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TOMBEAUX DE SAINT-DENIS

Ce n'était pas assez pour la convention nationale d'avoir fait tomber la tête de Louis XVI et celle de la reine sous la hache révolutionnaire, d'avoir ajouté à ce sacrifice celui de tous les Français qui avaient appartenu au parti de la cour, et qui avaient eu l'imprudence de rester au milieu de leurs ennemis ; ce n'était pas assez d'avoir fait disparaître jusqu'aux derniers vestiges des institutions monarchiques , et d'avoir humilié et ruiné tout ce qui portait un

nom aristocratique, il fallait encore aux hommes exaltés qui gouvernaient le peuple français, par la terreur, l'épouvantable satisfaction d'insuller aux restes des antiques générations des rois de France. Ces hommes auraient voulu effacer jusqu'au souvenir de la royauié, faire, si cela eût été en leur pouvoir, que la France n'eût jamais connu la domination d'un seul; ils vouluient du moins effacer de nos monumens les signes qui rappelaient au peuple son an-

(Vue du caveau de la famille royale.)

cienne soumission, et avant tout, ils vouèrent à la destruction les tombeaux que nus pères avaient élevés à leurs rois.

Le 31 juillet 1795. la Convention rendit un décret qui ordonnait la démolition des monumens élevés dans l'église de Saint-Denis et clans toute l'étendue de la république, soit aux îois des trois races, soit aux membres de leurs familles.— Et le 12 octobre de la même année, ce décret fut mis à exécution par les soins de la municipalité de la ville de Saint -Denis, qui avait changé son nom contre celui de Franciade.

La convention n'avait pas simplement prescrit de renverser ces monumens historiques, et de déposer les cercueils dans quelque coin obscur de la basilique, elle avait ordonné que ces cercueils seraient fouilles, que les os-emens des morts et les chairs que le temps n'avait pas encore convertis en poussière, seraient extraits de leui enveloppe de plomb, et que ce métal serait déposé dan> les magasins de la république, pour être ajouté à celui dont elle avait dépouillé les temples.

La Convention n'avait eu garde aussi d'oublier les joyaux et les rii liesses de toutes sortes qu'elle supposait devoir être enfermés dans ces lombes royales. Qu'importait à ces hommes qui se disaient l'expression de la civilisation la plus avancée, les hommes du progrès social, la conservation de quelques ornemens dont les historiens, ou, si mieux vous aimez, les antiquaires, se seraient seuls montrés curieux. La Convention ordonna donc que les bijoux, les couronnes, les sceptres, et toutes les matières d'or et d'argent que l'on trouverait clans ces fouilles impies, fussent fondus et versés dans les coffres de l'Elat.

Et les ordres de la Convention furent exécutés; en quelques journées, la pioche des ouvriers eut ouvert, renversé, brisé, la plupart de ces antiques cénotaphes si précieux pour l'histoire des arts; la poussière et les ossemens blanchis cpie quinze siècles avaient respectés, les cadavres à demi-décomposés, les entrailles encore liquides des dernières victimes de la mort , tout cela fut jeté pôle mêle dans deux immenses fosses creusées dans la cour des Valois; et des fourneaux élevés à la hâte transformèrent en saunions les cercueils de plomb encore humides; et les ornemens d'or et d'argent, qu'on avait trouvés en bien petit nombre, furent transformés en lingots, dont la république fit quelques misérables écus ! lâche et mesquine vengeance que les républicains eux-mêmes de notre Age ont déjà jugée, et qui demeurera comme une des plus honteuses taches de la révolution française.

Heureusement pour l'histoire et pour les arts, quelques membres de la Convention demandèrent timidement qu'une commission, dite des monumens, fut adjointes celle qui était chargée de présider à cette œuvre de destruction; la Convention se laissa dire, sans entrer en fureur, qu'il était peut-être bon de conserver quelques-unes de ces ruines. Le vœu des artistes fut exaucé.

Alexandre Lenoir faisait partie de cette commission conservatrice; il dessina les monumens qu'il ne put arracher à la destruction ; il obtint plus tard d'un gouvernement plus éclairé le transport des autres dans ce musée des Angustins, si curieux, si fréquenté par les amis des arts, qu'il avait formé des vieux monumens français , et plus tard, ces derniers forent rendus à l'église Saint-Denis et reparés avec le plus grand soin.

Depuis la chute de l'empire français, deux membres de la branche aînée des Bourbons ont été rejoindre leurs ancêtres , Louis XVIII et le duc de Berry. On les a déposés dans la partie de l'église souterraine spécialement destinée à leur famille. Louis XVIII occupe la place où la pioche de la révolution avail trouvé Louis XV, sur la dernière marche de l'escalier qui conduit du chœur de l'église dans ce caveau. Une dalle en ferme l'entrée, et on ne la lève qu'à la mort d'un membre de la famille royale.

Dans un caveau à part sont les restes des deux derniers princes de Condé et de Bourbon. (Voyez la figure).

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