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MARINE

CONDITIONS DE LA STABILITÉ DES NAVIRES. — PRINCIPES DE I/aRRIMAGE,

(Vaisseau de ligne en panne. — Brig marchand. )

Nous le disions dans notre premier article sur les vaisseaux de ligne (voyez page 521 ); un bon nombre de nos lecteurs connaît sans doute et l'extérieur et la distribution intérieure de ces citadelles mouvantes ; aussi notre intention est-elle bien plutôt d expliquer le mécanisme de leur locomotion , de dire s r quels principes repose la stabilité de ces machines flottantes, quelles lois prési .«ni à la is- Iribuiionde l'immense matériel qu'elles recèlent dans leurs flancs , que de nous arrêter à une se -lie in ication de ce matériel et des subdivisions. — La première fois que vous avez vu un vaisseau s'incliner par l'effet d'un coup de vent subit , s'enfoncer par un de ses flancs dans la mer et relever l'autre au-dessus des vagues; vous avez cru sans doute que le colosse allait chavirer et disparaître dans l'abîme ; et , lorsque le coup de vent passé , vous l'avez aperçu se redressant de lui-même , pour s'incliner ensuite de l'autre côté et se balancer quelques temps sur l'onde ; vous vous êies peui-éire demandé : Quelle est la force qui a pu soulever et rétablir cette masse énorme dans son premier équilibre. Peut-élre, disons-nous; car, au milieu de la foule qui contemplera sans l'analyser le magnifique spectacle que présente un vaisseau de ligne sur une mer agitée, combien il y aura-t-il de ces observateurs vraiment curieux TMlBlfc — J«iHet t«35.

qui ne se bornent pas à jeter un coup d'œil superficiel mais qui veulent étudier le fond des choses ? Lé poids seul du navire ne suffirait pas pour le redres er; car si vous le supposez placé sur le chantier ou échoué à la côte, et qu'il son porté sur un de ses flancs, loin de se relever, il tendra par son poids à s'incliner davantage et à s'enfoncer dans le sol. La répulsion de l'eau, ne pourrait non plus produire cet effei, bien qu'elle ait son geme délasii ile, et qu'au besoin elle renvoie les balles el les boulets connue les meilleurs ressoils; car si le coup de vent n'a pas été violent, le vaisseau n'a pas choqué la mer avec violence ; ses flancs ont glissé mollement contre l'onde, l'un pour s'y enfoncer, l'autre pour en sortir ; il n'y a pas là matière au développement de l'élasticité de l'eau.

La force qui redresse le navire , c'est son propre poids combiné avec celui de la mer elle-même. Quelques développemens de peu d'étendue feront comprendre ce grand principe de la stabilité des vaisseaux, principe qui s'applique du reste à tous les bàlimens et à tous les corps jloiians, à la coquille de noix que l'enfant du pêcheur a transformée en Un petit bateau, comme aux vaisseaux des plus grandes dimensions.

Supposez que le navire ait disparu comme par enchan-

tement et que le vide qu'il laisse clans la mer où il plongait soit rempli par une masse d'eau tout-à-fait semblable à celle de l'océan et d'un volume égal : il est de toute évidence que cette masse liquide environnée d'eau de mer elle-même ne tomberait pas au fond de l'océan; et cependant, elle est incessamment attirée par la terre. (Voyez Gravitation universelle, page 526.) Donc l'eau de mer environnante doit exercer contre elle une pression qui tend à la faire remonter et fait équilibre à son poids. Remplacez par le vaisseau flottant la masse d'eau isolée que vous lui avez substituée par la pensée , et cette pression de la mer environnante n'en devra pas moins subsister. Elle luttera alors, non plus contre le poids de celte masse d'eau que votre imagination avait créée, mais contre le poids du navire lui-même, et devra lui être parfaitement égale. Les hommes du métier donnent à cette pression le nom de poussée.

Voilà donc deux forces en présence : l'une tend toujours à faire descendre le navire au fond de l'abîme , c'est sa propre pesanteur; l'autre tend toujours à le soulever et à le lancer au-dessus des eaux, c'est la poussée; mais pour l'équilibre du navire, il ne suffit pas que ces deux forces existent, il faut encore quelles soient combinées dans un ordre qui dépend de la manière dont ce navire est chargé. Telle combinaison le fera chavirer au moindre choc des vagues ou des vents, telle auire le rendra stable , en le rendant plus ou moins bon voilier; c'est là ce qui nous reste à expliquer.

Toutes les attractions partielles que la terre exerce sur les particules des corps agissent ensemble comme une seule force qui serait concentrée dans un point intérieur de chaque corps, point qu'on appelle centre de gravité. (Voy. ' pour les développemens et les applications de ce principe le deuxième article que nous publierons bientôt sur la gravitation.) En lui réside pour ainsi dire toute la pesanteur de ce corps ; le vaisseau a donc aussi son centre de gravité ; c'est là qu'est tout son poids. Soutenir ce point, c'est soutenir le vaisseau , le laisser descendre, c'est laisser tomber le vaisseau. — Remarquez en outre , et ce n'est pas là le fait le moins important, que plus vous mettrez de malières lourdes dans le fond du navire, et plus le centre de gravité du navire ainsi chargé descendra.

De même, la poussée de la mer environnante s'exerce constamment en un point fixe de l'espace qu'occupe la partie du navire qui est plongée dans la mer.

Si le navire est chargé convenablement , si sa cale contient assez de corps pesans, tels que des morceaux de fer, etc., le centre de gravité pourra être amené au-dessous du centre de poussée, et alors le navire se relèvera malgré les coups de vent qui l'auront incliné. Cette inclinaison ne pourra en effet que faire baisser d'un côté le centre de poussée et relever de l'autre le centre de gravité; or, le premier tend toujours à remonter, le second à redescendre ; le navire se relèvera donc.

Dans un pareil état , ce navire peut être comparé à un pendule formé d'une balle suspendue à un fil que vous avez accroché par son extrémité supérieure, ou encore à une lampe suspendue à la voûte d'une église. La balle et la lampe ont pour appui le point de suspension du fil ou celui de la corde; le navire est porté de même sur le centre de poussée; la balle et la lampe sont attirées vers le sol par la force qui est concentrée dans leur centre de gravité; pareille choie arrive au navire. Ecartez la balle' et la lampe de la position qu'elles occupaient quand le fil et la corde qui les soutiennent sont rrrtiniu.v et immobiles, vous les verrez revenir à leur position première, la dépasser, puis y revenir, ci osciller ainsi pendant quelque temps; ainsi fera le navire dans ses balancerons, nui sont, comme vous le voyez, semblables à ceux d'un pendule. Mais bientôt les résistances qu'oppose la nier déplacée à chacun de ces u-

vemens de ta si vient, Hnlroni par user la force d'oscillation du navire; elles le ramèneraient au repos si les vents

et les vagues lui permettaient jamais deconnaître ce repos, être idéal des mathématiciens.

Nous avons dit la combinaison des centres de poussée et de gravité qui produit l'équilibre stable du navire; supposez, au contraire, que par suite d'un mauvais chargement du navire, du placement de la partie lourde de son matériel et de sa cargaison, il fût possible d'élever son centre de gravité au-dessus du centre de poussée, le navire serait comme une épée portée sur sa pointe, c'est-à-dire qu'il n'y aurait qu'une situation dans laquelle son centre de gravité serait précisément au-dessus de son centre de poussée , et au moindre dérangement, la masse chavherait pour ne plus se relever.

Il vous sera tout aussi facile de comprendre quelles conditions devra remplir le chargement du navire pour qu'il soit fin voilier. Peut-être avez-vous remarqué que les pendules d'horloges les plus longs, les lampes d'église suspendues aux plus longues cordes, sont ceux qui font les plus grandes et les plus lentes oscillations; de même, le navire dans lequel le centre de graviiê sera placé par trop bas et sera trop éloigné du centre de poussée, fera,des balancemens trop étendus; il déplacera, dans ce large mouvement circulaire, une masse d'eau considérable, et dépensera ainsi une grande partie de sa vitesse.

Et d'un autre côté , si l'on charge trop haut le lest du navire, si lecer.Sre de gravité est trop près du centre de poussée, les oscillations du navire seront trop promptes, et la mâture, qui oscille avec tout le navire, la mâture si délicate, pourra être compromise dans les brusques changemens de ces mouvemens alternatifs.

Ces principes compris, expliquons la disposition du matériel d'un vaisseau de ligne, ou, comme le disent les marins, son arrimage.

{La suite à un numéro prochain.)

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