ARCHERS, ARBALÉTRIERS ET ARQUEBUSIERS
Il est bien difficile de préciser l'époque de la formation du corps des archers; l'origine de cette milice remonte aux premiers temps de la monarchie : sous Charlemagne, à Roncevaux, sous Philippe-Auguste, à Bovines, les archers, (arcuarii) jouèrent un rôle important. Ce n'étaient alors que des troupes légères, ne pouvant soutenir que difficilement le choc des forts gendarmes, grosse cavalerie, armée de pied en cap ; aussi avaient-ils une manière de combattre qui devait être pour eux d'un grand avantage : à la force ils opposaient l'adresse. Dans les plaines de Bovines , on vit les archers et leurs compagnons les cousteliers poursuivre les autres troupes et empêcher leur ralliement, après la grande bataille qui délivra Philippe-Auguste de l'insolence des Anglais; la mission des archers était d'escarmoucher, tantôt à pied, tantôt à cheval ; et là se montrait la supériorité que leur donnait leur armure légère sur les lourds gendarmes et arbalétriers, que la pesanteur de leurs armes empêchait de se remuer aisément.
De Philippe- Auguste à Charles VI, les archers firent toujours preuve de vaillance et de fidélité; Monstrelet , dans sa chronique si piquante , si pleine de faits , raconte qu'à la bataille de Saintron , gagnée par le duc de Bourgogne contre les Liégeois , « qu'icelle bataille ne dura pas longuement, car les archers bourguignons estoient embastonnés de longues épées par l'ordonnance que leur en avoit fait le duc de Bourgogne; et après le trait lancé, ils donnèrent de si grands coups d'épée, dit le naïf historien, qu'ils coupoient un homme par le milieu du corps , et un bras ou une cuisse selon que le coup donnoit. »
Sur la fin du xive siècle , le nouveau système militaire , adopté par Charles VII , avait favorisé le développement de certaines corporations armées, exclusivement destinées à la guerre ; dans toutes les villes il y avait des compagnies d'archers , habiles à atteindre un but , des arbalétriers qui chaque jour s'exerçaient au tir; les bons compagnons de l'arc se réunissaient le dimanche: un pigeon était attaché au bout d'un mât , de manière cependant à pouvoir se perdre dans les nues; l'archer habile devait l'atteindre au premier coup; alors il était proclamé roi de l'arc, il gagnait
un notable présent , une coupe ciselée et une bonne armure. Ces compagnies d'archers avaient de nombreux privilèges ; elles étaient organisées en corporations avec des maîtres , des syndics. Rien n'était comparable aux compagnies des villes de Flandre, de Saint-Omer, Gand, etc.; en Normandie , Lisieux était célèbre par ses tireurs d'arcs.
En 1445, Charles VII institua aussi régulièrement un corps spécial de francs-archers , hommes braves et capables de tirer l'arc avec justesse, qu'il était urgent d'opposer aux habiles pointeurs d'Angleterre .• Alors les francs-archers formaient la plus grande force des armées ; la cavalerie avait perdu sa haute réputation de courage dans les plaines de Crécy et d'Azincourt, où les archers anglais l'avaient vaincue et complètement déconfie, pour nous servir de l'expression du temps.
A l'époque de la formation de ces francs-archers , l'armée était en France assez mal composée. « On y comptoit , dit Brantôme, force marauts, belislres mal armés, mal complexionnés, fainéants, pilleurs et mangeurs de peuples. » Aussi le roi jugea-t-il nécessaire de réorganiser ces troupes ; il disait dans son ordonnance : « Ordonnons qu'en chacune paroisse de notre royaume y aura un archer qui sera et se tiendra continuellement en habillement suffisant et convenable, avec dague, épée et arc; lesquels seront choisis parmi les plus adroits et aisés pour le fait d'exercice de
(Archers de Paris. — 1490.)
l'arc, et seront tenus de tirer de l'arc les jours et fêles non ouvrables, afin qu'ils soient plus habiles et usités audit exercice. » Le nombre en fut porté ù 10,000, divisés par quatre compagnies , ayant chacune un capitaine sous les ordres immédiats d'un commandant-général.
Aussi quelles belles prouesses ne firent pas ces bons archers? Au siège de Caen, en 1450, on en vit 4,500 qui entouraient le comte de Dunois; ils firent plusieurs beaux traits d'armes , écrit encore Monslrelct , cl se comportèrent très-vaillamment; «ils s'emparèrent de tous les boulevards cl tuèrent grand Toison d'Anglois, ce qui grandement les cslonnèrent. »
( ibarlea VII , ayant mis fin à la guerre étrangère et aux troubles civils qui désolaient depuis si long-temps le royaume , on dut congédier en masse les nombreuses troupes qui
coulaient tant de lions deniers; le pauvre peuple avait été si cruellement dépouillé par les An-lais, qu'il fallait bien au jours de la victoire lui procurer quelque soulagement. On vit alors se former eu France ces grandes compagnies
d'aventuriers qui produisirent à elles seules plus de mal par leurs pilleries nombreuses , que n' en avaient fait les troupes réglées du duc de Bedfort. Ces compagnies ne se formaient pas d'inconnus armés, gens sans nom et sans fortune. Quels en étaient les principaux chefs? presque tous les archers qui avaient du cœur et du courage ; y avait-il un castel élevé où, selon la tradition, le sire châtelain renfermait de gros trésors? aussitôt les archers allaient s'offrir à lui pour son service contre ses voisins , et ils n'avaient de repos que lorsque le vieux seigneur avait vidé l'escarcelle !
Louis XI, par une de ses ordonnances qui étaient toujours le résultat d'une pensée d'ordre et de centralisation, cassa à perpétuité le corps nombreux des archers. Dès lors, on ne les vit plus aux armées , si ce n'est connue corps privilégié, et servant de gardiens à la personne royale; Louis XI avait ses archers écossais , et Louis XII , écrit un contemporain, « Paroissoit toujours au milieu de ses vingtquatre archers de la garde; ils étoient à pied, la hallebarde en main , armés bien à point et très richement accoutrés; un des plus grands plaisirs du roi étoit de voir tirer ses archers. » C'étaient tous des gentilshommes de nom et de race , ayant manoir féodal et armure blasonnée ; cet emploi était beaucoup recherché sous le règne de François Ier ; le maréchal de Montluc nous apprend dans ses commentaires qu'il y avait toujours deux ou trois seigneurs pour une place d'archer.
Le nom d'archer subsista jusqu'à la fin duxvme siècle; les exécuteurs des ordres du lieutenant de police étaient appelés archers, quoique armés de hallebardes et de fusils ; il y avait les archers du grand prévôt de l'hôtel , du prévôt des marchands, les archers delà ville, les archers de guet et de nuit ; et les gens de la maréchaussée, qui étaient chargés de veiller à la sûreté des grandes routes , recevaient également le nom d'archers.
Les archers de la ville de Paris faisaient partie de cette ancienne garde urbaine , dont l'institution remonte à la première formation des milices gauloises organisées par les Romains à l'époque de la conquête. Les arbalétriers , qui faisaient aussi partie des gardes de la ville de Paris, furent créés par Louis-le-Gros. Sous Charles VI, la compagnie ou confrérie d'archers était de cent vingt hommes , celle des arbalétriers de soixante. Les arquebusiers, entrés depuis peu dans la composition de cette garde, étaient au nombre de cent.
Les principales villes du royaume avaient, comme Paris, une ou plusieurs compagnies d'archers, chargées spécialement d'y maintenir l'ordre et la police. Les archers de la ville de Paris se faisaient particulièrement remarquer par leur zèle et leur fidélité dans le service. On les vit plus d'une fois solliciter l'honneur d'aller combattre les ennemis de la patrie, et se signaler par de brillantes actions La gravure qui accompagne cet article faisant suffisamment connaître la nature du costume et de l'armement de ces milices bourgeoises, nous ajouterons seulement que la trousse que l'on voit suspendue à la cuisse gauche de l'homme contenait douze à dix-huit flèches.
Les cent vingt archers, les soixante arbalétriers et les cent arquebusiers, qui formaient la garde de Paris, furent réunis en un seul corps en 1594; mais cette troupe, devenue insuffisante pour le service de la capitale, fut successivement augmentée : elle était de douze cents hommes au moment de la révolution de 1789. Une partie de cette garde occupait encore, à cette époque, une maison n" (90) dans la rue de la Roquette. On lisait sur la porte : llotel de la compagnie royale des chevaliers de V Arbalète et de l'Arquebuse de Paris.
Parmi les privilèges dont jouissaient les gardes de Paris , on remarquait celui qui leur donnait le droit de vendre quatre mille quatre cents muidsde Vin sans payer aucun droit. Ce privilège l'ut remplace par une somme annuelle de trois mille huit cents livres, à prendre sur la ferme générale.
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En 1658, les moines du couvent des Grands-Augustins refusèrent de donner un asile aux juges qui occupaient le bâtiment du châtelet auquel on faisait des réparations importantes. Un arrêt du parlement allait contraindre ces religieux à céder une partie du local qu'on leur demandait, lorsque tout à coup, se décidant à défendre leur propriété et à soutenir un siège, ils firent des provisions d'armes, de cailloux, et murèrent leurs portes.
« Les archers de la ville, désignés pour entreprendre ce singulier siège, ne pouvant entrer dans ce monastère fortifié , résolurent d'escalader les murs. L'assaut fut donné et repoussé avec une égale vigueur : on se battait avec fureur sur un point, tandis que sur un autre une troupe d'archers faisait une brèche au mur de clôture qui se trouvait du côté de la rue Christine. Les moines assiégés , voyant le péril où les jetait cette tentative, tirèrent de son sanctuaire l'objet le plus sacré de la religion , le Saint-Sacrement , et le posèrent sur la brèche, afin de désarmer les assaillans. Cette ressource avait quelquefois, dans des cas semblables, été mise anciennement en usage avec succès. L'objet vénéré, placé entre les combatlans , n'en imposa point aux archers , et les moines furent obligés de capituler. Des otages furent donnés de part et d'autre : alors les moines abandonnèrent la brèche et livrèrent leur poste. » Le principal article de la capitulation portait qu'ils auraient la vie sauve. Les commissaires du parlement en firent arrêter onze , qui furent mis en liberté, vingt-sept jours après, par ordre du cardinal Mazarin, qui les protégeait, et qui n'aimait pas le parlement.
Nous ferons connaître, dans un autre article, les diverses gardes de Paris qui ont succédé à celle dont nous venons d'esquisser l'histoire.