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L'INDE. -LE GANGE. -PATNA

Les immenses avantages que les Indiens retirent des fleuves qui traversent leur pays justifient assez les croyances superstitieuses que les prêtres, fondateurs de leur religion, ont attachéesà ces fleuves, et au Gange en particulier. Placés sous un ciel brûlant, dévorés par les chaleurs d'un été continuel , lorsqu'un sang enflammé circule dans leurs veines, combien ne doivent-ils pas chérir l'élément qui leur procure une fraîcheur salutaire. Les législateurs des

Indiens ont , comme Moïse et Mahomet , fait des ablutions un précepte religieux , précepte sage auquel se sont rattachés depuis mille contes absurdes , dont nous pourrons donner plus lard à nos lecteurs quelques curieux échantillons.

Le Gange est pour les Indiens le fleuve par excellence , le grand fleuve. Ils affirment qu'il sort du pied de Visnou , divinité conservatrice. Le fait est qu'après être sorti des vastes 'montagnes du Tibet et avoir effectué un parcours de deux cent soixante lieues environ clans ces âpres contrées , il se fraie un passage à travers les monts Himmaleh et se précipite dans un ^aste bassin qu'il s'est creusé dans le roc , et roule ensuite des eaux paisibles dans les plaines délicieuses de l'Hindoustan. Le reste de son cours, qui est toujours navigable jusqu'à la mer, est de plus de quatre cents lieues. Dans cet immense trajet il fournil à une multitude d'habitans une nourriture facile et entretient par ses inondations la fertilité des terres voisines.

Le Gange reçoit un certain nombre de rivières , dont quelques-unes sont égales au Rhin , et dont plus de dix l'emportent sur la Tamise. Sa largeur, à partir de son arrivée dans les plaines, est d'abord d'un quart de lieue, puis d'un tiers, puis enfin d'une lieue entière; à soixantequinze lieues delà mer, il se divise en deux branches et forme un delta beaucoup plus vaste que celui du Nil. La branche principale du fleuve est trop peu profonde pour pouvoir recevoir de grands vaisseaux ; mais les deux branches les plus occidentales forment par leur réunion la rivière de Haugly sur laquelle est le célèbre port de Calcutta , et qui peut porter tous les bâtimens. Les nombreux canaux que l'on tire des différentes branches du Gange coupent le pays dans tous les sens , et leur navigation est incessamment servie par plus de trente mille mariniers.

Des ouragans terribles ont souvent marqué leur passage survie Gange par d'immenses désastres. Des flottes entières de vaisseaux marchands ont été abîmées tout d'un coup. Ces rafales subites sont surtout dangereuses dans les parties les plus larges du fleuve et ont lieu ordinairement un

peu avant la saison des pluies], à partir du mois de mars. D'autres dangers attendent, vers la fin de eette saison, les marins qui côtoient les bords du Gange. Ces bords, 'composés de terre mouvante , et d'une hauteur considérable en plusieurs endroits , se détachent souvent en masses énormes qui, roulant sur les barques, les renversent ou les font disparaître dans les eaux.

Le dessin qui accompagne cet article est une vue de la ville de Patna. Patna est située sur le Gange, à cent soixante lieues de son embouchure , à cinquante lieues de Bénarès et à cent trente de Calcutta. Elle est la capitale de la province de Behar , située entre le district de Bénarès et le Bengale.

Les nombreuses ruines d'édifices publics et particuliers dispersés dans Patna attestent l'ancienne splendeur dont elle est aujourd'hui déchue; cependant elle est encore vaste et peuplée. Comme elle a été exposée à de fréquentes attaques , elle est fortifiée à la manière indienne , c'est-àdire qu'elle est entourée par une muraille et défendue par une petite citadelle.

L'excellent opium (voyez page 510 l'article que nous avons publié sur la culture du pavot et la préparation de l'opium dans l'Asie) que fournit la prodigieuse quantité de pavots cultivés aux environs de Patna, et une considérable exploitation de salpêtre , contribuent à l'opulence de cette ville et en font'le centre d'un commerce immense. Les différentes manufactures d'ouvrages d'argent, de fer, de menuiserie établies à Patna ne le cèdent presque en rien à celles des Européens.

Ce fut dans Patna que Myr-Quacem, nabab du Bengale, fit massacrer les prisonniers anglais qu'il avait faits dans la guerre de 1764; un renégat nommé Summarou, fut chargé de cette horrible exécution. Les Anglais indignés chassèrent le nabab , et se trouvèrent maîtres paisibles du Behar, du Bengale et d'une partie de l'Orissa. Ils ont fait élever un monument en mémoire de cet effroyable 'événement.

(Vue Je Patna.)

Les bureaux d'Àbonnem-nt et d< "Vente «ont rue i!e Seine-SaiiV. -Germain, g.

BELGIQUE, -* AN YEPtS.

(Là Cathédrale d'Anvers.)

Le siège mémorable soutenu contre les Français par la garnison hollandaise enfermée dans la citadelle d'Anvers, a dans le temps appelé sur cette ville l'attention de tous nos lecteurs, et il en est bien peu qui n'aient encore présens à la mémoire, non seulement la description, répétée par tous Tome IL — Août 1 835,

les journaux, de la forteresse, et la minutieuse enumeration des moyens de défense et d'attaque qui furent employés des deux parts avec tant de valeur et de constance ; mais encore l'histoire des principaux évènemens militaires dont Anvers a été le théâtre depuis le i« siècle jusqu'à nos jours. Aussi

en offrant au public une vue de l'un des plus beaux monumens dont puisse se glorifier Anvers, nous garderonsnous de rappeler les différais sièges (|ii'elleaeu à soutenir, à diverses époques, contre les Espagnols, les Anglais, les Autrichiens et les Français, et les nombreux cliangemens de domination qui tour à tour lui ont permis ou interdit de jouer dans le mouvement commercial le rôle important qu'elle doit à sa position.

Placée sur l'Escaut, à dix-sept lieues de la mer , dans un endroit où le fleuve peut recevoir en tout temps les navires du plus fort tonnage, et leur permettre d'exercer leurs évolutions comme au milieu de l'océan, Anvers est pour la Belgique, et. une partie de la Hollande, un point obligé de transit, et toutes les fois qu'aucun obstacle ne s'est opposé à la libre admission des vaisseaux et au transport des marchandises dans l'intérieur, parla voie de l'Escaut, Anvers est rapidement monte à la hauteur que lui assigne la nature elle même.

L'origine d'Anvers est peu connue. Les chroniques du pays prétendent qu'elle doit son origine à un géant monstrueux, qui habitait les bords de l'Escaut; on dit qu'il coupait la main, droite à tous ceux qui lui refusaient de payer le tribut qu'il fixait pour le passage du fleuve. On dit de même que Brab»n, d'où serait venu le mot Brabant, fut assez heureux pour tuer le monstre; il lui fit subir, d'après le dire des Anversois, la peine du talion, en lui coupant la main droite, qu'il jeta dans l'Escaut. L'espèce de forteresse où logeait Antigone (c'était le nom du géant) reçut alors le nom de Handwerpen, du mot hand , main et xverpen , jeter. Quoique cette origine paraisse fabuleuse, on n'en a pas moins conservé à Anvers la mémoire du géant Antigone, car on voit dans les armoiries de la ville deux mains et un château triangulaire. Il est certain que celle ville, devenue si opulente depuis, existait dans le ivc siècle de l'ère chrétienne. L'enceinte d'Anvers était insuffisante au xne siècle pour le grand nombre d'étrangers qu'attiraient dans celte ville les privilèges que les ducs de Brabant avaient accordés à son commerce. Le duc Jean II agrandit la ville en 1504; son port élait libre pour toutes les nations, elle prospéra sous le règne des ducs de Bourgognes. Dans le xvie siècle, les plus forts vaisseaux entraient dans l'Escaut. Anvers était à cette époque la première ville de commerce du monde; elle avait une population de plus de 200 mille habilans , parmi lesquels on comptait 500 peintres et 124 orfèvres. 500 vaisseaux entraient chaque jour dans le port; une marée en amenait souvent 400; 2500 navires étaient habituellement à l'ancre devant la ville. Oulre le grand nombre de vaisseaux qui déchargeaient leurs riches cargaisons dans l'intérieur de la ville , il y entrait encore journalièrement plus de 500 voitures chargées de marchandises, venant de la France et de l'Allemagne.

Le commerce de cette ville mettait chaque année 500 millions de florins en circulation. On y percevait annuellement deux millions d'impôts. Sous le règne immortel de Charles-Quint, le commerce d'Anvers possédait des trésors inépuisables; l'empereur, s'étant un jour prêté au vif désir qu'un marchand d'Anvers, nommé Dacns, avait de lui donner a dîner, le généreux marchand livra aux flammes à la lin du repas, un billet de deux millions de florins qu'il avait proies à son souverain, en lui disant : « Je suis trop payé par i honneur que votre majesté m'a fait aujourd'hui. » L'empereur lui répliqua : « Mou ami, les gens de qualité me dépouillent, /e< gens de lettres m'instruisent, mais les marchands m'enrichissent. »

L'industrie manufacturière des Anversois égalait à celte

époque l'étendue de leurs opérations c merciales; leur

velours, leur salin, leur damas, avaient atteint le degré de flnes'seel la perfection du hem travail de l'Italie, Oh admirait leurs ouvrages en broderies sur scie, ci feur mièvrerie était la plu* belle qu'on connftt alors. envers était

aussi le centre des beaux-arts, des sciences, de la bonne littérature ei de l'urbanité.

Anvers se soumit aux Français le 29 novembre 1702 • les Autrichiens la reprirent le 28 mars 1795, et les Fiançai' y sont de nouveau entrés le 24 juillet 1794. Ils s'empressèrent alors de faire ouvrir l'Escaut , qui élait resté fermé du côlé de la Zélande, par le traité de Munster du 50 janvier 1648. Par le traité de paix et d'alliance signé à La Haye, le 11 mai 1795, entre la France et la Hollande, la république des Provinces-Unies, cette dernière puissance consentit à l'ouverture de ce beau fleuve. Anvers fut évacuée par les Français le 5 mai 1814, en vertu d'une convention conclue à Paris entre les adiés et le comte d'Artois. A celte époque, commandail dans cette ville le célèbre ingénieur Carnot, qui eut pour les habilans tous les égards et les ménagemens qu'un état de siège comporte; il conserva ses beaux faubourgs.

Napoléon, lors de sou premier voyage à Anvers, apprécia les grands avantages que la position de l'Escaut devait procurer à la marine militaire et marchande. Le 16 août 1804, le préfet maritime du port d'Anvers, Malouet, posa solennellement la première pierre du chantier, dont il ne reste plus aujourd'hui que des vestiges.

Ce chantier se composait de dix-neuf cales pour la construction de vaisseaux de ligne, de frégates, de corvettes, etc., etc.; de locaux spacieux pour les forges, la serrurerie, la taillanderie, la peinture et la sculpture; de magasins pour la mâture. Les anciens bâtimens de l'abbaye de Saint-Michel étaient destinés à l'administration de la marine.

L'empereur a dépensé des sommes immenses pour construire le port d'Anvers, qu'il nommait sa grande fabrique de vaisseaux. Si son plan eût été entièrement exécuté, c'était Tyr dans tout son luxe et sa magnificence. Les deux bassins à flot, situés au nord de la ville, ont coûté treize millions de francs. Après que INapoléon eut fait d'Anvers le principal port maritime de son vaste empire, il fit construire en 1809 des ouvrages de fortifications pour défendre cette place importante; à peine étaient-ils commencés que les Anglais cherchèrent à les détruire, ainsi que les travaux du port, qui étaient en pleine activité.

Anvers possède de beaux édifices, parmi lesquels il faut citer l'hôtel-de-ville, la Bourse, le ci-devant palais Impérial, restauré par Napoléon, ei surtout les églises, qui sont grandes, belles, riches, bien entretenues, et ornées d'un grand nombre de tableaux de l'école flamande, et de mausolées en marbre le plus fin.

La grande église, dédiée à la Sainte-Vierge sous le nom de Notre-Dame, esl un des plus beaux monumens gothiques du royaume. On croit que sa construction a commencé vers le milieu du xme siècle, et qu'on y a travaillé quatre-vingts ans. Ce superbe édifice a été érigé en cathédrale en 1559, par le pape Paul IV, à la sollicitation de Philippe II; il a 500 pieds de longueur. 250 de largeur et 560 de hauteur; 250 arcades voûtées sont soutenues par 125 colonnes; de chaque côté existe une double nef; il y a vingt-sept ans qu'on y voyait 52 autels en marbre d'Italie. Cent gros chandeliers d'argent massif ornaient, les jours de fêle, le principal autel , élevé en 1624, sur les dessins de Hubens. On admirait dans ce temple le magnifique ostensoir en or massif, enrichi de diamants et de pierres fines, présent de François Ier, roi de France. Ces richesses ont. été enlevées en 1797 par les agens de la république Française. Celle église présentait alors le irisie spectacle des ruines. M. llerbouvillc, préfet du département des Deux-Nèlbcs, la fil restaurer en 1840, par ordre de l'empereur, Le chœur, que Charles-Quint lit construire en lâS4, et dont il posa la première pierre, a été démoli en I7HS.

La lourde Notre-Dame, empierres de taille, a !<i(i pieds de bailleur, quelques pieds de moins que celle de Strasbourg; il faut mouler 62:2 marches pour arrivera la dernière galerie. Cette tour esl percée à jour eu découpure .

et va en diminuant d'étage en étage, avec des galeries disposées les unes au-dessus des autres; sa prodigieuse élévation et la délicatesse avec laquelle elle est travaillée, fixent l'attention des voyageurs. Elle aélé commencée en 1322, d'après le plan et les dessins de l'architecte Amelius, el totalement achevée en 1518. La tour qui devait être en paral'èle n'a été terminée que jusqu'à là première galerie. En 15-iO, on y plaça un carillon composé de 60 cloches.

Au bas de la tour, on lit l'épitaphe du célèbre peintre Quintinus Matsys, conçue en ces termes : Connubialis amor de mulcibre fecit Apellem. Il avait exercé pendant vingt ans dans celte ville la profession de maréchal ferrant. Epris d'amour pour la fille d'un peintre, le père de la jeune personne déclara qu'il ne la donnerait en mariage qu'à un jeune homme qui exercerait sa profession. Matsys laisse à l'instant tomber le marteau , et prend le pinceau ; l'amour l'enflamme , il travaille et ne tarde pas à pouvoir crayonner le portrait de sa maîtresse ; à force rie persévérance, il réussit à faire des tableaux, et épousa son amie. Pour perpétuer le souvenir de l'événement qui avait rendu Matsys peintre, on plaça cette inscription, qu'on a maintenant peine à lire. Vis-à-vis de la tour, on voit le fameux puits dont la ferrure a été faite au marteau et sans limes par cet artiste que l'amour fil passer de l'enclume au chevalet.

En entrant clans l'église de Notre-Dame par la principale nef, on admire la magnifique coupole éclairée latéralement. Le plafond représente la Sainte Vierge environnée d'une Iroupe d'anges qui déploient leurs ailes. On monte au chœur, et l'on y contemple le superbe autel en marbre et le tableau de Ruhens représentant l'Assomption de Marie. La mère de Dieu est portée dans le sein de l'Eternel par une foule d'anges; quelques-uns voltigent autour d'elle. Le corps de la Sainte Vierge est resplendissant de beauté et de fraîcheur; le tombeau et le linceul que trois femmes en ont retiré sont d'un coloris parfait. Dans cet édifice, l'Elévation de la Croix , la Descente de Croix, la Visitation de 'a Sainte Vierge et la Purification de l'enfant Jésus , sont des tableaux qu'on ne se lassera jamais de voir.

Le musée d'Anvers est le plus beau du royaume ; il renferme cent vingt-sept tableaux des meilleurs maîtres de l'école flamande.

Anvers a produit un grand nombre d'hommes illustres dans tous les genres : c'est la patrie de Denis Calvart , maître du Guide, de l'Albane et du Dominicain; de Gaspard Brayer, peintre d'histoire et de portrait ; de Pierre- Paul Rubens, qui fut tout à la fois peintre, dessinateur, architecte, littérateur, historien et homme d'état (voy. , pag. 100, l'article que nous avons donné sur cet homme illustre); de Van-Dyk, élève de Rubens, et surnommé le roi du portrait;, de Jordeans {voy. pag. 169); des deux Téniers, etc.

Les environs d'Anvers sont gracieux et fertiles ; il n'y a peut-être pas en Europe de ville qui soit entourée de plus de riches campagnes, de beaux villages, de jardins cultivés avec recherche, et de guinguettes élégantes, dont l'origine remonte à l'époque où Anvers était J'entrepôt général de l'Europe, et comptait au-delà de deux cent mille habitans; aujourd'hui elle en a soixante-dix mille tout au plus.

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