VU AU MICROSCOPE
( Diamètre réel de
l'acarus, un huitième <ïe
millimèlrc.l
L< » dimensions sous lesquelles l'acarus de la gale est ici représenté sont de deux cent cinquante fois environ ses dimensions réelles.
JÔ
(Centièmes de millimètres.)
« à l'extérieur ; elle existe dans la peau , et lorsque celle-ci « s'accroche en quelque endroit , il en sort un animal ex- « trêniement petit, et qui échappe presque aux sens; » description à laquelle il ajoute un syslème de traitement qui consiste en onctions avec de l'huile d'amandes amères et avec une décoction de feuilles de persicaire.
Cependant, malgré ce passage du médecin arabe, la découverte de l'acarus fit peu de progrès en Occident; en 1557 seulement, Scaliger en parle d'une manière positive. « Lt s Padouaves nomment l'acarus pedicelli , les Turiniens « scirones , les Gascons brigant. Il est si petit qu'on peut « à peine l'apercevoir. Ii se loge sous l'épiderme ; en sorte « qu'il brûle par les sillons qu'il se creuse. Extrait avec une « aiguille et placé sur l'ongle, il se met peu à peu en moti- « veinent, surtout s'il est exposé aux rayons du soleil. En « l'écrasant entre deux ongles, on entend un petit bruit, « et on en faitsorlir une matière aqueuse. »
Le dictionnaire de la Crusca , publié pour la première fois en 1012, donne déjà une définition de cet acarus au mot pedicello , très petit ver qui se forme sous la peau des galeux et dont la morsure cause une énorme démangeaison.
La lecture de cette définition engagea le docteur Bononio à vérifier le fait. Il découvrit en effet l'insecte et en donna la première figure.
Cependant, il faut l'avouer, ce que l'on savait de l'histoire de l'acarus scabiei était dû aux travaux des Italiens ou des Allemands, elles Français n'y avaient eu, pour ainsi dire , aucune part, lorsqu'en 1812 , M. Gales, phar-
macien en chef de l'hôpital Saint-Louis, hôpital où tous les galeux de Paris et (les environs sont traités , eut l'idée de profiter de cet avantage pour éclaircir et confirmer les faits admis par les pathologistes étrangers. Ses observations et ses expériences , consignées dans une thèse inaugurale soutenue à la Faculté de médecine à Paris, avaient été suivies par un grand nombre de médecins et de naturalistes. Tous avaient pu voir le ciron de la gale. M. Gales avait montré, de plus, par une expérience faite sur lui-même et répétée devant les commissaires nommés par le conseil général des hospices, qu'un acarus, placé convenablement sur la peau d'un homme sain, détermine l'éruption des pustules psoriques , ce que ne fait nullement Y acarus de la farine.
Les figures de Yacarus scabiei fournies par M. Gales furent regardées comme incontestables jusqu'au moment où M. Raspail, en 1829, prouva que ces figures, au lieu de représenter le ciron de la gale , n'étaient que la représentation de celui du fromage.
Dès lors les doutes sur l'existence de Yacarus reprirent le dessus , et par un excès blâmable , on contesta tous ces faits et les expériences de M. Gaies, comme si elles étaient une conséquence rigoureuse de l'inexactitude de ses figures, et comme si l'Europe savante n'avait pas prononcé depuis long-temps sur ce sujet. On fut ainsi tenté d'admettre avec M. Raspail que l'animal parasite de la pustule de ia gale chez l'homme ne s'y trouve pas toujours, et bien plus, qu'on ne l'y rencontre qu'accidentellement.
MM. Galeoti, Chiorugi, à Florence, et MM. Biett, Lugol,
Mousonvîlle, Rayn, Asselm , Heuri, Pelletier, en France, après des tentatives infructueuses, déclarèrent que ce malencontreux insecte n'existait pas. M. Biett cependant, ébranlé par l'autorité des savans qui l'avaient vu, demanda de nouvelles expériences, tandis qu'au contraire, M. Lugol délia tous les entomologistes de le trouver, et offrit un prix de 500 fr. à celui qui le lui ferait voir.
La question en était là, lorsqu'en 1851 , Olymi, le jardinier d'Alfort, et deux élèves de cet établissement, adressèrent à M. Raspail des débris de la gale du cheval , qui grouillaient à la vue simple. C'étaient des insectes bien vivans qu'il se hâta d'observer au microscope et de dessiner avec soin. Il est inutile de faire observer que ces inseeles n'avaient pas le moindre rapport de ressemblance arec les figures de M. Gales, aux yeux d'un homme -exercé à f étude des corps microscopiques. M. Raspail en publia la description, en annonçant que l'on retrouverait sûrement ma jour l'insecte des pustules de la gale humaine
Ses prévisions se sont toutes vérifiées, et l'on ne peut encore s'expliquer comment elles ont tanUardé à l'être ; car, entre autres auteurs , Casai nous a laissé ane espèce <T itinéraire de l'insecte, qui aurait dû mettre les médecins sur les traces de cet animal. En effet , a dit cet auteur qui l'avait bien des fois observé dans les Aslurtes, « l'insecte s'engendre sous l'épidémie; on l'appelle, et ajuste titre, le laboureur, car il laboure la peau entre Je derme .et l'épidémie ; il avance à la manière des lapins , et laisse derrière lui son terrier en forme d'un sillon, qui «st très visible à nm œil ordinaire , lorsqu'il est éclairé par une lumière assez vive. Dans les pays des Asluries, il .n'est pas rare de trouver des personnes qui savent extraire ces animalcules avec ! la plus grande habileté à la pointe d'une aiguille; elles les placent sur un verre poli, où on les voiteourir. »
Ce que Casai a rapporté des Àsturies, on l'observe de la même manière dans toutes les- provinces méridionales de l'Europe , et les bonnes femmes n'ont pas hesoin d'avoir recours à la mystification de M. Gales , pour montrer aux curieux l'insecte qui dévore la peau de leurs nourrissons.
M. Renucci , élève en médecine , natif de la Corse , et qui avait eu de si fréquentes occasions de remarquer dans cette piovince de la France ce que Casai avait observé dans les Asturies, M. Renucci apprit avec étonnemenl, en assistant aux cours de la capitale, que l'existence de Vacants de la gale donnait lieu à une polémique assez animée. Il se mil, à examiner les galeux de la capitale , et par les procédés usités dans son pays , il s'assura que cet insecte se trouvait u Paris comme en Corse. Ses indications ont été si positives, que chaque tnëdeein peut aujourd'hui extraire cet i'i-jrns avec la même dextérité que les habitons des Asturies, de Cwse et de Naples ; car, au bout du sillon dont a parlé Cttarl, M. Renucci a fait remarquer un point blanc qui , lorsqu'on le rencontre, indique infailliblement la présence de Tacans-, on n'a alors qu'à plonger au-dessous de ce point Tt^tré-rimé d'une épingle, à soulever l'épidenne, ponr emporter Pmsecte an dehors, tout vivant et non mutilé. Le point d'un i pmi donner une idée de la grosseur decet insecte, qui a un peu moins d'un huitième de millimètre d'étefriWe. Le ^'ossfaseiwerït sous lequel il est représenté dans la figure de cci article est déplus de deux cent cinquante fois son diamètre. I/aearus est blanc, opalin, arrondi , bosselé , dciiii-iiaiisiiaiciii ; la partie supérieure du dos est couverte de sillons transversaux et de petites élévations en forme de verrues; les bosselures de cette partie ressemblent assez à celles que présenterait une vessie distendue et enfoncée en quelques points par des brides; la partie inférieure présente les sillons transversaux déjà indiqués, m. ii • on n'y VoH poinl les petites élévations du dos; elle présenle, entre I iiiserlini, des qualres pattes antérieures, trois lignes ion sàtresipii correspondent àdesernonceraens, etqnî
vues s,,,- l'iiMTle mort , paraissent être des tendons destinés
à mouvoir les pattes; de semljlables lignes se font remarquer Ktn pattes postérieures, elles ont nue mCme couleur cl pa-
raissent destinées aux mêmes fonctions. Le reste du coips est transparent, si ce n'est au centre et vers la partie antérieure , où l'on voit une tache brune qui n°a pas été figurée sur la planche, et semblerait être l'estomac ; cette tache s'est présentée su* plus de douze individus que nous avons examinés au microscope. La tête est courte et de couleur rouge rouille, ainsi que les pattes; en avant, sont deux antennes courtes et semblables aux poils qui existent sur d'autres parties du corps ; la bouche paraît être verticale, comme celle de l'acarus du fromage ; les yeux sont à peine indiqués sur les côtés de la tête ; les pattes antérieures , au nombre de quatre, sont fortes et puissantes , puis prolongées par un filet mince qui parait plier sous le poids de l'aearus : l'extrémité de ce filtt est terminée par une petite ventouse en forme de pelotte , et réunie avec le filet au moyen d'une articulation. Nous avons constaté ce fait sur •des individus morts, chez lesquels ce petit tarse faisait un angle droit avec la jambe. Les pattes postérieures sont moins fortes que les pattes antérieures; elles sont terminées par de longs poils qui égalent quelquefois la longueur du corps de l'insecte ; elles ne sont point comme les intérieures terminées parla petite ventouse dont nous avons parlé, et que M. Raspail a trouvée à ces pattes postérieures citez le savcople du cheval. Dans l'état ordinaire, l'aearus les traîne derrièreM, et elles ne lui servent point à marcher, mais elles paraissent avoir pour fondions de servir à élever la partie postériera-e de l'animal lorsqu'il veut pénétrer •âansun tissu, et elles lui permettent ainsi de plonger avec la tête et d'agir avec les pattes antérieures; nous avons vu des acarus répéter souvent celte manœuvre sur des pla ques «le verre entre lesquelles nous les avons conservés quatre jours vivans.
Il y a dans l'organisation de cet insecte un fait fort re marquable, c'est que, destiné à vivre sous 1'épidenne, oit il se fraie un chemin , il présente une organisation analo gue à celle de la taupe. Ses extrémités antérieures sont puissantes et développées , tandis que les postérieures sont presque à l'état rudimuiiaire. Il serait curieux de vérifier si le sarcopte du cheval qui a dés pattes postérieures pourvues de ventouses , quoique moins fortes que les pattes antérieures, est situé plus souvent dans la vésicule que sous l'épidémie. ; cette différence de mœurs serait tout-à-fait en rapport avec l'organisation des deux insectes, et servirait pour ainsi dire à l'expliquer.