LA NOUVELLE-ORLEANS
Quand vous descendez le cours du Mississipi , venant du pays des Natchez ou de quelque autre lieu de commerce de l'intérieur , porté par une de ces nombreuses embarcations qui vont et viennent sans cesse sur ce fleuve magnifique, vous commencez à remarquer, à mesure que vous approchez de la Nouvelle-Orléans , les dévastations causées par intervalles dans les campagnes riveraines par les déborde- -mens. Jusqu'à 150 milles au-dessus de cette ville, les planleurs voisins ont été obligés d'encaisser la rivière, en formant une immense levée de six à dix pieds au-dessus du rivage naturel. Celte levée continue des deux côtés de l'eau jusqu'au-dessous delà Nouvelle-Orléans, aussi loin que les plantations peuvent s'étendre. Au-delà de cette digue, vous apercevez une vaste étendue de terrains bien cultivés et divisés en belles plantations qui produisent des cannes à sucre et du riz en abondance.
Les habitations des planteurs et les huttes des nègres réunis en groupes nombreux forment une succession de constructions non interrompue et d'un aspect singulier et frappant. Les maisons des planteurs sont fort propres , quelques-unes même magnifiques. Elles sont toutes entourées de bosquets d'orangers et de jasmins , auxquels se mêlent la. rose à mille fleurs et d'autres arbustes touffus. Ce pays est assurément la partie la plus riche des Etats-Unis; il offre le coup d'oeil le plus enchanteur et le plus délicieux que l'imagination puisse se représenter. Derrière ces cultures on voit
d'épaisses forêts d'arbres verts ou des terrains unis et marécageux qui s'étendent aussi loin que l'œil peut atteindre ; les chênes et les cyprès qui croissent sur leur surface interrompent seuls la monotonie de leur aspect.
A 35 lieues au-dessous de l'embouchure du Mississipi , est située la Nouvelle-Orléans , cette grande capitale maritime de la vallée du Mississipi. Elle est bâtie dans une position fort commode , sur la rive nord du fleuve. Sa fondation remonte à 1749, et sa population fixe s'élève aujourd'hui à environ 50 mille âmes; une population mouvante de 25 mille âmes s'y réunit, en outre , pendant l'hiver , qui est la saison des échanges. Quand on monte sur la levée , et qu'on suit de l'œil tout le cours du fleuve , on voit audessus et au-dessous de la ville le rivage bordé d'une multitude de grands bateaux plats descendus de tous les points supérieurs de la vallée. Les uns sont chargés de farine , de grains, de comestibles de toute espèce; les autres portent du gros bétail , des porcs , des chevaux , des mules. Quelquesuns ont des marchandises d'exportation ; on en voit qui sont chargés de nègres ou de wisky, cette boisson enivrante source de tant de maux.
Dans le bas de la rivière vous A'oyez une forêt de mâts, tandis que dans la partie supérieure 20 à 50 bateaux à vapeur sont rangés le long de la levée ou mêlés aux bateaux plats des pays du nord ; chaque jour on en voit quelquesuns arriver et d'autres partir pour aller faire le commerce à 500, à 600 lieues, à St.-Louis , à Louisville , à Nashville , à Pittsbourg et en cent antres lieux, car les distances ne sont comptées pour rien dans ce pays; les machines à vapeur les font disparaître. Chaque jour s'offre aux yeux le spectacle d'une flotte tout entière remontant le fleuve sans le secours d'une seule voile ni d'une rame, marchant avec vitesse à la suite d'un bateau remorqueur d'une force redoutable. Je restai stupéfait la première fois que je fus témoin de ce spectacle. C'était le Grampus, le Purpoise ou le Requin , remorquant deux grands navires allaches à ses flancs avec des grappins , plus deux ou trois bricks suivant derrière à la portée d'une encablure , et plus loin encore un où deux schooners et deux ou trois sloops ! Toute cette flotte s'avançait majestueusement.
Que si vous jetez les yeux vers la ville , un autre tableau vous attend. D'un côté c'est le négociant , à l'air empressé et soucieux , faisant charger ou décharger son coton , son sucre, ses mélasses, son tabac, son café, ses caisses de marchandises qui couvrent à la ronde un large espace du quai. Tout le long du rivage sont les maîtres des bateaux plats du haut pays ,' occupés à traiter avec les boutiquiers de la ville. De longues files d'Anglais et d'Américains vendent en détail toutes ces petites denrées qui peuvent se transporter à bras ou dans des paniers. D'un autre côté, et surtout vers la partie du quai qui longe la halle, c'est une foule de négresses ou de quarteronnes portant chacune sur leur tète toute une table couverte de gâteaux, de pommes, d'oranges , de figues , de bananes ou de fruits de plantain , de pommes de pain , de noix de cocotier , etc. Si vous parcourez la ville , où tout annonce des progrès rapides , vous verrez le moulin à scier , les machines à presser le coton , mues par la vapeur, la halle, le palais des états, édifice d'un style antique , des hôtels, des théâtres , la cathédrale, la prison, l'hospice de la Charité, et enfin la dernière slation de tout voyage ici-bas-, l'asile où reposent les ancien!) habitans de cette cité maintenant si pleine de vie , d'aclivité , ds plaisirs. Tout homme réfléchi ne peut voir sans intérêt les cimetières catholique et protestant couverts de mausolées élégans, dont quelques-uns ont plusieurs pieds d'élévation 5 lesuns isolés, les autres groupés dans ces enceintes paisibles.
La population de la Nouvelle-Orléans est très mélangée. Une grande partie des habitans parlent français , à cause de l'origine française delà colonie; quelques-uns parlent espagnol et d'autres anglais. Ceux qui parlent français sont, en général , catholiques : ils forment , sous le rapport du caractère et des manières, une population intéressante par
sa politesse et son affabilité ; de plus , leurs habitudes sont honnêtes , frugales et inoffensives. Quant aux Américains établis dansée pays, ils s'adonnent tout entiers à leur objet exclusif, celui de s'enrichir. Ainsi que toutes les grandes villes , celle-ci renferme une classe de peuple abrutie. Mais la population permanente offre tous les caractères d'une vive intelligence. Plusieurs journaux quotidiens se publient à la Nouvelle-Orléans ; leur rédaction n'est pas dépourvue de talent.
On a beaucoup reproché le vice d'intempérance aux habitans de cetle ville; un tel reproclie ne doit s'appliquer qu'à ces hommes du nord, à demi sauvages, qui mènent une vie vagabonde et ne subsistent que d'un travail dur et grossier; encore ceux-là même ont-ils subi, dans ces derniers temps, une certaine réforme, et il est à remarquer que cette réforme a été la suite de l'introduction des machines à vapeur qui , en les dispensant d'une partie de leurs laligans travaux , leur ont laissé moins d'excuses pour chercher des dédommagemens dans l'usage des liqueurs enivrantes.
Tel est , en raccourci, le tableau delà Nouvelle-Orléans, aujourd'hui place de grand commerce, qui ne peut manquer de trouver de nouveaux moyens d'accroissement et de splendeur dans son heureuse situation à l'ouverture de la giande vallée du Mississipi , au centre de l'Amérique septentrionale, et qui, par tous ces motifs, sera toujours regardée comme la capitale du midi des États-Unis.
MARIAGE DE HENRI IV liX.DE MA1UE Dli MÉMCIS.
Henri IV était en guerre avec le duc de Savoie , au sujet du marquisat de Saluées, pendant que se négociait son mariage avec Marie de Médicis , princesse de Florence. Cetle négociation, qui ne pouvait que faire fort grand plaisir au pape, ne fut pas inutile au roi pour empêcher le Saint Père de s'intéresser pour le due(l). D'Alincourt, qui «Mail celui que Sa Majesté avait envoyé à Rome pour ce
(r) Nous emprunterai ces particularité! aux Mémoriet de
Sully : nom en BVOIII conservé le stylo original autant qu'il nous
.1 . h poiiible, in débarrassant le récit de toutes lis oirconitnnces
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sujet, obtînt tout ce qu'il demandait. Le mariage fut arrêté, et il ne s'agissait plus que d'envoyer à Florence une personne qui pût l'accomplir par procureur. Bellegarde sollicita fort cet honneur, mais il ne put obtenir que d'être porteur de la procuration , qui le déférait au duc de Florence.
Pendant que cette cérémonie s'exécutait à Florence , Henri croyait ne devoir paraître occupé que de ballets, de comédies et de fêles.
Peu de temps après, Marie de Médicis arriva à Lyon. Le roi ne l'eut pas plus tôt appris, qu'il quitta ses quartiers de guerre, et s'y achemina par un temps extrêmement pluvieux , courant en poste avec une grande partie des seigneurs de sa eour. Il était onze heures du soir lorsqu'ils arrivèrent au bout du pont de Lyon, et ils y attendirent une heure entière qu'on vînt leur ouvrir, pénétrés de froid et de pluie , parce que le roi , pour le plaisir de surprendre la reine , ne voulut point se nommer ; ils ne s'étaient point encore vus l'un l'autre. Les cérémonies de mariage se lirent sans aucune pompe. (Novembre 1600.)
La reine ne prit pas incontinent après la route de Paris. Elle visita plusieurs. villes de France. Elle menait avec elle don Joan , son oncle, et Virgile Ursin , son cousin. Plusieurs autres Italiens et Italiennes étaient à sa suite , entre autres un jeune homme nommé Concini, et une fille nommée Léonore Galigaï, qui jouèrent dans la suite un grand rôle(l). « Je la précédai à Paris de huit jours, dit Sully, pour y faire ordonner la cérémonie de son entrée, qui fut des plus magnifiques en toutes manières. Le lendemain, le roi l'emmena dîner, avec toute sa cour, chez moi à l'Arsenal. Elle était suivie de toutes ses filles italiennes , qui , trouvant le vin d' Arhois fort de leur goût , en burent un peu plus que de besoin. J'avais d'excellent vin blanc , et aussi clair qu'eau de roche ; j'en fis remplir les aiguières, et lorsqu'elles demandaient de l'eau pour tremper le vin de Bourgogne, ce fut cetle liqueur qu'on leur présenta. Le roi , les voyant de si bonne humeur, se douta que je leur avais joué pièce.
La conjoncture du mariage du roi lit qu'on ne parla pendant tout l'hiver que de parties de plaisir. »
La cérémonie du sacre de la reine fut différée fort longtemps. Neuf années s'écoulèrent sans qu'il eu fût question : vainement Marie de Médicis témoignait au roi le désir d'être couronnée solennellement : Henri s'y opposait toujours. La discorde qui souvent divisa les deux époux était la principale cause de la résistance du roi. Enfin , il fui arrêté que le sacre aurait lieu , le io février 4010, à Saint- Denis. Les cérémonies eurent lieu en effet , mais elles ne furent point terminées ce jour-là : le lendemain étant un vendredi, on suspendît les fêles. Le roi vint à Paris, et il se rendait en voiture à l'Arsenal, lorsqu'il fut assassiné par Ravaillac dans la rue de la Féronnerie.