RUSSIE
MŒDRS DES OSTUKS.
Les Ostiaks de l'Obi sont une des premières nations de la Sibérie qu'aient découverte les Russes. Leur nombre a diminué depuis qu'ils ont été conquis; la petite vérole et d'autres maladies qui leur étaient anciennement inconnues, ont fait de grands ravages parmi eux, et cependant ils forment encore une nation nombreuse. La plupart des Ostiaks sont d'une taille médiocre, paraissent peu robustes , et se font surtout remarquer par une jambe maigre et effilée; ils ont presque tous la ligure désagréable el le teint pâle; aucun trait ne les caractérise , leur chevelure communément rougeàlre ou d'un blond doré , les rend encore plus laids , el principalement les hommes qui la laissent llotler sans ordre autour de la tête.
Les Ostiaks sont simples , craintifs et remplis de préjugés; ils ont le cœur assez bon. Leur vie est pénible et nullement agréable; quoiqu'adonnés au travail dès l'enfance, ils sont liés portes à l'oisiveté , lorsque leurs besoins ne les excitent point à travailler, et surtout les hommes. Ils sont très malpropres, et même dégoulans dans leur ménage; l'habillement des hommes el des femme n'a presque rien do commun avec celui des autres nations. Il consiste principalement en peaux d'animaux préparées par eux-mêmes ; les riéhes sont les seuls qui a'nnl des chemises; les autres portent leur babil de peau sur la chair. L'habillement îles hommes est une fourrure de dessous, étroite et à manches, appelée mavliza , qui va à peine à la moitié des reins, avec une ouverture vers le haut pour passer la tète; elle est fermée par devant el par derrière ; près du trou ou l'ou
passe la tête , est un capuchon rond qui sert de bonnet ; cette fourrure et le capuchon sont bordés de peaux de chiens; ils la mettent quelquefois en été pendant les chaleurs , mais ils quittent alors leur gilet. En hiver ils portent une autre fourrure beaucoup plus ample et plus longue, à laquelle pend aussi un capuchon qu'ils mettent sur la tète par dessus l'autre; celle-ci s'appelle (pus; elle est faite de peaux de gros rennes à longs poils ; aussi ne dépouillent-ils ces peaux qu'en hiver. Ceux qui donnent dans le luxe, font pour l'été un mavliza de petits morceaux de draps de différentes couleurs cousus ensemble , sans doublure , et chamarré de peaux de chiens blancs ou de queux de renards du nord. Ceux qui habitent les rives de l'Obi, portent un manteau de peaux de loutres, qui leur sert de nourriture dans les momens de disette; ils le font cuire dans un chaudron et le mangent. Les culottes que les hommes portent habituellement , joignent bien sur la cuisse, mais elles ne descendent pas jusqu'aux genoux. Les femmes ostiakes ont sur la peau des robes de chambres de fourrures, ouvertes par-devant, qui ne sont pas très-amples, mais assez cependant pour que l'un des côtés puisse être rabattu sur l'autre; elles les fixent avec de petites courroies. C'est là leur unique habillement, et quoi qu'elles ne portent pas de ceinture, on ne voit jamais aucune partie de leur corps à nu; e!!es n'ont ni caleçons, ni même de bas en été, mais elles portent en hiver des bas de peau corroyée.
Toutes les femmes et les filles mettent un voile sur leur tète , aussitôt qu'un étranger et même un parent entre dans leur yourte; elles n'ont le visage découvert que devant leur mère. Ce costume est maintenu par une pudeur naturelle aux femmes et aux filles ostiakes; lorsqu'une personne quelconque pénètre dans leur demeure , elles en sortent aussitôt, ou se cachent dans un coin. Le principal ornement des femmes, est d'avoir le dos des mains, l'avant-bras, et le devant de la jambe tatoués. Les hommes ne s'incrustent sur le poignet que le signe par lequel ils sont désignés dans les livres où l'on enregistre les tributaires; ce signe sert aussi de signature chez les peuples de la Sibérie, qui ne savent point écrire. Dans les maladies , les hommes se font incruster toutes sortes de Usures sur les épaules et les autres parties du corps , et ils attribuent autant de vertu à ce remède que les Européens à l'application des ventouses.
Plusieurs familles habitent une même cabane; aussi pratique-t-on le long des murs autant de séparations qu'il y a de familles; on voit dès lors qu'il ne peut régner aucun ordre dans l'intérieur de ces ménages. Les Ostiaks étant aussi sénés , les femmes qui ont des petits enfans, suspendent les berceaux ou les mettent devant leurs loges ; lorsqu'ils sont un peu grands, ils couchent sur un tas de foin étendu par terre cl couvert de peaux de rennes. Les chiens de bonne race , et surtout les chiennes qui ont des petits, couchent sous les bancs qui servent de couchettes ; les chiens communs, c'est-à-dire ceux qu'on attèle à leurs traîneaux , couchent en dehors de la cabane , et n'y entrent pour manger que lorsque la famille se propose de voyager. On entretient un feu au milieu de la yourte; il est commun à tous ceux qui l'habitent, chacun y va faire lacuisinequand bon lui semble. Les Ostiaks n'ont pas d'heure réglée pour leurs repas, la faim seule les y décide. Ce feu de la communauté sert aussi à faire griller les débris des poissons qu'ils donnent à leurs chiens; ce grillage continuel remplit tellement le toit de leurs cabanes d'une suie grasse , qu'elle y pend par flocons. On sèche aussi , près de ce feu , le poisson superflu qu'on psend en hiver; cette préparation doit occasioner une grande malpropreté. On se fera facilement une idée de la puanteur, des vapeurs fétides et de l'humidité qui régnent dans leurs yourtes, lorsque l'on saura que les hommes, les femmes, les enfans et les chiens y satisfont à certaines exigences et que rarement on a soin d'enlever les ordures. } Rien n'est aussi dégoûtant que la manière de vivre de ce peuple; ils ne se lavent jamais les mains; à peine les femmes «n ôtent-elles june partie de la crasse, lorsqu'elles ouvrent
les poissons ou quelles les retirent du chaudron ; elles n'ont pour essuie-mains que leur fourrure; elles ne lavent jamais la vaisselle, quoiqu'elle serve aux hommes et aux animaux; leur chevelure est remplie de vermine. Quelques Ostiaks riches ont cependant pris tant de goût pour la propreté, qu'ils composent eux-mêmes un savon pour se laver, ne pouvant en tirer que très-difficilement de la Russie. Celui qu'ils emploient est plus propre à enlever la crasse collée sur la peau , parce qu'il est plus mordant. Leur malpropreté vient principalement de ce que les femmes sont surchargées d'ouvrage; les hommes les regardent comme leurs esclaves. Les femmes montent et démontent les cabanes, préparent le manger, ont soin des habilleinensdes hommes, et sont entièrement chargées du ménage ; elles nettoient et apprêtent le gibier et le poisson , lorsque les hommes reviennent de la chasse et de la pèche. Ceux-ci ne font que chasser , pécher, et préparer les instrumens qui leur sont nécessaires pour ces deux objets. Les peaux préparées par les femmes ostiakes ne se gâtent jamais à l'humidité.
Pendant l'été ils se donnent rarement la peine de faire bouillir ou griller le poisson ; ils préfèrent le manger cru, sortant de l'eau; ils le coupent par bandes, l'humectent avec le sang qui sort abondamment des piqûres qu'ds lui font dans la queue; ils mordent dans ces bandes de chair, en coupant adroitement la bouchée avec leur couteau près de ia lèvre inférieure. La bouche et les habits des Ostiaks infectent pendant l'été; ils sentent plus mauvais que les marchés où l'on vend de la marée. En hiver, ils mangent de préférence le poisson cru lorsqu'il est gelé, en grattant peuà-peu la chair qui est dessus les arêtes. Des ge.is beaucoup plus instruits qu'eux, assurent que le poisson gelO est un excellent préservatif contre le scorbut.
En hiver , les Ostiaks pénètrent fort avant dans le» landes et les forêts désertes; ils se servent de raquettes pour marcher sur la neige ; lorsqu'ils tuent de grosses bêles, ils les écorchent et les enterrent dans la neige, en marquant la place, afin de venir les enlever avec des rennes ou deschiens. Ils mangent les ours , les renards, les écureuils et même la charogne; le tabac est une grande ressource pour les Ostiaks dans ces chasses d'hiver , puisqu'ils sont exposés au froid le plus violent, à toutes les incommodités, et quelquefois à la faim; ils en fument, mais ils préfèrent la prendre en poudre; comme ils ne le trouvent jamais assez mordant, ils le mêlent à de la cendre d'agaric, ou excroissances fougueuses qui croissent dans les fentes des bouleaux ou des trembles ; cette cendre est très-alkaline. Après s'être bien rempli les narines de ce tabac, ils les bouchent avec des copeaux d'écorce de saule. Le montant de cette poudre se trouvant ainsi concentré, leur occasione sur tout le visage une espèce d'inflammation, qui les garantit du froid, et il leur gèle très-rarement quelque partie de la figure. Les oiseaux de passage leur fournissent, au printemps , une antre occupation et une nouvelle nourriture. Les Ostiaks j «dissent d'une très bonne santé, quoi qu'ils ne se nourrissent que de mauvais alimens, et que l'eau soit leur unique boisson ; ils se procurent quelquefois un peu d'eau-de-vie des Puisses.
Ils ne connaissent pas les remèdes ; ils ont recours à l'application des ventouses contre les douleurs des jointures., les enflures et les inflammations, maladies auxquelles ils sont très-sujets , ou bien ils font brûler sur la partie affectée un morceau d'agaric de bouleau, de la même manière que les Chinois el les Japonnais le pratiquent au moyen du moxa ; ils prétendent que l'application doit se faire sur le lieu même du mal , si on veut en ressentir l'effet. l's prennent un charbon bien allumé qu'ils approchent de la partie souffrante, et le changent de place jusqu'à ce qu'ils en trouvent une où le malade ne sente pas tout de suite l'action du feu ; ils appliquent à cetfe place le vrai caustique, qu'ils laissent agir. Le malade doit souffrir celte opération jusqu'à ce que la peau soit brûlée et percée.