties de l'Asie, est presque aussi commun que l'araignée; quelques personnes se servent d'huile où l'on a rassemble et laissé digérer plusieurs de ces insectes; d'antres préfèrent écraser sur-le-cbamp l'animal lui-même, et l'assujétir sur la plaie; l'efficacité de la cautérisation est seule bien démontrée.
Quant au scorpion [noir (. l/cr, Linn.) qui vit'dans des fentes de rochers ou des creux d'arbres, et qui, quatre ou cinq fois plus gros que le précédent , peut causer la mort en moins d'une couple d'heures, les seuls remèdes sûrs sont les mêmes que ceux reconnus tels contre lesserpens les (dus venimeux : l'alkali volatil, des cataplasmes de bouillon blanc cl des Budorifiques, sont, en effet , les moyens curatifs que l'on peul employer. Olivier (l oyage en Perse) dit que fa piqûre du moi pion qui se nomme crassicauda, el
qui est lies commun dans le Levant, n'est jamais dangereuse pour 1.1 \ le el qu'on dissipe aisément les effets de son
venin par des remèdes analogues.