LA HOLLANDE
(Deuxième article. — Voy. page m.)
Onsait que la plus grande et la plus florissante partie de la Hollande est au-dessous du niveau de la mer au moment de la marée; sa hauteur tient à peu près le milieu entre les deux niveaux de la mer, au moment du flux et à celui du reflux; ainsi le territoire dont nous parlons resterait alternativement inondé et découvert pendant six heures, sans le rempart naturel des dunes, auquel la main de l'homme a joint les digues et les jetées : c'est ainsi que les habitans
ont fortifié les rives du Zuiderzée et de plusieurs autres grandes nappes d'eau. Cependant la Hollande serait bientôt engloutie et redeviendrait ce qu'elle était autrefois, c'est-à-dire un immense marais, si on n'avait pas trouvé le secret d'éconduire chaque jour les eaux qui peuvent s'amonceler dans, l'intérieur, el qui proviennent de la rosée , des brouillards, de la pluie, des sources et de l'humidité du sol. A cet effet, on utilise de la manière la plus simple et la plus efficace le phénomène de la marée, sur lequel sont basés aujourd'hui la plupart des procédés hydrolechniques en usage dans ce pays.
Les polder, c'est-à-dire les prairies au-dessous du niveau de la mer, qui ont besoin d'être dégagées artificiellement , le sont au moyen d'écluses, fonctionnant comme la soupape d'une pompe. Ces écluses s'ouvrent du côté de la mer ou des grands courans d'eau , aussitôt que la pression intérieure se fait sentir, et que l'eau de la mer ou des courans n'exerce aucune pression contraire, c'est-à-dire au moment du reflux. Puis la marée, agissant dans un sens opposé, clôt les portes mobiles des écluses : De cette façon , l'eau de la mer ne peut entrer dans les polder, et l'eau qui y est contenue a le temps, pendant la marée, de se répandre dans les divers lits et canaux. Une grande partie des polder hollandais ont un lit plus profond que la mer du Nord au moment du reflux; ce sont d'anciens lacs ou marais desséchés, et c'est à l'aide de moulins à vent que leurs eaux s'écoulent dans les canaux , d'où, au moyen d'écluses, elles sont refoulées dans la mer.
Toutes les eaux des provinces maritimes, contenues entre la Meuse, le Leck et l'Yssel , forment une multitude de systèmes d'irrigation el de dessèchement dont le point central est la mer de Harlem, grande mer intérieure, qui autrefois se joignait à l'Yssel et au Zuiderzée, et etail ainsi exposée à l'action du flux et du reflux, mais qui, aujourd'hui, protégée par des écluses, des digues et des chemins de halage, n'a plus rien à redouter de la marée. Grâce à ces écluses, qui s'ouvrent au momentdu reflux et se referment aussitôt après, le niveau de la mer de Harlem peut rester le même, el a considérablement diminué. Les contrées ainsi desséchées, telles que le Rheinland, le Delflmd, le Sehieland, etc. (Vitwatering) ont leur gouvernement maritime. Les habitans sont propriétaires des terres voisines; ils élisent un conseil composé des hommes les plus habiles et des grands propriétaires, appelés Hemradschapi, et lui délèguent tous leurs pouvoirs pour la direction de leurs intérêts hydrolechniques. Ce conseil veille à la durée et à la solidité des digues et des écluses, et pourvoit sans retard aux améliorations ou aux réparations dont le besoin se fait senlir. Tous les propriétaires fonciers concourent à la dépense. S'il s'agit d'une entreprise importante, le conseil s'adresse à la Direction des eaux, qui forme un ministère à part, et qui centralise tous les Hemradschapi. Les mêmes dangers, la même nécessité, réunissent le comours de tous à des travaux qui intéressent si vivement le pays, celte petite contrée quia fait de si grandes choses. La nécessité les tient toujours en haleine. Ils sont dans la même situation que l'équipage d'un vaisseau dans lequel s'est déclarée une voie d'eau , et qui est obligé de pomper sans relâche, sous peine de couler bas.
INFANTERIE
( Système hydrotecnique. — Les Heirradscbapi. )
Lorsque Louis XVI monta sur le trône, l'armée était réduite à cent vingt-sept mille hommes, et il n'y avait aucune uniformité dans nos réuimens; les uns avaient quatre bataillons, tandis que d'autres étaient réduits à deux et même à un seul. Le roi appela au ministère de la guerre le comte de Saint-Germain, militaire brave, expérimenté, qui, sous les Clermont, les Contade et les Soubise , avait trouvé le moyen de se créer une belle réputation. Ce ministre
(Piquier sous Louis XVI.)
avait souvent été le témoin et la victime des abus; il voulut régénérer l'armée, et fit en conséquence une nouvelle organisation qu'il appela nouvelle constitution , et d'après laquelle l'armée fut composée de cent six régimens , tous à deux bataillons , excepté le régiment du roi qui en conserva quatre ; chaque bataillon était formé de quatre compagnies de cent seize hommes chacune ; il y avait en outre une compagnie de grenadiers et une de chasseurs , par régiment.
Depuis la paix des Pyrénées , en 1660, où nous conservâmes, cent vingt-cinq mille hommes sous les armes, le pied de paix de la France n'avait pas varié de vingt mille hommes ; accroissement qui n'était pas en proportion avec les grands changemens survenus en Europe , où deux nations jusqu'alors inconnues, la Russie et la Prusse, avaient acquis tant de prépondérance ; où la maison d'Autriche, complice avec elles du partage de la Pologne, avait sous les armes deux cent trente mille hommes, qu'elle porta en 47t5 à trois cent soixante quatre mille, i, L'organisation simple de M. de Saint-Germain ne dura pas plus que ses chapeaux à trois cornes, ni que l'habillement économique et commode qu'il avait donné aux troupes et auquel on est revenu depuis.
L'état militaire de la France offrait en 1790 soixante-dixneuf régimens d'infanterie française, et douze d'infanterie allemande; chaque bataillon était porté à neuf compagnies dont une de grenadiers. Nous avions en outre douze bataillons de chasseurs ; force insuffisante et au-dessous de toute proportion avec l'infanterie de ligne.