‹ Magasin universelChapitre 291 sur 320 · GOETHE · texte numérisé non relu

GOETHE

Goethe ( Jean Wolfgang ) , chef et créateur de l'école littéraire allemande , naquit le 28 août 1749 , à Franefortsur-le-Mein , d'une famille considérable de cette ville; son père, jurisconsulte distingué, et qui possédait d'ailleurs des connaissances fort étendues dans les lettres et dans les beaux-arts, se chargea de diriger lui-même sa première éducation. Il avaitrésoju d'en faire un juii-consulte, et Goethe nous apprend1, dans ses mémoires, que les décisions de son père étaient irrévocables ; aussi, sans consulter les dispositions et le'gôut de'soh él'èté', rîeà'q'if i! lé crut en état de quitter la maison paternelle , il l'envoya étudier la jurisprudence, d'abord à Leipsick et ensuite à Strasbourg. Ce fut dans cette dernière ville que le jeune Goethe

fut reçu docteur en droit. De là , selon les instructions de son père , il se rendit à Wetzlar pour se former à l'application pratique des principes de 'la jurisprudence. Mais la tendance de son esprit était complètement opposée à celle que cette carrière aurait exigée , et d'après ce qu'il rapporte, on peut regarder les efforts qu'il fit pour la parcourir, comme un véritable dévouement filial.

A Leipsick, à Strasbourg , et à Wetzlar même , le droit fut toujours la moindre chose dont Goethe s'occupa, et il ne lui fallut pas moins que la prodigieuse facilité dont il était doué pour parvenir à prendre ses degrés dans cette science.

Goethe était un de ces hommes qui se créent eux-mêmes, de ces esprits rebelles à toute direction, qui veulent se mouvoir librement et spontanément, qui sont avides de science, mais qui ne peuvent l'acquérir que dans le temps et de la manière qui leur conviennent, se réservant en oulre de décider souverainement de l'usage qu'ils en feront. C'est ainsi que, dès son enfance, Goethe apprit plusieurs langues et s'éleva à plusieurs sujets d'études qui étaient en dehors du plan d'éducation qui lui avait été tracé par son père , et peut-être même en opposition avec ce plan ; c'est ainsi que plus tard , et sans être encore affranchi de la direction paternelle , il étudia l'histoire , la métaphysique , la géologie, l'anatomie, la physiologie et la chimie. L'alchimie elle-même se trouva comprise dans ses investigations volontaires. Mais s'il se sentit un moment entraîné vers cette science chimérique., ce n'était point par l'espoir des résultats matériels que s'en promettent ses adeptes vulgaires , mais bien par le rapport qu'il croyait découvrir entre cet ordre de recherches et ses idées mystiques , ou plutôt poétiques, sur les puissances occultes de l'univers; la religion et l'alchimie se confondant ainsi dans son esprit,

Du reste , Goethe n'apprit jamais rien comme on le lui enseignait ; les leçons qu'on lui donnait étaient bien plus pour lui une occasion d'apprendre qu'un moyen direct d'instruction. Plusieurs des hommes avec lesquels il se trouva en rapport , et entre autres le célèbre Herder, exercèrent bien sans doute quelque influence sur son esprit ; mais ce ne fut jamais celle qu'ils se proposèrent d'exercer. Les hommes agissaient sur lui comme les livres , comme les leçons , comme les objets extérieurs , c'est-à-dire principal lement comme occasions., comme stimulans , et plutôt comme réveillant -les facultés de son esprit; plutôt enfin comme leur donnant une nouvelle activité^ qae comme leur imprimant Une direction.

Goethe annonça de -bonne heure ce qu'il devait être un jour. Etant encore enfant , il composait des contes , de petits drames , de petites poésies , qui étaient accueillis avec transport par ses compagnons d'étude et de jeu, qui se plaisaient à reconnaître sa supériorité. Ces productions prématurées ne tiennent pas toujours les promesses qu'elles semblent faire; il arrive souvent qu'elles ne sont dues qu'à une éducation forcée, à une Fausse direction, et ne prouvent guère autre chose que la vanité puérile de l'instituteur; mais à côté de ces signes équivoques qui se manifestaient darïs Geëthe , s'en montraient d'autres qui n'avaient pu se produire que spontanément , et qui découvraient toute la puissance du génie , dont les accens devaient un jour émouvoir si profondément .l'Allemagne et répandre tant d'éclat sur cette nation. Des sentimens éminemment poétiques , et qui jusqu'ici ont caractérisé tous les grands poètes , tous les grands artistes, la religion, l'amour, s'emparèrent de i'ame de Goethe , et le portèrent à un état de contemplation intérieure , dans un âge où les sensations physiques et les impressions fugitives qu'elles produisent forment à peu près, pour l'ordinaire , tout le mouvement de la vie. . Aux époques où l'esprit humain tend à un renouvellement moral , il arrive un moment où les anciennes croyances, les- anciennes "affections ,'"sé trouvent renversées ou ébranlées, sans se trouver remplacées encore par des affections et des croyances nouvelles. Goethe , au milieu de la grande crise morale du xvine siècle et des ruines qu'elle

( Médaille de Goethe. )

avait déjà entassées , fut conduit au dégoût de la vie. Dans le présent il ne voyait que le néant , dans l'avenir qu'incertitude. Le suicide devint donc pour lui , pendant quelque temps , un sujet habituel de méditation ; il retourna cette idée dans tous les sens , et après s'être dit que la destruction de soi-même pouvait devenir une action légitime et même noble , il en arriva au point d'essayer plusieurs fois d'attenter à ses jours. Werther ne fut que le récit de ce qu'il avait éprouvé dans cette lutte intérieure. Mme de Staël a dit , avec raison , que ce livre a causé plus de suicides que la plus belle femme du monde. Cette comparaison ne nous paraît point heureuse : la plus belle femme du monde ne peut jamais agir que comme une cause accidentelle et individuelle , tandis que Werther, expression d'un état de choses général , devait par cette raison même iproduire une impression funeste plus ou moins vive , mais toujours profonde, sur tous les esprits. Cet écrit , comme le dit Goethe lui-même , manifestait les rêves pénibles d'une jeunesse malade; c'était l'expression, l'écho, d'un sentiment universel. Ce peu de mots suffit pour faire comprendre son influence.

Dans un drame intitulé Faust, Goethe a représenté, tel qu'il l'avait réfléchi en lui, l'état moral dont le spectacle l'avait conduit aux idées sombres exprimées dans Werther. Il existe en Allemagne une tradition populaire dont le héros est un docteur Faust qui fit alliance avec le diable , et qui , bien entendu , porta la peine de ce pacte sacrilège. Ce Faust , et surtout le diable, sont les personnages principaux du drame dont nous venons de parler , qui d'ailleurs n'a rien de commun avec le conte auquel il emprunte ses deux singulières figures. Il nous suffira de citer quel-

ques-uns des passages où Mme de Staël rend compte des impressions que Faust a faites sur son esprit.

« C'est le cauchemar de l'esprit que cette pièce de Faust, dit-elle , mais un cauchemar qui en double la force. On y trouve la révélation diabolique de l'incrédulité , de celle qui s'applique à tout ce qu'il peut y avoir de bon dans le monde.... il y a dans Méphistophélès (c'est le nom du diable) une ironie infernale, qui porte sur la création tout entière, et juge l'univers comme un mauvais livre , dont le diable se fait le censeur... Aucune croyance, aucune opinion ne reste fixe dans la tête après avoir entendu Méphistophélès , et l'on s'examine soi-même pour savoir s'il y a quelque chose de vrai dans ce monde, ou si l'on ne pense que pour se moquer de tous ceux qui croient penser. Voilà en effet toute la pièce de Faust ; c'est la personnification , la mise en action du doute et de l'incrédulité dans tout ce que cet état de l'esprit peut avoir de sinistre et de flétrissant, dans tout ce qu'il peut enfanter de désordre, dans tout ce qu'il peut produire d'angoisses chez ceux qui en- sont atteints. »

Goethe a traité à peu près tons les genres de littérature; il a composé des romans, des poèmes, des pièces de théâtre , des poésies de toutes sortes , depuis l'ode et la cantate jusqu'à l'épigramme et la chanson. Goethe a fini ses jours à Weimar le 22 mars 4832; ses restes ont été déposés auprès de ceux de Schiller.

ÉPHJÉMÉRIDES.

icr août 1793. — Établissement du système décimal des poids et mesures en France. — r 798. Bataille navale d'Aboukir, dont lea conséquences furent si fatales à l'expédition d'Egypte. — i8ai. Mort de Mistriss Inchbald , auteur de la charmante composition intitulée Simple histoire.

y aoiti i83o. — Révision de la Charte française; substitution de la branche cadette des Bourbons à la branche aînée.

8 août i548. — Le roi Henri II ordonne que l'effigie du monarque régnant en France sera dorénavant empreinte sur la monnaie au lieu de la croix trop facile à contrefaire.

n août 1804 — L'empereur François II prend le titre d'empereur héréditaire d'Autriche au lieu du titre désormais ridicule d'empereur romain.

iiaoût 1793. — La Convention déclare l'arrestation provisoire des suspects. Cette dénomination embrassait les émigrés rentrés, les ci-devant nobles et leurs parens , les Français soupçonnés de / sentimens peu favorables à la république, etc., etc.

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( Une vue d'Ecosse. — Voyez , page a 1 8 , un article sur les beautés de l'Ecosse. )

Les Bureaux d'abonnement el de vente'sont'rue de Seinr-Sainl-Gcrmain, 9.

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