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LA TAUPE

La taupe est un animal essentiellement souterrain et fait pour fouir ; son corps est trapu ; son museau est allongé et terminé par un boutoir mobile servant à percer la terre ; ses membres antérieurs très courts , mais extrêmement forts et très larges , sont dirigés en dehors et terminés par d'énormes ongles propres à fouir. A l'aide de ces organes, les taupes creusent dans le sol , avec une rapidité extrême et un art admirable, de longues galeries au milieu desquelles elles établissent leur demeure. Les petites élévations qu'on voit souvent sur le sol, et qu'on appelle des taupinières, sont formées par les déblais que ces animaux rejettent au dehors lorsqu'ils exécutent ces travaux souterrains. Ces animaux ne sortent presque jamais de leurs labyrinthes , et se nourrissent des vers et des larves d'insectes qu'ils y trouvent.

Admirablement organisée pour la vie retirée et solitaire, la taupe n'éprouve d'autres désirs que ceux qu'elle satisfait aisément , mais elle n'a rien qu'elle ne doive à son travail ; son lieu de refuge , creusé dans les profondeurs de la terre, elle ne l'acquiert qu'au prix de travaux patieiis et pénibles : il lui faut ouvrager la terre , la percer d'outre en outre , l'ouvrir en tous sens, et se créer un monde souterrain à travers des difficultés innombrables. La main , qui termine ses membres antérieurs, remplit l'office d'une pioche à cinq dents , les doigts sont terminés par des ongles crochus à l'extrémité , tranchans sur les bords , et cette double disposition lui permet d'entailler le tuf, et de le couper en même temps. La taupe s'aide encore , pour fouiller ses galeries , de son museau terminé en boutoir , et de toute sa tête, dont les muscles sont volumineux et puissans; elle peut la renverser en arrière , soulever le sol , l'ouvrir, et à l'aide de ses pattes larges et résistantes repousser, comme avec une pelle , la terre émiettée qui obstrue l'intérieur de ses galeries.

Ce que se propose la taupe par son travail , on vient de le voir : elle fouille pour vivre. Elle creuse, dans chaque occasion, un boyau à plusieurs embranchemens ; exploitant chaque fois d'autres lieux , elle revient sans cesse à la charge. Il ne faut pas beaucoup de temps pour que la terre soit minée en plusieurs sens. Quelques boyaux débouchent fortuitement les uns dans les autres , et d'autres fois avec intention : la taupe lie ensemble plusieurs canaux , en élargit quelques-uns , et, se créant des routes usuelles, elle finit par soumettre toutes les percées qu'elle a faites à un système parfaitement coabiné , lequel , amené à sa perfection , s'appelle le cantonnement de la taupe. Son gîte en occupe ordinairement le centre. Le nid pour l'éducation des petits , est une chambre écartée et différente à quelques égards.

Nous connaissons les travaux de la taupe, grâces à Henri Lecourt, qui occupait avant la révolution un emploi au château de Versailles. Entraîné par un goût irrésistible , il fixa de bonne heure son attention sur l'instinct des animaux ; plus tard , les difficultés de l'observation et l'utilité de l'entreprise , en donnant une autre direction à son esprit, l'amenèrent à étudier exclusivement la taupe. Lecourt se fit taupier à Pontoise , et y créa une profession où l'homme lutte avec les forces de son esprit contre une industrie et une puissance de multiplication vraiment merveilleuses. M. Cadet-de-Vaux a publié les observations de ce praticien consommé , dans un volume in-12 qui a pour titre : De la taupe , de ses mœurs, de ses habitudes, et des moyens de la détruire.

M. le professeur Geoffroy- St.-Hilâire a communiqué à son auditoire , en 4829, les recherches auxquelles il s'était livrées avec letaupier Leeourt. Nous arrivâmes, dit-il, à une taupinière que nous voulions ouvrir : la taupe ne craint point et n'a pas lieu de craindre que sa demeure soit rendue distincte , par le volume trop grand des terres entassées ; ses précautions la mettent à l'abri de toute surprise , et soft asile n'est pas là : elle choisit avec discernement le lie» de

(La Taupe.)

son gîte : l'attention qu'elle a de le placer au pied d'un mur, d'une haie ou d'un arbre , prévient son refoulement et toute pression. Par des déblais considérables, l'animal se

procure une grosse taupinière : le tout en est bientôt façonné au moyen d'une galerie circulaire sous clef. Non contente d'avoir ouvert cetle galerie , en se glissant entre deux terres , la taupe continue ses tassemens de dedans sur le dehors par des poussées de son corps et de sa tète. (Celte galerie est marquée i i dans la figure 2 , A", de la planche ci-joinle). Une autre galerie circulaire (u u , même figure ), au-dessous de la première , est plus grande et de niveau avec le terrain environnant. La taupe y fait les mêmes tassemens. Les galeries communiquent entre elles par cinq boyaux également espacés , fig. 5 A , et la galerie supérieure aboutit au sommet du gîte par trois routes. Le gile, ou la chambre qu'habite la taupe , est l'emplacement circonscrit par une ligne de points et marqué g. Un trou t est à son fond ; il fait l'entrée d'une route de sauvetage pour la taupe , si elle est menacée. Ce trou est à l'ordinaire bouché par un matelas d'herbages. Pour que le tassement , sous le comble de la taupinière , puisse acquérir la plus grande densité possible , la taupe y ouvre encore plusieurs autres boyaux aveugles, dont elle fait les enduits avec son

£ty4.

(Travaux de la Taupe.)

poil lisse et les pressions de toule sa masse. Ces boyaux sont en outre comme autant de sentinelles avancées; caries premiers rompus, l'iboulement de leurs flancs intérieurs devient un objet d'alarme. A ce signal , qui , pour ces demeures profondes et paisibles , y retentit et s'y propage Comme un coup de tonnerre, la taupe est réveillée, si elle

était endormie , et , prenant l'épouvante . elle se cache sous

son matelas ou fuit par son trou de sauvetage.

haus la planche ci jointe , la Qgure •"> montre, comme

faisant partie du tracé général des unîtes, le gile eu t, et

les galeries latérales par où la taupe s'échappe. En A est le gile grandi et vu de face, et en A" (bu:. 2) est celle même habitation aperçue de profil. Enfin la ligne courbe z s figure la coupe de l'extérieur du terrain.

La chambre de mise-bas, ou le nid, n'est pas toujours surmontée d'un dôme à l'extérieur : dans le cas contraire, la taupinière du nid se reconnaît a son volume quadruple de celui d'une taupinière de déblais , et à sa forme , qui n'est ni aplatie ni pyramidale, et dont une sébile de bois renversée donne une idée assez exacte. Lu taupe femelle qui

construit son nid se borne à agrandir un des carrefours formé par la rencontre de trois ou quatre routes. La lettre B (fig. 5) montre ce nid dans ses rapports avec le terrier tracé par le mâle, et celle E (fig. 4) un nid abandonné, celui de l'année précédente. Ces figures 4 et 5 , montrent ces nids isolés et grossis (comparativement aux autres dessins) , pour donner une idée de leur forme.

(La suite à un prochain numéro).

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